Rechercher dans ce blog

dimanche 16 février 2020

ÉMOTICÔNES
 (LEM 1158)








Plus d’erreurs de grammaire ou de ponctuation,
De fautes d’orthographe ou d’accentuation !
De l’écriture, enfin, c’est l’aboutissement,
C’est l’ultime progrès, le perfectionnement.

C’est la fin des polices aux dessins délicats ;
Adieu les new romans, cochins et cambrias,
Finis, l’helvética, le times et le didot.
Exit, le genova et le palatino !

Les styles d’écriture ont changé de logique :
Plus d’anglaise ou bâtarde ou de ronde ou gothique.
Et les grasses et les maigres ou bien les italiques,
Sans parler des chinoises ou de la cyrillique.

Inventée à Sumer, disent les historiens,
L’écriture annonçait la fin des temps anciens,
Les débuts d’une autre ère où on se souviendrait
Où mémoire et cerveau ensemble augmenteraient.

Avec les hiéroglyphes, on eut les pictogrammes
Et les cunéiformes et les idéogrammes.
Il fallut cinq mille ans de progrès anarchiques,
Pour arriver enfin à l’alphabet classique.

Et puis l’imprimerie fit sa révolution
Qui fut pour l’écriture une révélation ;
Car avant Gutenberg, c’était l’architecture,
Qui était pour le peuple un moyen d’écriture…

Tout cela enterré ! Vive les novateurs !
Vive les émojis, les smileys et les cœurs !
Pourtant, je me demande avec fort peu d’entrain,
Jusqu’où notre écriture ira-t-elle demain ?

               

                               Jacques Grieu



Os court :

« Emoticône. Le nom est aussi vulgaire que la chose. Je hais ces trucs de feignants. Au lieu d'exprimer un sentiment, on l'expédie. On appuie sur une touche et tous les sourires du monde sont pareils. Les joies, les doutes, le chagrin, la colère, tout a la même gueule. Tous les élans du coeur se retrouvent réduits à cinq ronds hideux. Putain, quel progrès... »

Anna Gavalda

                         

Lettre d'Expression médicale


LEM n° 1158    17 février 2020

                                                                
                                          

Le lac des signes (Exmed)


    Puissante invasion de ces petits dessins au départ prévus pour atténuer la sécheresse de nos échanges numériques qui mérite investigation. Est-ce vraiment une aide ou une dangereuse facilité ?

Jacques Grieu a son idée bien à lui sur la question. Sans complaisance, « ÉMOTICÔNES» est le titre de sa LEM 1158.

17-18 février 2020
François-Marie Michaut,

vendredi 14 février 2020

Se soigner sans quitter son écran (Exmed)

   
Parade absolue aux déserts médicaux, la technologie arrive. La vente de soins médicaux du diagnostic à la livraison à domicile des remèdes, sans compter l’assurance santé, est en cours de développement chez le géant mondial du commerce Amazon. Son nom de code : Amazon-Care. Télémédecine, pharmacie et assurance ad hoc. Source : Alexandre Piquard, Le Monde.fr du 13 février 2020. 
  

  Les soignants et auxiliaires de chair et d’os vont-ils être remplacés par la magique intelligence des circuits numériques ? Si on se laisse massivement manipuler par les promesses commerciales de robots intelligents, la réponse est oui.  


14-17 février 2020
François-Marie Michaut,

mardi 11 février 2020

Mourir chez soi (Exmed)

    Est-il indécent de dire que, pour un médecin généraliste, l’un des moments les plus forts et les plus gratifiants est de pouvoir accompagner jusqu’à son dernier souffle la personne qu’il a soigné depuis des années ?

   Le sentiment est très intense, quand le coeur s’arrête, dans l’apaisement des derniers moments, d’avoir été jusqu’au bout de son travail.
Alors, comme on vient de le faire en France, permettre d’utiliser à domicile une molécule entrainant une sédation profonde est une excellente initiative pour que le praticien ne se sente pas désarmé.
   Donc obligé, par manque de moyen chimique d’agir à la maison, d’envoyer mourir à l’hôpital la personne qu’il a en charge.


12-13 février 2020
François-Marie Michaut,

dimanche 9 février 2020

Ah, mais quelle aubaine que ce cancer (LEM 1157)

   En 2009 l’artiste Christophe Fort prévoyait d’ériger des lettres colossales au-dessus de Marseille, à l’instar de celles d’ Hollywood, mettant en avant des motivations humanitaires et caritatives. Les lettres devraient être acquises par des mécènes, et « l’argent sera reversé à un grand centre de lutte contre le cancer et aux hôpitaux de Marseille. C’est cet aspect humain qui a séduit la mairie ». Hollywood avait bien son chewing-gum après tout, et Marseille a son savon, ce qui méritait bien sûr d’être inscrit en grand sur la montagne, surtout quand c'était pour une grande cause, le cancer. Bon depuis ce projet n'a pas vu le jour et l'artiste s'est fait piquer l'idée.
Pas grave, entre temps de nombreux pipoles et starlettes ont chanté que le cancer c'était pas bien (Justin Timberlake sur scène au profit de la Fondation "stand up to cancer"), et il y a eu la mode des "clips" contre le cancer.

    Notez que le cancer n'était pas le seul concerné par la dégoulinitude  d'émotioline ; d’aucuns ont chanté contre la pauvreté (qui les en blâmerait), d’autres, au hasard de l’actu, pour l’Ethiopie (Renaud en 1984), l’Arménie (Aznavour en 1988), Bruel( pour la terre en 2006), le tout avec des chanteurs habillés tout de blanc de préférence (parce que c'est pur, le blanc), avec un ou une soliste qui nous envoie des vocalises poignantes dans les tripes (et on est fragiles des tripes quand on a eu un cancer je vous le dis), et en arrière-fond de préférence des enfants ou des bébés (très porteur le bébé), ou bien encore des vieillards tristes (un peu moins porteur le vieillard quand-même). Mais je m'égare...

     Contre le cancer voici ces quelques expérimentations musicales :
Ceci.
Et ça aussi.
Voyons, ceci.
Et ça là .

    Vrai, ils en ont ras la mèche, les malades, une jeune femme atteinte m'a dit un jour dans un souffle, dans l'intimité d'un examen échographique en plein mois d'octobre où de joyeuses femmes en bonne santé gambadaient sous les fenêtres du cabinet avec des ballons roses : "si elles savaient seulement, à quel point j'aimerais l'oublier ce cancer".
Mais il faut renouveler, et ce qui marche bien en ce moment ce sont les "témoignages", de pipoles préférentiellement, qui nous étalent généreusement leurs prostates, seins, colons sur les plateaux télé, dans les radios, les magazines, Françoise Hardy et l'animateur JP Pernault en tête, pas avares de confidences pour sauver leurs semblables dans un grand altruisme médiatique et sacrificiel, et nous on demande une chaise en criant grâce devant les détails qui feraient vomir même sans chimio.

  Lorsqu'on contracte une maladie on en devient, et ça c'est chouette, un spécialiste, un "sachant", et comme "ça c'est bien passé pour moi", l'animateur vedette Mr Pernault, dans sa grande humilité, déferle un peu partout en chevalier blanc de la prostatectomie pour pourfendre le cancer et nous imposer son "sauvetage" grâce au dépistage de son cancer lequel, ou bien ne l'aurait jamais tué de toute façon, ou si quand-même mais plus tard, et ça on ne peut pas savoir, vu que nous ne sommes pas devins.(voir  )

  Les actions plus modernes de jemefousapoilistes de nos jours, ça marche à fond, regardez le nombre de calendriers-charité avec des pompiers, électriciens, rugbymen, contrôleurs de trains effeuillés pour la bonne cause, je vous fais grâce de l'énumération, vous tapez ça dans un moteur de recherche et votre PC fume.
Et à présent donc, l'apothéose, le summum, le phare intellectuel qui illumine nos soirées, j'ai parlé de l'émission "stars à nu" diffusée sur TF1 le 30 janvier dernier, l’a été le 7 février 2020, pour sensibiliser les gens aux dépistages : d'abord les hommes-stars se mettaient à nu, et là les femmes-stars se déshabilleront également pour le même objectif.
Mme le Dr Sublet nous explique doctement sur France Info ce qu'il faut savoir, et cela parce que Marine Lorphelin, qui est en fac de médecine (sic), elle a dit qu'on pouvait avoir le cancer avant 30 ans.

France Info nous avait habitué à mieux, malheureusement en beaucoup plus court. Lien.
 Mais Mr le Dr Duperray n'est pas en fac de médecine et ne tient pas des potimarrons devant ses seins, vous allez comprendre pourquoi je dis ça.
Sinon, l'avis des médecins me demandez-vous ? Ceux qui pratiquent, là, sur le terrain, qui voient des vrais malades, après 14 années d'études ? Quoi, quoi, enfin, quels médecins, on ne va pas encore s'embêter d'un médecin alors que des stars se mettent à nu, à nu vous dis-je, pour remplir notre cerveau disponible en deux émissions de tout ce qu'il y a à savoir !
   En une heure vous avez le résumé du module de cancérologie des étudiants en médecine, c'est quand-même plus pratique.
Et tout ça en contemplant Mme S... tenant des potimarrons devant ses seins. 

Mais pourquoi les cours en fac ne sont-ils pas dispensés par des danseurs /chanteurs à poil avec des concombres et des pruneaux (oui ben pour l'appareil génital mâle, faut tout vous expliquer) et des potimarrons, ou des Reine-Claude éventuellement (on n'est pas toutes des frimeuses non plus) pour le système mammaire.
Moi là, dans ces conditions je vous le dis tout de go, je la refais ma première année de médecine...

  L’hypocrisie du procédé permet aux stars, sous un vernis caritatif, de redorer leur ego et relancer leur carrière pour bon nombre d’artistes un peu oubliés.
Il permet aussi de faire passer n’importe quel message, sans trop de débat, dans un silence assourdissant d'autorités sanitaires, du ministère de la santé qui a un coronavirus à maîtriser (6 cas en France le 6 février, je crois ?), et dans une merveilleuse inertie du CSA.
Alors nous avons encore ceci en magasin :

   Là Mme Leeb nous explique que vous n'aviez qu'à être "en accord avec vous-mêmes" pour ne pas contracter de cancer, bannir le sucre, pas déprimer et pousser les femmes à se gaver de rayons X sur leurs seins avant 45 ans parce qu'après c'est trop tard ! Pour ceux qui voudraient avoir un autre son de cloche, des études scientifiques, (désolée j'ai dû utiliser ici un gros mot) n'ont pas démontré de corrélation entre dépression et cancer.

 Mais elles ont sûrement tort puisque Mme Leeb, elle a dit.....Faudrait demander confirmation à Mme Lorphelin qui est en fac de médecine.
Les chaînes, les médias faisant le relai de ces manifestations, les partenaires publicitaires peuvent se frotter les mains, le marché a de l’avenir, car en effet, la pauvreté, la famine, la mucoviscidose, la myopathie et le cancer ont de beaux jours devant eux. Tous ces fléaux ont-ils reculé depuis l’arrivée de ce cirque médiatico-humanitaire ?

   Comment se porte donc l'information médicale dans notre pays, où règne un révisionnisme médical en dépit de recommandations médicales qui demandent l'arrêt du dépistage du cancer de la prostate chez l'homme asymptomatique, qui avertissent sur la nécessité de ne pas dépister le cancer du sein avant 50 ans en l'absence de symptôme, sur la base de données épidémiologiques et scientifiques (rha encore le gros mot). Le pauvre public français n'a pas de chance, il a le choix entre des interventions de leaders d'opinions bourrés de conflits d'intérêts, invités complaisamment sur des plateaux télé sans qu'on leur demande de décliner ces liens d'ailleurs, alors que la loi le demande pourtant, ou des stars ignares aux messages indigents.
Mais peut-être que la conséquence du spectacle caritatif sur la perception par le public ne sera pas sans impact à l' avenir.
   La réalité des causes défendues est souvent plus complexe qu’il n’est exposé au public ; en jouant sur l’anesthésie de l'auditoire par des méga-shows, sur sa mauvaise conscience par l’appel aux dons et aux records de générosité à battre, le business de la bienfaisance et des kermesses médicales pourrait devenir contre-productif. Souvent à la suite de ces émissions on assiste bien à un afflux éphémère vers les cabinets médicaux, où il nous faut faire preuve de pédagogie et de temps pour démonter les messages dangereux et fallacieux, souvent au détriment de vrais malades qui attendent patiemment nos soins et notre écoute, dont ils ont vraiment un grand besoin.
Mais au long terme la terreur autour du cancer pourrait bien un jour, à force de répétitions, se banaliser, et le risque que le grand public devienne indifférent, lassé de se voir imposée cette surenchère jusqu’à la nausée sera peut-être le début d’un sentiment de saturation, conduisant à terme vers un désintérêt des "bonnes causes", un déclin de la mode du charity-business et des spectacles de "sensibilisation", et une demande d'information médicale soigneuse, bien balancée, modérée, sur la base de preuves scientifiques et d'évidences. En espérant que celle-ci regagne ses lettres de noblesse, dans l'intérêt de la santé individuelle qui n'est pas inépuisable et renouvelable, et de la santé publique qui n'est pas une ressource infinie qu'on puisse galvauder.
Attention au prix à payer sur la confiance des Français en leur système de santé, après des scandales sanitaires comme le sang contaminé, la Dépakine , le Mediator, qui ont mis bien du temps à nous exploser au visage. Le caractère inopérant et potentiellement dangereux des dépistages à tout va pourrait bien suivre le même chemin, et des pays plus en avance sur nous conçoivent déjà du matériel d'information pour le public ; en Australie, un grand plan contre la sur-médicalisation est déjà opérationnel.
J'appelle les femmes et hommes de bonne volonté à se mobiliser autour d’un disque « fuck the charity » , les fonds pourraient être reversés à l’AEdPC, l’association pour l’entartage des pipoles-charlatans.
      Au fait il est où, l'entarteur  ?

                                                 Cécile Bour, radiologue

____________________________


Note de la rédaction
La publication initiale de ce texte de Cécile Bour a été faite le 6 février 2020 sur le site Cancer-Rose. La rédaction, convaincue de l’importance du sujet,  a obtenu l’autorisation de l’auteure de le publier in extenso sur notre site. Nos remerciements  à notre consoeur courageuse.


______________________________



Os court :

«  S’il n’y avait pas la Science, combien d’entre nous pourraient profiter de leur cancer plus de cinq ans ? »  

Pierre Desproges (1939-1988)

Lettre d'Expression médicale

 

LEM n° 1157    


10 février 2020
https://www.exmed.org/archives20/circu1157.html

           
                                 
                                      

« Dégoulinitude d’émotioline » (Exmed)


   Tel est le constat clinique sans appel que fait le docteur Cécile Bour, radiologue et webmestre du site Cancer-Rose, dans sa LEM 1157. Plus longue que d’habitude, solidement documentée, trempée dans un bain bien tempéré d’humour, voici son titre : «Ah, mais quelle aubaine que ce cancer» .

    Un état des lieux sans concession des dérives d’une certaine expression médicale populaire animée par la seule course au ... vendable.

François-Marie Michaut,
10-11 février 2020

jeudi 6 février 2020

Vive l'invendable (Exmed)

       Slogan volontairement provocateur devant un constat consternant. Celui de l'état général de nos sociétés. En produisant de l'injustice, de l'abus de pouvoir et de la violence, elles nous montrent qu'elles vont mal. Aucun d'entre nous n'en sort indemne. Notre credo implicite en 2020 est que tout se vend et que tout s'achète, ou, à défaut, se vole.

   Et si nous faisions l'effort de faire un inventaire honnête de tout ce qui a une valeur intraduisible en valeur financière ? Juste pour cultiver ce qui mérite d'être cultivé et s'asseoir sur ce qui attise notre souffrance.

François-Marie Michaut,
CO du 7-9 février 2020

ÉMOTICÔNES
 (LEM 1158)

Plus d’erreurs de grammaire ou de ponctuation, De fautes d’orthographe ou d’accentuation ! De l’écriture, enfin, c’est l’aboutiss...