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07 février 2021

κῥισις, qu’est-ce à dire ? (LEM 1210)

                                                        
   La crise, on ne cesse d’en parler entre nous  depuis de longs mois sur tous les continents. Comme si nous entendions exactement la même chose avec ce mot. De strictement sanitaire au début, elle contamine inexorablement en tache d’huile, toutes nos activités humaines au point de mériter la qualification très lourde de crise de civilisation. 
Est-on bien certains de ce que sous-entend le terme de crise ? Le dictionnaire Robert précise : « 1- Manifestation brutale d'une maladie ou aggravation brusque d'un état chronique. 2. Manifestation soudaine et violente (d'émotions).Crise de fou rire, de colère. 3 -  Malaise profond causé par des transformations psychologiques ou physiologiques.Traverser une période de crise. 4. Phase grave dans une évolution» . Quel peut bien être le point commun à ces quatre entrées ? Cela ne saute pas aux yeux.

  Sur un site se disant médical, rien de scandaleux à convoquer à la barre le père Hippocrate lui-même. Et par respect pour lui, dans sa propre langue. Notre crise vient du mot  grec κῥισις (crisis). Cela m’a bien surpris, je l’avoue,  ça veut dire: jugement. Porter un diagnostic en parlant de crise serait alors formuler un jugement. Bigre, c’est du lourd, pour parler familièrement. Dès que quelqu’un prononce le mot de crise, il proférerait un diagnostic. C’est à dire, pardon de jouer encore au cuistre : c’est une fois de plus venu du grec, connaitre à travers, sous entendu, ce qu’on perçoit. Que l’observation clinique d’un malade fasse reconnaitre un état convulsif ou une inflammation aigüe d’un gros orteil, les grecs anciens savaient qu’il s’agissait d’un épisode temporaire avant le retour à la situation précédente (1)  dans la vie d’un sujet. La crise est brutale, spectaculaire et temporaire (2). C’est une sorte d’accident dans le cycle d’une vie avec, souvent, la connotation de réversibilité.

  La grande difficulté que nous éprouvons collectivement est de pouvoir penser globalement ( René Dubos, l’inventeur des sulfamides) la situation de notre humanité. Il est souvent dit ici, sans avoir la certitude d’être compréhensible, systémique.La crise sanitaire, comme on dit, n’a joué qu’un rôle de détonateur. Illusion alors de tout régler en désamorçant au plus vite cette mise à feu. Toutes les sciences, depuis des siècles, n’ont cessé, chacune dans leur strict domaine, de faire un inventaire des extraordinaires cycles rythmant tout ce qui est vivant en nous, comme autour de nous. Chaque cycle de son début à sa fin obéit à un déroulement immuable, comme si dame Nature ne connaissait pas la marche arrière, ou quelque «comme avant» que ce soit. Le problème avec la merveilleuse, et indispensable, connaissance scientifique est celui de son cloisonnement, des limites qu’elle s’impose à elle-même. Quand cette connaissance scientifique - aucunement remise en cause ici - est considérée comme la seule connaissance nécessaire et suffisante capable de juger de ce qui est réel et ce qui n’est qu’illusoire, nous sommes dans le domaine de la croyance (3).

    Une question embarrassante jaillit. Tous ces cycles multiples que les sciences explorent au mieux de leurs capacités d’observation et de mesure, il ne peuvent qu’interférer entre eux.  Chaque cycle obéit-t-il à un modèle unique, le hasard (4) ou la mystérieuse mécanique darwinienne se chargeant de le faire fonctionner en harmonie avec tous les autres ? Ou bien, et cela fait grincer bien des dents matérialistes,  sous couvert ou non de laïcité, faut-il ne pas jeter à la poubelle l’éventualité qu’il existe un modèle des modèles. Autrement dit, un modèle absolu. Absolu, un mot au parfum dictatorial qui répand la terreur dans notre modernité.
 Certains esprits, et non des moindres, se sont de tout temps et jusqu’à nos jours, posé la question. Qui les a écoutés ? Alors si la crise du moment est bien un tribunal de notre civilisation toute entière, toutes les parties, sans aucune exception, doivent être entendues pour qu’en sorte un jugement nous indiquant pourquoi, sur quelles valeurs et comment construire notre avenir à tous. 

      Pas reconstruire, construire ce qui n’a jamais encore été construit parce que nous étions, sans en avoir pris clairement conscience, sur une voie sans issue.

                                       François-Marie Michaut
  
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Notes :



(1) Le mot de santé est évité ici. La définition paradisiaque servant de fondation à l’OMS depuis 1946 brouille trop toute réalité crédible en 2021.

(2) Le modèle le plus connu est celui de la crise d’épilepsie généralisée, jadis qualifiée de haut mal.



(3) Croire est une des capacités essentielles de notre cerveau humain. À ce titre, cela ne peut faire l’objet d’aucun rejet a priori.



(4) Une façon habituelle de camoufler notre ignorance de l’enchainement des réalités, sciences comprises. Le hasard est la francisation du jeu de dés arabe. En langue vulgaire le «au pif» s’en rapproche.


Os court :
«  La crise n’est pas comme une maladie dont on ne peut pas sortir : elle est comme une sorte de nouvelle naissance ! » 


Pierre Mauroy ( homme politique français, Lille 1983)

                                                                              

 Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1210   7 février 2021   

Quelle culbute ! (Exmed)


  On en reste sur son cul quand on bute, dit ce titre. Quand un bien modeste coronavirus devient le grain de sable d’un système de civilisation planétaire qui ne fut jamais atteint, comment rester muet ? Sans sombrer pour autant dans quelque conspirationnisme que ce soit.

  On parie ? 
Rendez-vous alors sur la LEM 1210 « κῥισις, qu’est-ce à dire ? » 
Votre jugement à vous, parce qu’il est un acte unique de pensée, est de haute importance.


François-Marie Michaut

8-9 février 2021

Contagiosité n’est pas virulence (Exmed)

    Comprendre le sens des mots est indispensable en ce moment. Confusion en matière virale. Contagieux veut dire qui se propage facilement ...