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27 février 2020

Poids des mots (Exmed)

   Les médecins le savent bien. Chaque mot utilisé au cours d’un entretien avec un patient, ou ses proches, peut être incroyablement lourd de conséquences. La prétendue neutralité scientifique, ou le camouflage derrière les termes techniques abscons, sont de  dérisoires défenses. Les mots sont des armes.
   La diarrhée des commentaires sur l’épisode viral en cours depuis quelques semaines est irresponsable. Elle ne sème que le trouble et la confusion.
 

    Un mourant transféré en service de réanimation respiratoire chez qui la recherche de COvi19 venant juste d’être effectuée se révèle positive, et les mots fusent. S’il est mort, c’est à cause du virus claironne-t-on. Ce n’est, à cette heure, qu’une hypothèse qui se révélera juste ou fausse.

    Ce n’est pas parce que j’ai un cor au pied et que mes yeux sont noirs que la coloration de ma pupille est la cause de cette gênante affection.
 Parler comme écrire juste n’est pas une coquetterie pour faire joli ou savant, mais une obligation à penser pour agir aussi humainement que possible.


François-Marie Michaut
28 février- 2 mars 2020

25 février 2020

Information virale (Exmed)

   
Les chaumières en tremblent devant leurs écrans. Les responsables politiques, derrière leur empathie de façade face aux caméras, peuvent le bénir intérieurement ce coronavirus venu d’ailleurs. Enfin l’occasion de justifier son rôle de protection des populations contre de redoutables - selon la presse- dangers.
   Pour les uns, les nouvelles sont mauvaises et pour les autres, elles tombent du ciel. Pas si loin, le temps où les épidémies remplissait bien plus que d’habitude les églises.



   Mais notre bavarde virologie demeure bien muette sur la fonction que pourraient assurer les virus, comme les bactéries du microbiote, pour que fonctionnent en s’adaptant les cellules du règne vivant.


26-27 février 2020
François-Marie Michaut

23 février 2020

Médecine de l'âme (LEM 1159)


 Le mot psychiatrie a été inventé en 1808 par le médecin et anatomiste allemand Johann Christian Reil. Par une traduction discutable de la racine grecque de ce néologisme (1), les psychiatres ont revendiqué la qualification de médecine de l’âme. Le catéchisme chrétien culturellement dominant en Europe a appris aux enfants que l’homme se composait de deux parties. Le corps, purement terrestre, et l’âme, entité divine. Solide rodage à une compréhension binaire de notre être même.

   Laissons de côté les relations aussi passionnées que conflictuelles entre les religions solidement structurées et les sciences en constante expansion dans les esprits depuis le 17ème siècle pour tenter de savoir où nous en sommes en 2020. L’entreprise est audacieuse, et le risque de fausse route, pour parler en praticien, suppose de disposer de guides solides pour demeurer cohérente (2).

    

   Du côté de la science, notre incontournable mère nourricière intellectuelle, faire référence à l’âme n’est-il pas faire de nous des traitres à la connaissance scientifique la plus objective ? Des sortes d’obscurantistes impénitents pour le dire tout de go. Allons écouter un pur produit de la cité scientifique, connu de notre site, dont les travaux de notoriété internationale forcent le respect.
Voici comment Philippe Guillemant définit l’âme en 4 caractéristiques.
                -quelque chose qui ne ressort pas du domaine de la mécanique
                -quelque chose qui nous maintient en vie
-quelque chose qui survit après notre mort
-quelque chose qui est immortel

   Bien entendu, chacun peut discuter de la pertinence des critères retenus, mais la réponse de Guillemant est sans appel. Ces quatre caractéristiques sont compatibles, affirme-t-il, avec ce que nous savons en 2020 de la physique fondamentale (3).

   Un témoignage unique muni du label de la cité de la science, aussi brillant soit-il, ne peut entrainer une adhésion éclairée. C’est pourquoi nous convoquons à la barre un homme de lettres exceptionnel : François Cheng. La raison d’un tel choix en apparence paradoxal ? Le titre de son ouvrage intitulé... «De l’âme» (4). Une seconde fois ici, même méthode. C’est une video à hauteur d’homme qui va nous éclairer (5).

Alors, cette médecine de l’âme ? C’est loin d’être une idée idiote ou dépassée par nos techniques. Sauf que la psychiatrie, tournant le dos à la philosophie, grisée par la chimie et la tentation de ne s’attaquer qu’aux symptômes et comportements,  faute de comprendre leur cause, a raté son objectif. 
Nos amis psychiatres, qui auraient du être en tête de la pensée médicale (6), nous ont tous entrainés dans leur sillage. Sans que nous ne disions mot. 

L’âme qui soigne ou qui détruit, les malades comme les médecins, a disparu de notre horizon mental. Mais, elle a peut--être la vie bien plus dure qu’on ne l’imagine souvent.

 Elle ne peut justement, nous venons d’examiner de solides arguments allant dans ce sens, jamais... rendre l’âme.


_________________________

Notes :

(1)La racine «Psyché» est devenue l’âme. Actuellement on parlerait plutôt d’esprit ou de... psychisme. Quant à «iatros», la banalisation de la notion de maladie iatrogène ne laisse aucun doute. C’est bien du médecin dont il s’agit.
          

(2) L’accusation de délire plane sur la tête de qui ose transgresser les limites bien étanches des disciplines académiques. Jadis, nos anciens parlaient de blasphème et l’excommunication était proche. Socrate avec sa tisane de cigüe y laissa sa vie.

(3) Cette video montre en six minutes que les scientifiques ne peuvent plus affirmer que la notion d’âme est incompatible avec les dernières connaissances de la reine des sciences. Cependant entre être compatible avec, et expliqué par, il y a un grand pas.  Lien.

(4) François Cheng, De l’âme, Albin Michel, 2016, 156 pages, 14 euros.

(5) Interwiew de François Cheng par le journaliste François Bunel , lien .

(6) Le temps est encore proche où les neuropsychiatres, encore indifférenciés, étaient les seuls spécialistes de tout ce qui avait un rapport avec la tête et le système nerveux dans son ensemble. L’examen clinique neurologique, bien avant l’imagerie médicale, permettait d’établir des diagnostics topographiques d’une précision remarquable. Contrastant, hélas, avec une pauvreté thérapeutique dramatique.

 

                                           François-Marie Michaut



Os court :

«   Rendre l’âme ? D’accord, mais à qui ? » 


 Serge Gainsbourg


Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1159   
24 février 2020
                                                          
                                      

Âme... damnée ? (Exmed)

   Oui, il demeure des mots interdits de séjour pour nos esprits nourris au lait scolaire de la rationnalité matérialiste. Celui d’âme n’échappe pas à l’ostracisme médical, nos souvenirs l’associant bien plus au dogme chrétien qu’à l’art des luthiers. Sans ce tout petit morceau de bois habilement coincé entre les deux tables d’un violon par des oreilles et des mains subtiles, pas la moindre qualité musicale.


    Au risque de vous bousculer un peu les neurones, la LEM 1159 vous convie à un voyage inhabituel : Médecine de l’âme.
Bonne lecture vous dit l’auteur.
24-25 février 2020
                                             François-Marie Michaut

20 février 2020

Comme des enfants (Exmed)

   
Les écoliers adorent se vanter de leurs exploits réels ou fictifs, individuels ou collectifs auprès de leurs camarades. Ils détestent montrer leurs faiblesses ou leurs ignorances.
   La sphère soignante, à la fidèle image de toutes nos fières institutions, ne fait pas exception à ce comportement.

- Et si on avait le courage d’établir avec courage la liste sans limite de ce que nous ne savons pas encore ?

-
Et si admettre qu’on ne sait pas, et en parler sans se sentir coupable,  était un passage indispensable pour être simplement... humain ?

21-23 février 2020
François-Marie Michaut

18 février 2020

Perdre la face (Exmed)

    Quand on est une des plus grandes et des plus puissantes nations d’Asie, comme la Chine, et se trouver paralysé par un modeste virus animal, cela met à mal  l’image toute puissante que vous voulez donner de vous. La vieille histoire de David et Goliath se rejoue. Les armes utilisées , présumées être spectaculaires pour les médias planétaires, se révèlent dérisoires au moindre regard médical. 
   

   Le Coronavirus dit 2019 impose sa loi à lui. Il refuse de se plier aux injonctions de tous nos stratèges dont l’impuissance et l’ignorance saute aux yeux. Notre civilisation internationale toute entière a perdu la face. Elle ne peut qu’en subir les conséquences à venir, qu’aucun expert ne peut prédire. 


     L’avenir, notre avenir personnel, ne se joue pas à pile ou ... face.



19-20 février 2020
François-Marie Michaut,

16 février 2020

ÉMOTICÔNES
 (LEM 1158)








Plus d’erreurs de grammaire ou de ponctuation,
De fautes d’orthographe ou d’accentuation !
De l’écriture, enfin, c’est l’aboutissement,
C’est l’ultime progrès, le perfectionnement.

C’est la fin des polices aux dessins délicats ;
Adieu les new romans, cochins et cambrias,
Finis, l’helvética, le times et le didot.
Exit, le genova et le palatino !

Les styles d’écriture ont changé de logique :
Plus d’anglaise ou bâtarde ou de ronde ou gothique.
Et les grasses et les maigres ou bien les italiques,
Sans parler des chinoises ou de la cyrillique.

Inventée à Sumer, disent les historiens,
L’écriture annonçait la fin des temps anciens,
Les débuts d’une autre ère où on se souviendrait
Où mémoire et cerveau ensemble augmenteraient.

Avec les hiéroglyphes, on eut les pictogrammes
Et les cunéiformes et les idéogrammes.
Il fallut cinq mille ans de progrès anarchiques,
Pour arriver enfin à l’alphabet classique.

Et puis l’imprimerie fit sa révolution
Qui fut pour l’écriture une révélation ;
Car avant Gutenberg, c’était l’architecture,
Qui était pour le peuple un moyen d’écriture…

Tout cela enterré ! Vive les novateurs !
Vive les émojis, les smileys et les cœurs !
Pourtant, je me demande avec fort peu d’entrain,
Jusqu’où notre écriture ira-t-elle demain ?

               

                               Jacques Grieu



Os court :

« Emoticône. Le nom est aussi vulgaire que la chose. Je hais ces trucs de feignants. Au lieu d'exprimer un sentiment, on l'expédie. On appuie sur une touche et tous les sourires du monde sont pareils. Les joies, les doutes, le chagrin, la colère, tout a la même gueule. Tous les élans du coeur se retrouvent réduits à cinq ronds hideux. Putain, quel progrès... »

Anna Gavalda

                         

Lettre d'Expression médicale


LEM n° 1158    17 février 2020

                                                                
                                          

Le lac des signes (Exmed)


    Puissante invasion de ces petits dessins au départ prévus pour atténuer la sécheresse de nos échanges numériques qui mérite investigation. Est-ce vraiment une aide ou une dangereuse facilité ?

Jacques Grieu a son idée bien à lui sur la question. Sans complaisance, « ÉMOTICÔNES» est le titre de sa LEM 1158.

17-18 février 2020
François-Marie Michaut,

14 février 2020

Se soigner sans quitter son écran (Exmed)

   
Parade absolue aux déserts médicaux, la technologie arrive. La vente de soins médicaux du diagnostic à la livraison à domicile des remèdes, sans compter l’assurance santé, est en cours de développement chez le géant mondial du commerce Amazon. Son nom de code : Amazon-Care. Télémédecine, pharmacie et assurance ad hoc. Source : Alexandre Piquard, Le Monde.fr du 13 février 2020. 
  

  Les soignants et auxiliaires de chair et d’os vont-ils être remplacés par la magique intelligence des circuits numériques ? Si on se laisse massivement manipuler par les promesses commerciales de robots intelligents, la réponse est oui.  


14-17 février 2020
François-Marie Michaut,

11 février 2020

Mourir chez soi (Exmed)

    Est-il indécent de dire que, pour un médecin généraliste, l’un des moments les plus forts et les plus gratifiants est de pouvoir accompagner jusqu’à son dernier souffle la personne qu’il a soigné depuis des années ?

   Le sentiment est très intense, quand le coeur s’arrête, dans l’apaisement des derniers moments, d’avoir été jusqu’au bout de son travail.
Alors, comme on vient de le faire en France, permettre d’utiliser à domicile une molécule entrainant une sédation profonde est une excellente initiative pour que le praticien ne se sente pas désarmé.
   Donc obligé, par manque de moyen chimique d’agir à la maison, d’envoyer mourir à l’hôpital la personne qu’il a en charge.


12-13 février 2020
François-Marie Michaut,

09 février 2020

Ah, mais quelle aubaine que ce cancer (LEM 1157)

   En 2009 l’artiste Christophe Fort prévoyait d’ériger des lettres colossales au-dessus de Marseille, à l’instar de celles d’ Hollywood, mettant en avant des motivations humanitaires et caritatives. Les lettres devraient être acquises par des mécènes, et « l’argent sera reversé à un grand centre de lutte contre le cancer et aux hôpitaux de Marseille. C’est cet aspect humain qui a séduit la mairie ». Hollywood avait bien son chewing-gum après tout, et Marseille a son savon, ce qui méritait bien sûr d’être inscrit en grand sur la montagne, surtout quand c'était pour une grande cause, le cancer. Bon depuis ce projet n'a pas vu le jour et l'artiste s'est fait piquer l'idée.
Pas grave, entre temps de nombreux pipoles et starlettes ont chanté que le cancer c'était pas bien (Justin Timberlake sur scène au profit de la Fondation "stand up to cancer"), et il y a eu la mode des "clips" contre le cancer.

    Notez que le cancer n'était pas le seul concerné par la dégoulinitude  d'émotioline ; d’aucuns ont chanté contre la pauvreté (qui les en blâmerait), d’autres, au hasard de l’actu, pour l’Ethiopie (Renaud en 1984), l’Arménie (Aznavour en 1988), Bruel( pour la terre en 2006), le tout avec des chanteurs habillés tout de blanc de préférence (parce que c'est pur, le blanc), avec un ou une soliste qui nous envoie des vocalises poignantes dans les tripes (et on est fragiles des tripes quand on a eu un cancer je vous le dis), et en arrière-fond de préférence des enfants ou des bébés (très porteur le bébé), ou bien encore des vieillards tristes (un peu moins porteur le vieillard quand-même). Mais je m'égare...

     Contre le cancer voici ces quelques expérimentations musicales :
Ceci.
Et ça aussi.
Voyons, ceci.
Et ça là .

    Vrai, ils en ont ras la mèche, les malades, une jeune femme atteinte m'a dit un jour dans un souffle, dans l'intimité d'un examen échographique en plein mois d'octobre où de joyeuses femmes en bonne santé gambadaient sous les fenêtres du cabinet avec des ballons roses : "si elles savaient seulement, à quel point j'aimerais l'oublier ce cancer".
Mais il faut renouveler, et ce qui marche bien en ce moment ce sont les "témoignages", de pipoles préférentiellement, qui nous étalent généreusement leurs prostates, seins, colons sur les plateaux télé, dans les radios, les magazines, Françoise Hardy et l'animateur JP Pernault en tête, pas avares de confidences pour sauver leurs semblables dans un grand altruisme médiatique et sacrificiel, et nous on demande une chaise en criant grâce devant les détails qui feraient vomir même sans chimio.

  Lorsqu'on contracte une maladie on en devient, et ça c'est chouette, un spécialiste, un "sachant", et comme "ça c'est bien passé pour moi", l'animateur vedette Mr Pernault, dans sa grande humilité, déferle un peu partout en chevalier blanc de la prostatectomie pour pourfendre le cancer et nous imposer son "sauvetage" grâce au dépistage de son cancer lequel, ou bien ne l'aurait jamais tué de toute façon, ou si quand-même mais plus tard, et ça on ne peut pas savoir, vu que nous ne sommes pas devins.(voir  )

  Les actions plus modernes de jemefousapoilistes de nos jours, ça marche à fond, regardez le nombre de calendriers-charité avec des pompiers, électriciens, rugbymen, contrôleurs de trains effeuillés pour la bonne cause, je vous fais grâce de l'énumération, vous tapez ça dans un moteur de recherche et votre PC fume.
Et à présent donc, l'apothéose, le summum, le phare intellectuel qui illumine nos soirées, j'ai parlé de l'émission "stars à nu" diffusée sur TF1 le 30 janvier dernier, l’a été le 7 février 2020, pour sensibiliser les gens aux dépistages : d'abord les hommes-stars se mettaient à nu, et là les femmes-stars se déshabilleront également pour le même objectif.
Mme le Dr Sublet nous explique doctement sur France Info ce qu'il faut savoir, et cela parce que Marine Lorphelin, qui est en fac de médecine (sic), elle a dit qu'on pouvait avoir le cancer avant 30 ans.

France Info nous avait habitué à mieux, malheureusement en beaucoup plus court. Lien.
 Mais Mr le Dr Duperray n'est pas en fac de médecine et ne tient pas des potimarrons devant ses seins, vous allez comprendre pourquoi je dis ça.
Sinon, l'avis des médecins me demandez-vous ? Ceux qui pratiquent, là, sur le terrain, qui voient des vrais malades, après 14 années d'études ? Quoi, quoi, enfin, quels médecins, on ne va pas encore s'embêter d'un médecin alors que des stars se mettent à nu, à nu vous dis-je, pour remplir notre cerveau disponible en deux émissions de tout ce qu'il y a à savoir !
   En une heure vous avez le résumé du module de cancérologie des étudiants en médecine, c'est quand-même plus pratique.
Et tout ça en contemplant Mme S... tenant des potimarrons devant ses seins. 

Mais pourquoi les cours en fac ne sont-ils pas dispensés par des danseurs /chanteurs à poil avec des concombres et des pruneaux (oui ben pour l'appareil génital mâle, faut tout vous expliquer) et des potimarrons, ou des Reine-Claude éventuellement (on n'est pas toutes des frimeuses non plus) pour le système mammaire.
Moi là, dans ces conditions je vous le dis tout de go, je la refais ma première année de médecine...

  L’hypocrisie du procédé permet aux stars, sous un vernis caritatif, de redorer leur ego et relancer leur carrière pour bon nombre d’artistes un peu oubliés.
Il permet aussi de faire passer n’importe quel message, sans trop de débat, dans un silence assourdissant d'autorités sanitaires, du ministère de la santé qui a un coronavirus à maîtriser (6 cas en France le 6 février, je crois ?), et dans une merveilleuse inertie du CSA.
Alors nous avons encore ceci en magasin :

   Là Mme Leeb nous explique que vous n'aviez qu'à être "en accord avec vous-mêmes" pour ne pas contracter de cancer, bannir le sucre, pas déprimer et pousser les femmes à se gaver de rayons X sur leurs seins avant 45 ans parce qu'après c'est trop tard ! Pour ceux qui voudraient avoir un autre son de cloche, des études scientifiques, (désolée j'ai dû utiliser ici un gros mot) n'ont pas démontré de corrélation entre dépression et cancer.

 Mais elles ont sûrement tort puisque Mme Leeb, elle a dit.....Faudrait demander confirmation à Mme Lorphelin qui est en fac de médecine.
Les chaînes, les médias faisant le relai de ces manifestations, les partenaires publicitaires peuvent se frotter les mains, le marché a de l’avenir, car en effet, la pauvreté, la famine, la mucoviscidose, la myopathie et le cancer ont de beaux jours devant eux. Tous ces fléaux ont-ils reculé depuis l’arrivée de ce cirque médiatico-humanitaire ?

   Comment se porte donc l'information médicale dans notre pays, où règne un révisionnisme médical en dépit de recommandations médicales qui demandent l'arrêt du dépistage du cancer de la prostate chez l'homme asymptomatique, qui avertissent sur la nécessité de ne pas dépister le cancer du sein avant 50 ans en l'absence de symptôme, sur la base de données épidémiologiques et scientifiques (rha encore le gros mot). Le pauvre public français n'a pas de chance, il a le choix entre des interventions de leaders d'opinions bourrés de conflits d'intérêts, invités complaisamment sur des plateaux télé sans qu'on leur demande de décliner ces liens d'ailleurs, alors que la loi le demande pourtant, ou des stars ignares aux messages indigents.
Mais peut-être que la conséquence du spectacle caritatif sur la perception par le public ne sera pas sans impact à l' avenir.
   La réalité des causes défendues est souvent plus complexe qu’il n’est exposé au public ; en jouant sur l’anesthésie de l'auditoire par des méga-shows, sur sa mauvaise conscience par l’appel aux dons et aux records de générosité à battre, le business de la bienfaisance et des kermesses médicales pourrait devenir contre-productif. Souvent à la suite de ces émissions on assiste bien à un afflux éphémère vers les cabinets médicaux, où il nous faut faire preuve de pédagogie et de temps pour démonter les messages dangereux et fallacieux, souvent au détriment de vrais malades qui attendent patiemment nos soins et notre écoute, dont ils ont vraiment un grand besoin.
Mais au long terme la terreur autour du cancer pourrait bien un jour, à force de répétitions, se banaliser, et le risque que le grand public devienne indifférent, lassé de se voir imposée cette surenchère jusqu’à la nausée sera peut-être le début d’un sentiment de saturation, conduisant à terme vers un désintérêt des "bonnes causes", un déclin de la mode du charity-business et des spectacles de "sensibilisation", et une demande d'information médicale soigneuse, bien balancée, modérée, sur la base de preuves scientifiques et d'évidences. En espérant que celle-ci regagne ses lettres de noblesse, dans l'intérêt de la santé individuelle qui n'est pas inépuisable et renouvelable, et de la santé publique qui n'est pas une ressource infinie qu'on puisse galvauder.
Attention au prix à payer sur la confiance des Français en leur système de santé, après des scandales sanitaires comme le sang contaminé, la Dépakine , le Mediator, qui ont mis bien du temps à nous exploser au visage. Le caractère inopérant et potentiellement dangereux des dépistages à tout va pourrait bien suivre le même chemin, et des pays plus en avance sur nous conçoivent déjà du matériel d'information pour le public ; en Australie, un grand plan contre la sur-médicalisation est déjà opérationnel.
J'appelle les femmes et hommes de bonne volonté à se mobiliser autour d’un disque « fuck the charity » , les fonds pourraient être reversés à l’AEdPC, l’association pour l’entartage des pipoles-charlatans.
      Au fait il est où, l'entarteur  ?

                                                 Cécile Bour, radiologue

____________________________


Note de la rédaction
La publication initiale de ce texte de Cécile Bour a été faite le 6 février 2020 sur le site Cancer-Rose. La rédaction, convaincue de l’importance du sujet,  a obtenu l’autorisation de l’auteure de le publier in extenso sur notre site. Nos remerciements  à notre consoeur courageuse.


______________________________



Os court :

«  S’il n’y avait pas la Science, combien d’entre nous pourraient profiter de leur cancer plus de cinq ans ? »  

Pierre Desproges (1939-1988)

Lettre d'Expression médicale

 

LEM n° 1157    


10 février 2020
https://www.exmed.org/archives20/circu1157.html

           
                                 
                                      

« Dégoulinitude d’émotioline » (Exmed)


   Tel est le constat clinique sans appel que fait le docteur Cécile Bour, radiologue et webmestre du site Cancer-Rose, dans sa LEM 1157. Plus longue que d’habitude, solidement documentée, trempée dans un bain bien tempéré d’humour, voici son titre : «Ah, mais quelle aubaine que ce cancer» .

    Un état des lieux sans concession des dérives d’une certaine expression médicale populaire animée par la seule course au ... vendable.

François-Marie Michaut,
10-11 février 2020

06 février 2020

Vive l'invendable (Exmed)

       Slogan volontairement provocateur devant un constat consternant. Celui de l'état général de nos sociétés. En produisant de l'injustice, de l'abus de pouvoir et de la violence, elles nous montrent qu'elles vont mal. Aucun d'entre nous n'en sort indemne. Notre credo implicite en 2020 est que tout se vend et que tout s'achète, ou, à défaut, se vole.

   Et si nous faisions l'effort de faire un inventaire honnête de tout ce qui a une valeur intraduisible en valeur financière ? Juste pour cultiver ce qui mérite d'être cultivé et s'asseoir sur ce qui attise notre souffrance.

François-Marie Michaut,
CO du 7-9 février 2020

04 février 2020

Mourir de, ou décéder avec ? (Exmed)


    Quand il nous est dit que telle ou telle maladie tue, en se léchant les babines de l’augmentation macabre des victimes, il manque un détail majeur. Celui de la cause du passage de vie à trépas. Si je suis porteur malade du 2019-nCoV, les complications  pulmonaires peuvent me tuer.
   Si dans la même situation, mon exitus est du à la décompensation d’une pathologie majeure préexistante, je ne meure pas du coronavirus.


   Tous les soignants le savent. Mais les autres, si on ne leur dit jamais que la réalité fonctionne ainsi ? Que lié à ne signifie pas causé par, n’est-ce pas, docteur Conan Doyle ?


François-Marie Michaut,

5-6 février 2020

02 février 2020

«Je est un autre»
 (Exmed)

   C’est Arthur Rimbaud qui l’a écrit. Simple gymnastique verbale paradoxale d’un poète de langue française des plus reconnus ? Une oreille médicale a vite fait de soupçonner ce que le public nomme un dédoublement de la personnalité.

 

  Et bien, ici, notre ami familier de ce site Jacques Grieu, pousse un peu plus loin, et avec un humour bien trempé dans l’actualité, le bouchon. MOI DOUBLE s’intitule la LEM 1156. 
 

          N’hésitez pas à perdre quelques instants à sa lecture.


François-Marie Michaut,

3-4 février 2020

MOI DOUBLE (LEM 1156)


Mon plus proche parent n’est autre que moi-même ;
Pourtant, nos relations, parfois nous font problème.
Il y a plusieurs moi : le bon et le sournois,
Le limpide et le trouble, ils sont mes doubles mois.
Avec lequel des deux suis-je le plus ami ?
Quand le moi est maudit, le moi double est béni.
Avec aucun des deux je ne peux me fâcher :
D’obscurs arrangements je dois leur dénicher.
           Boucler ses fins de mois, la France ne sait pas,
Et c’est mois après mois qu’elle aggrave son cas.
Elle prête l’oreille au « moi » des syndicats
Qui chaque mois la minent en stériles combats.

Janvier le mois des vœux ; les onze autres on attend :
Après moi le déluge et les gens sont contents !
De vous à moi je dis que mal ça finira,
Qu’aucun treizième mois du ciel ne tombera.
Même au mois de Marie,  miracle on ne verra.
Peut-être en Fructidor ? Prions saint Baraka !
Les réformes se font mais quel en est le prix ?
Le civisme et le moi, c’est grande fâcherie.
Les modifications, c’est à l’aune du moi
Que les Français les jugent : et sans dire pourquoi.

Que les grèves persistent est tout sauf étonnant :
Aucun  « moi », c’est humain, ne peut être content,
Quand on dit qu’il faudra travailler plus longtemps !
Qu’importe si, déjà, d’autres l’ont fait avant !
Toi et moi, est-ce nous ?  Toi et moi, est-ce toi ?
Et moi, suis-je moi-même ? On le serait pour moi ?
Les autres me fatiguent et de moi je suis las
Quand je suis hors de moi, suis-je ici ou bien là ?
Si je suis devant vous, vous l’êtes devant moi !
Vivre prend trop de temps ; les jours passent … Et à quoi ?
Je m’ennuie avec moi et je m’ennuie sans foi ;
J’attends la fin de moi pour enfin rester coi.

                            

                                Jacques Grieu



Os court :

« Lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre. » 

Michel de Montaigne 


                                           

Lettre d'Expression médicale


LEM n° 1156    
3 février 2020
                                 
 

On dit un micron (Exmed)

             Cela ne viendrait pas à l’idée d’un locuteur de culture française, avec des cordes vocales associées,  de parler d’un microne p...