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07 juin 2021

Mots qui puent, mots qui tuent (LEM 1226)


   L’invention de l’imprimerie a été un des moteurs de la Renaissance en Europe. Les textes enfin sortis de la seule tradition orale ou des copies confidentielles pour les rares favorisés. Le seul animal doté de la capacité de langage articulé par sa physiologie fait ainsi un remarquable pied de nez au temps comme à l’espace.
   Enfin vint le réseau des réseaux avec sa toile numérique planétaire. Tout manipulateur de clavier dispose virtuellement d’une tribune d’expression sans limite. Plus besoin d’auteur patenté, plus besoin d’éditeur, plus besoin d’imprimeur, plus besoin de libraire.

Que faisons-nous de cet outil technique incapable d’oublier son contenu après quelques années d’utilisation intensive ? Un moyen d’ouvrir les esprits vers des connaissances jusquelà inaccessibles ? les pionniers en ont révé de ce «village planétaire» ( Marshal Mac Luhan, 1967).
Le libre-service des mots, fouété par l’illusion de la protection de l’anonymat a conduit, sous la protection très intéressée des réseaux sociaux, à l’explosion des mots utilisés comme des armes pour dominer les autres. Entendons ceux qui pensent autrement que soi, les pas comme nous, les gens vraiment bien. Rumeurs de stade, la machine collective catalysant le mimétisme cher à René Girard ( Des choses cachées depuis la fondation du monde, 1978) ne cesse de s’emballer. Odeur nauséabonde pour toute pensée refusant les attitudes simplistes des extrémisme de tout calibre. S’il ne s’agissait que de l’agacement olfactif de quelques sujets plus sensibles que les autres, cela n’aurait guère d’importance.
Mais, hélas, le passage à l’acte de cette violence des mots, des insultes et des menaces nous saute à la figure. Les anciens savaient bien que deux armées face à face ne pouvaient s’étriper qu’après s’être copieusement injuriés ( L’Iliade ). Ailleurs, tambours, peinture et danses de guerre étaient indispensables pour galvaniser les guerriers. Le passage de l’expression symbolique violente à la réalité de donner la mort à celui d’en face, connu ou inconnu, est trop familière à notre histoire pour qu’il puisse être nié.
Comment ne pas s’interroger quand une chaine publique de télévision propose sans hésiter à ses spectateurs leur «soirée meurtre». Comme un anodin divertissement ?
   Ceux qui soignent des malades savent l’importance des mots qui sont échangés. Ils peuvent soigner, ils peuvent soulager, ils peuvent  aussi contribuer à guérir, les mots et les gestes. Mais il peuvent aussi, hélas quand on n’y prête pas assez attention, conduire au désespoir et à la mort.
   Personne n’a le droit, sous quelque prétexte, toujours mauvais que ce soit, dire n’importe quoi à n’importe qui n’importe quand, n’importe où, n’importe comment . L’utilisation de termes techniques et scientifiques ne peut constituer aucune aseptie des messages. Les recettes dites de communication, concept très au gout du jour, ne sont que des leurres de manipulation des esprits.
  Tout humain est redevable vis à vis de la collectivité dont il est membre des mots qu’il utilise. Parce que chacun de ses mots construit une part de la réalité humaine que nous partageons dans leurs conséquences pour le pire, comme pour... le meilleur.

                                                   François-Marie Michaut
   
Os court :
«  Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté. »

 Confucius


 Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1226  7 juin 2021   


               
                       
                                         

Air de rien (LEM 1245)

    Les scrutateurs de la qualité de notre première et indispensable source de vie ont beau nous prévenir, nous ne voulons pas entendre vrai...