dimanche 21 juillet 2019

Ce qui tient avec (LEM 1129)


              Feuillets de Systémique Médicale (7 )


                                                                                                   
    Ce qui tient avec est exactement ce que veut dire le mot système hérité du grec ancien . Sun : avec et stein : tenir. Avoir le culot d’oser, sans aucun mandat ayant pignon sur rue, perturber la pensée médicale dominante en insistant avec obstination, suppose un postulat. Bien entendu totalement critiquable. Dans le domaine de la médecine, rien n’existe qui soit isolé de tout ce qui existe autour. Depuis toujours les médecins, seuls devant leurs malades, le ressentent avec une telle évidence qu’ils n’ont même pas le besoin d’en parler à qui que ce soit. L’éclatement des pratiques médicales depuis la seconde (1) guerre mondiale a fait surgir un nombre croissant de disciplines spécialisées limitant volontairement leur champ de compétence, donc de connaissance, à une seule partie du corps humain pathologique. L’attrait auprès des étudiants en formation, eux mêmes formés presqu’exclusivement par des spécialistes hospitaliers de renom académique a été considérable. En 2018, la France comptait 226 000 médecins actifs. Dont 102 000 généralistes pour 124 000 spécialistes (2). Est-ce bien le meilleur équilibre possible pour que les habitants reçoivent les meilleurs soins dont ils ont besoin ? Visiblement, la question fâche ceux qui devraient avoir une opinion sur cette étrange dichotomie. 

  Objectif depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale : améliorer la somme des connaissances de la médecine en fractionnant de plus en plus les disciplines partielles en constituant le corpus. Construire sa propre spécialité médicale a été un rêve pour nos prédécesseurs médecins en quête de gloire professionnelle. Ce fut le cas au siècle dernier, pour ne citer que quelques noms qui eurent leur heure, si brève, de célébrité, de Jean Bernard ( hématologie), Robert Debré (pédiatrie), Jean Hamburger (néphrologie), Jérôme Lejeune (génétique). Que leurs cendres, comme celles de tous ceux dont je n’ai pas parlé, me pardonnent, mais tous ont construit leur propre système aussi hermétiquement refermé sur lui-même qu’ils l’ont pu. Avant que de nouveaux talents conquérants ne s’imposent en divisant sans cesse leur champ de compétence et leur sphère d’influence, notamment médiatique. Bien garder en mémoire qu’une telle vision pyramidale de la médecine a profondément marqué des générations entières de médecins dans un univers statique.     Et, en toute lucidité, nous sommes encore fort loin d’avoir dépassé cette vision de la médecine.

    La façon dont nous pensons la médecine elle-même n’intéresse pas les foules. Les louanges aussi excessives des promesses que les critiques systématiques des dangers suffisent à alimenter les réactions du grand public. Quelques petits coups de publicité, un poil de propagande pour les bonnes causes et un bon souffle de mercantilisme y trouvent leur pâture. On pourrait penser que les études de médecine apportent aux carabins quelques lumières afin de se définir elle-mêmes avant de vouloir entrer dans les esprits. Et bien, rien de tel n’existe dans la tradition française. C’est à chaque médecin, tout au long de sa vie, d’inventer et de remettre sans cesse à jour sa propre vision de la médecine. Les querelles traditionnelles autour de l’homéopathie, de l’acupuncture ou des médecines venues d’ailleurs en sont l’écho finalement rassurant. La liberté de jugement n’est pas définitivement détruite par le carcan universitaire.

   Comment les choses se sont passées avant notre époque ? C’est l’histoire qu’il faut convoquer. Une histoire de la médecine qui ne fait l’objet d’aucun enseignement pour tous les étudiants. Terrain de jeux pour des retraités érudits en mal d’écriture savante, l’image n’est pas attractive. Nous savons que l’université, depuis ses origines chrétiennes médiévales (3) a limité son terrain à l’étude des livres anciens jugés les plus importants. En médecine, ce furent les écrits prêtés à Hippocrate et ceux du philosophe grec Aristote. La survenue du siècle dit des Lumières, celui de Diderot et des encyclopédistes, en sonna le trépas définitif.

   Pour tenter d’avoir une vision globale, «  généraliste », aussi complète que possible, tout en demeurant de lecture accessible, je n’ai trouvé sur ma route qu’un seul ouvrage. Il date de 1975. C’est «  Histoire de la médecine » de Charles Lichtenthael (4), éditions Fayard. Bien entendu, la médecine a évolué depuis et le lecteur a tout loisir de pratiquer une lecture critique, mais l’ensemble, car il y en a un, demeure pertinent. Des systèmes de penser la maladie, les malades et la façon de soigner se dégagent bien. Mais, il demeure impossible d’imaginer que quelque chose de commun en ressort. Des systèmes succédant à des systèmes, chacun éliminant ceux qui avaient cours auparavant ? Une vision linéaire d’un progrès de l’intelligence humaine en constante progression ? La prise de conscience très récente de ce que nous faisons subir depuis des siècles à notre planète mère nous empêche d’y croire.

  Alors, désolé, mais la question de l’existence d’un système des systèmes, d’un principe unificateur de toutes nos connaissances, demeure en suspens. Contre vents et marées de tous les scepticismes moqueurs (5),  la quête continue. Comme la vie de chaque chose.


Notes :
1) Pour l’auteur, non pessimiste déclaré, seconde dit bien : deuxième et dernière. Une deuxième chance peut être suivie d’une troisième, une seconde, non.

2) Les Échos, mai 2018. Au Royaume-Uni, en décembre 2016, on comptait 74 624 généralistes pour 61 137 spécialistes ( source www.profilmedecin.fr).

3) D’où son enseignement dans la seule langue latine jusqu’au temps de Molière.

4) Professeur de médecine à Lausanne et Hambourg, c’est le texte des 20 conférences de son enseignement.

5) Dont le dogme - car s’en est un  et de la plus belle eau - affiché haut et fort, est que la vérité n’existe pas.


   François-Marie Michaut


Os court ;

«   La langue est système commun à tous ; le discours est à la fois porteur d’un message et instrument d’action.» 

 Émile Benveniste ( linguiste,1902-1976)

Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1129
 22 juillet  2019
                        
                       
 
                            

Faire les poubelles du savoir (Exmed)

   Notre récente conscience écologique ne peut y voir qu’une bonne chose : une possibilité de recyclage. C’est ainsi que cherche à se présenter la LEM 1129 sous le titre énigmatique : Ce qui tient avec.
 À vous de découvrir, et si le coeur vous en dit, de faire passer directement à la... poubelle.

François-Marie Michaut
Exmed 22-23 juillet 2019

jeudi 18 juillet 2019

Ursula triplement armée (Exmed)

   Une patronne à la tête de la Commission européenne, nous ne l’avions jamais connu.

- Qu’elle soit parfaitement francophone depuis l’école primaire à Bruxelles est un atout culturel de toute première importance dans le concert mondial dominé par l’anglophonie des affaires.

- Qu’Ursula Von der Leyen ait été médecin avant de se consacrer à la politique, c’est également un ressort intellectuel sans précédent à ce niveau d’exercice d’un pouvoir s’étendant sur 28 pays de notre vieux continent.

        Que va-t-elle pouvoir faire de ses armes hors du commun, l’avenir, notre avenir, le dira.

 François-Marie Michaut 
Exmed 19-21 juillet 2019

mardi 16 juillet 2019

Éponges à catastrophes (Exmed)

   Merci à nos merveilleuses machines à nous connecter en direct sur ce est livré en pâture à notre terreur du vide existentiel et de l’ennui. Quand les nouvelles du quartier étaient diffusées par des langues bavardes, le temps de la digestion, de l’interprétation, de la distorsion, de l’échange, était respecté. Piégés par le direct, les émissions spéciales et les infatigables réseaux sociaux, il nous faut ingurgiter de force  heure par heure les choses les plus épouvantables. Notre humanité est réduite à être une éponge à catastrophes, et chacun de nous avec. Tous ceux qui y contribuent plaident leur bonne foi ou leur droit légitime à nous plonger dans ce bain d’horreur.

  Le seul problème est que nous n’avons pas encore trouvé comment presser ce genre d’éponge, et que c’est notre humeur qui en fait les frais.

   Glissement vers une sorte d’état dépressif collectif croissant, ne trouvez-vous pas ?

 François-Marie Michaut

Exmed 17-18 juillet 2019

dimanche 14 juillet 2019

LATINOPHOBIE (LEM 1128)

                  
                         
 
                             

« Haro sur le latin ! », proclament les modernes ;
« Cette langue est bien morte et pour vieilles badernes »
Si elle sert encore au baptême de plantes,
« Seulement à l’église elle reste courante ».
Et encore certains voudraient l’y supprimer,
Malgré le Vatican qui ne veut l’oublier.

Supprimer le latin est le nec plus ultra,
Le vrai sine qua non pour persona grata.
À ces vieilleries-là, mettons notre veto
Et rangeons-les très vite en un grand mémento.
C’est en totalité, vraiment in extenso,
Qu’il faudra tout exclure ; et pas grosso modo.

Pas besoin de passer par un referendum
Qu’il nous faudrait subir jusqu’à ad libitum :
Pedibus cum jambis  ou bien par omnibus,
Brisons le statu quo sans craindre les hiatus !
Alors, ipso facto, sans risquer de lapsus,
Tous ces latinophobes auront donné quitus

S’il nous faut endurer de tels ultimatum,
Nous n’en seront jamais les trop vils factotum :
Quels que soient nos métiers, curriculum vitae,
Contre le bas latin, pas de brutalité !
Faut-il, ex nihilo, inventer d’autres mots,
Au risque de créer d’absurdes quiproquo ?

Certains, nolens, volens, voudraient au muséum
Tout ce qui est latin,  coller dans un album.
Faut-il rebaptiser l’Amérique latine,
Et du Quartier Latin supprimer les racines ?
Alea jacta est ! chassons les latinos ?
Mais là, le vae victis, n’est pas le juste mot…
   


Jacques Grieu
 


Os court :

« Il faut d’abord bien savoir le latin. Ensuite, il faut l’oublier.»
 Montesquieu ( 1689-1755 )



LETTRE D'EXPRESSION MÉDICALE

LEM 1128

15 juillet 2O18

In latino veritas (Exmed)

  Quand on pense que ce fut longtemps la seule langue utilisée par la science, comme elle l’était par l’Église ! Le Diafoirus de Molière marqua son agonie chez nous, alors que la systématique botanique et zoologique maintenait son usage. Une langue morte est-elle un archaïsme à jeter à la poubelle ? Ou bien, demeure-t-elle, paradoxalement, une ressource importante pour aller fouiller le sens au delà des apparences et de l’utilitarisme immédiat ? Qu’en pense l’intelligence artificielle ?

Voici la LEM 1128 de Jacques Grieu : LATINOPHOBIE. À consommer sans aucune modération comme antidote au «globish» métastatique.



François-Marie Michaut
Exmed  15-16 juillet 2019

jeudi 11 juillet 2019

Voyage officinal (Exmed)

   
Étonnant voyage en arrière dans son arsenal thérapeutique pour un médecin qui a cessé d’exercer depuis des années.  Les rayons des pharmaciens exposent à la convoitise des clients force médicaments qui naguère nécessitaient une prescription médicale en bonne et due forme.
   L’assurance-maladie ne les remboursant plus, ils sont en vente libre. Leur  prix étant libres et les pharmaciens persuasifs vendeurs, le commerce de ces produits, tous plus prometteurs les uns que les autres, vantés dans des spots télévisés,  sont une excellente affaire pour toute la filière du médicament.

  
Pour les utilisateurs aussi ?
    Que c’est mal élevé que de poser de telles questions !


François-Marie Michaut

 12-14 juillet 2019

Ce qui tient avec (LEM 1129)

              Feuillets de Systémique Médicale (7 )                                                                                      ...