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27 septembre 2020

P/endémie ? (LEM 1190)


  Puisque la réalité d’un turbulent coronavirus, quittant sur son ARN ses discrets hôtes animaux dans l’Extrême Orient,  est parvenue à transformer la masse des êtres humains au cerveau gavé par les  écrans numériques en virologues avertis , enfonçons encore un peu le clou.


   Aiguillonnés par la lourde incertitude de ce qui sera demain pour chacun de nous, propulsés par la Toile, les mots fusent de tous les côtés. Parfois balancés comme des grenades pour tenter de convaincre les lecteurs-auditeurs-électeurs s’agitant dans tous les sens. Dans cette situation médiatiquement évoquée jusqu’à l’écoeurement, il me semble de plus en plus nécessaire de se livrer à un exercice à visée clinique.   Et pas, ce serait se méprendre,  simplement littéraire ou esthétique.

  Nous avons d’abord vécu une épidémie, quand une forme nouvelle de syndrome respiratoire aigu (SRAS 2) a atteint et s’est répandu dans le peuple chinois. Notre bougeote incessante sur toute la planète a permis au Corona 2, se comportant en astucieux passager clandestin, de se répandre un peu partout dans presque toutes les parties du monde. C’est la définition même du mot pandémie : tous les peuples. L’OMS en a délivré le certificat officiel d’authenticité. Jusque là, nous semblons tous d’accord. Exception faite d’inoxydables tenants des théories complotistes et des moi-j’veux-pas-le-savoir.

Mais, les inventions imagées (commodes pour manipuler les esprits maigrement informés) de «nouvelle vague»  ou de « rebond»  de Covid19 résistent mal à notre ignorance de tout exemple historique comparable. Il est souvent invoqué, sans plus de détail mais avec déférence, l’utilisation de modèles mathématiques capables de digérer tout ce que nous engrangeons, de préférence sous forme chiffrée. Qui d’entre nous a entendu parler du succès de la prédiction mathématique de tel ou tel événement ? Ce n’est pas pour rien que nous avons inventé les statistiques et les calculs de probabilité. Faire en permanence appel au hasard pour ne pas dire ce que nous ne savons     pas est un faux-fuyant. Az-zarh, ce sont les dés à jouer.

  Sommes-nous pourtant en voie de passer de la pandémie que certains pensent en train de  décroitre(1) vers ce qui se nomme une endémie ? Une maladie contagieuse ou transmissible qui s’installe de façon permanente dans une population. En Afrique, Lèpre, Tuberculose, Sida, paludisme ou bilharziose. En Europe, plus dicrétement, ne pas oublier le zona, l’hépaptite C ou l’herpes si fréquents.
C’est possible, c’est loin d’être certain. Mais, comme nous vivons très mal l’incertitude, habitués au confort que nous avons la chance de vivre, il nous faut un panneau indicateur de la route qui nous est imposée par la réalité. Il est humain, peut-être indispensable, de se construire un récit de ce qui  nous arrive. Le seul outil que nous avons, aussi riche soit-il en émotion, est de lui donner un nom  pour lui donner une existence pensable.

 Alors, au travail. Puisque, nous l’avons survolé rapidement dans ce papier, ne peuvent plus convenir ni l’épidémie et son extension planétaire la pandémie, et que l’endémie n’est pas d’actualité, il faut oser se forger une invention verbale acceptable. J’avais d’abord songé au mot pendémie. Mais, juste transformer un a en é n’est pas assez parlant (3). L’orthographe, même pour les plus attentifs lecteurs, ne saute pas toujours aux yeux. Un ami, hier au téléphone, m’a suggéré P endémie. Un espace vide dans un mot.  Pourquoi ne pas introduire un signe inhabituel dans ce mot, mais familier aux internautes, le slash (2) ?


  Penser que nous sommes les premiers humains à vivre cette p/endémie, ça donne du coeur au ventre quand le moral fléchit, vous ne trouvez pas ?

   Et enfin, cerise sur le gateau, la petite trouvaille sémantique proposée ici sera de courte vie. Parce que la situation que nous vivons collectivement et individuellement, à l’image de tout le vivant,  ne peut qu’évoluer au fil du temps. Le p/ inusité de notre p/endémie livrera sa destinée. P comme pré, p comme péri, p comme para ? La liste n’est pas limitative. 

       Qui (sur)vivra le saura.
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Notes  

(1) Une pandémie qui ralentit malgré tout,  G.H.
 Journal International de Médecine, JIM.fr du 23 septembre 2020

(2) Barre de séparation oblique de gauche à droite en partant du bas / utilisé dans les fichiers internet. Anglicisme  technique sans traduction française.

(3) Pour les non initiés au langage des médecins.


 
Os court :


«  Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement
     Et les mots pour le dire viennent aisément » 


                    Nicolas Boileau-Despréaux (Art poétique 1674)

 Lettre d'Expression médicale
 
LEM n° 1190   28 septembre 2020

  P/endémie ?
 François-Marie Michaut
 

Tous les maux ont leur mot (Exmed)


   Le soignant commence tout traitement en donnant au patient un nom à ce qu’il cherche à maitriser. Un diagnostic, qu’il faut souvent expliquer : c’est son travail. Le patient en a besoin pour se construire son image à lui , et même son récit de cette partie de sa vie , de ce qu’il doit affronter. Tel est l’acte un de toute thérapie.
   Alors quand l’actualité met à nu le manque d’une dénomination bien adaptée à un événement inconnu, nous voici tous dans un climat de malaise. La LEM 1190 au titre étrange de P/endémie ? propose à ses lecteurs un cheminement de l’esprit se voulant ouvert. 

À vous d’en juger.

François-Marie Michaut
28-29 septembre 2020

Malheureux carabins (Exmed)

  La réforme des processus de sélection universitaire des étudiants en matière de santé en France est un échec selon les intéressés eux-même...