vendredi 27 mars 2015

A la racine des fondamentalismes

    Lettre d'Expression médicale 906
LEM n° 906      27 mars 2015

              
 
                                                           

       

                     À la racine des  fondamentalismes                            


                                 Docteur François-Marie Michaut




 Les humains persuadés de détenir la vérité absolue sur toute la réalité au moyen de leur adhésion inconditionnelle à une religion, à une culture personnelle ou à un système philosophique, font peur à ceux qui ne sont pas « des leurs ». La violence aveugle qu’ils portent potentiellement en eux, l’actualité quotidienne de tous les continents en témoigne dramatiquement.
La tentation est grande de stigmatiser tel ou tel groupe en lui collant une étiquette infamante comme intégriste ou daesh.
 Sous nos cieux, voir des jeunes gens, de toute origine et loin d’être tous idiots, se radicaliser, selon le parler journalistique, est inquiétant. Le système dit d’Éducation nationale n’a pas la capacité ni de contrer, ni même de diagnostiquer de tels glissements vers des extrèmismes. Il est illusoire de compter sur nos seuls enseignants pour éviter ces bombes à retardement.

Sommes-nous, pour autant placés, devant un fatalité implacable  de notre XXIème siècle qu’il ne nous reste plus qu’à subir en espérant ne pas faire partie un jour ou l’autre des victimes ? 
C’est le mécanisme même du fondamentalisme (peu importe sa nature) qu’il faut passer au scanner de notre réflexion. Des gens nous disent que la seule solution à toutes les difficultés que nous vivons - et elles sont légion sur la planète - a une origine unique. Le non respect des principes qui ont, selon eux, présidé aux origines de leur croyance, ou de leur foi. Vous savez comme ces vieux qui ne savent dire que de leur temps tout était tellement mieux. Comme dans un réseau ferroviaire, des aiguillages ont conduit à ce qui, le temps passant, se révèle comme des voies de garage.

Alors, il faut les prendre à leur propre piège intellectuel, ces tenants du salvateur retour à leur source à eux. Inspiration divine ou non, toutes les idéologies sont nées de cerveaux humains. Ce sont encore des cerveaux humains qui les ont mis en forme, puis transmis tout au long de l’histoire. Ce sont toujours des cerveaux humains qui en ont fait les interprétations, les adaptations, les utilisations à des univers culturels variés.

Nous avons la chance incroyable ( merci l’ingéniosité humaine sous toutes ses formes ) de pouvoir aller fouiller dans toutes les connaissances accumulées depuis nos origines sans bouger de notre fauteuil. Il est donc possible à tout esprit de remonter le fil d’une croyance ou d’une science. Comme dans ce réseau ferré évoqué plus haut, reprendre tous les aiguillages à l’envers pour retourner à la gare de départ. Chaque embranchement mérite une analyse sérieuse. Tout simplement parce que personne, aussi inspiré  puisse-t-il être par un principe supérieur, n’est à l’abri d’une erreur d’aiguillage.

Nous avons passé notre temps et notre énergie à tirer le plus possible de bénéfices de la masse de connaissances acquises par l’humanité. Cela nous a conduit où nous en sommes.
Pour en sortir, un devoir nouveau s’impose à chacun de nous. Il peut se formuler ainsi. L’obligation de remonter le plus loin possible dans le cheminement de l’esprit de toutes les générations qui ont été là avant nous. Sans minimiser leur apport indispensable, c’est bien plus qu’un travail d’historien, d’antropoloque, de sociologue ou d’archéologue. C’est l’effort de toute une vie respectueuse  tout simplement d’elle-même.




  
Os Court :

«     Si la société les maltraite, les jeunes sont une proie facile pour les fondamentalistes. » 


Francis Ford Coppola

    















lundi 23 mars 2015

Le rebond LEM n° 905

   
Lettre d'Expression médicale n°905
    23 mars 2015

              
 
                                                           

                     


                          Le rebond                              


                                 Jacques Grieu           



Il était une fois un pays fort gaulois,
Réputé pour ses arts, ses armes et ses lois.
Mais au fil des années sa superbe est tombée ;
Gloire et prospérité sont parties en fumée.
Depuis deux décennies ce pays de cocagne,
Sombre dans la déprime et des meilleurs s’éloigne.

C’est une république, et donc démocratique
Dont chaque citoyen par le vote s’explique.
Depuis plus de deux ans, son sort fut donc confié,
A un grand prometteur. Et certains s’y sont fiés.
Mais la situation, vite parut critique,
Et le peuple endura un repli dramatique.

Les sondages exprimant un manque de confiance,
Donnèrent au Président des records de défiance.
Alors que quinze pour cent du peuple y croit encore,
Un horrible attentat vînt renverser ce score.
Au lendemain du jour où l’on compta les morts,
La cote du grand chef, soudain prit son essor.

Instruit par ce miracle et cette remontée,
Grisé par ce rebond de popularité.
On décida alors dans les hautes instances,
De modifier la « com » et saisir cette chance :
Ne plus subir l’opprobre et la tête courber,
Agir sur l’opinion, le blason redorer.

La police en secret fut chargée chaque mois,
D’excellents attentats dans de très bons endroits,
Selon un grand programme établi par énarques,
Et où dame télé puisse montrer sa marque.
Les discours par avance on put les préparer,
Joliment ficelés, faits pour faire pleurer.

En avril, on verra s’écrouler à minuit,
Le Centre Pompidou à l’étage détruit.
Sans le moindre blessé ainsi qu’il est prévu,
On pourra programmer un discours fort ému.
Avec une tirade en défenseur des arts
A l’Ifop on est sûr d’avoir dix points d’écart.

En mai, à l’Élysée, une bombe en plein jour,
Pour Fête du Travail, explose dans la cour.
Alors, quel joli titre au J.T. de vingt heures,
Où le grand Président dira qu’il n’a pas peur !
A l’institut Harris, quinze points on attend,
Quand son profil altier brillera sur l’écran.

En juin, on a prévu une profanation
Des tombes des héros dormant au Panthéon.
Les bouses et le purin, les tags et les trognons,
Sont superbes prétextes à belle indignation.
Le grand respect des morts fait de hautes envolées,
Qui feront la Sofrès monter de vingt degrés.

Une kalachnikov dans une crèche à Lille,
Une prise d’otage au maquillage habile,
La statue de Le Pen plantée à Colombey,
L’Obélisque noircie de la base au sommet,
Le drapeau de Daesch flottant sur l’Opéra,
Feront du Président un champion BVA.

A toute la planète, il donne des leçons !
A la fin de l’année, avançant pions sur pions,
En vue des élections, en tête pointera :
Le pays, sous le charme, à nouveau l’aimera !
Il a su présenter d’un héros la carrure ;
Chacun s’extasiera sur sa noble stature…

                Jacques Grieu




  
Os Court :
«  C’est en essayant encore et encore que le singe apprend à bondir. » 

      Proverbe africain















lundi 16 mars 2015

Trio pour deux cocus LEM 904



    Lettre d'Expression médicale
   LEM 904    16 mars 2015

              
 
                         
                               

  Trio pour deux cocus                            

                         Docteur François-Marie Michaut


          Quel plaisir que d’entendre un trio musical quand la partition est excellente et l’interprétation artistique de grande qualité ! Le spectacle que donne en ce moment au public le monde dit - par pure facilité mentale et paresse sémantique - de la santé est fort troublant dans sa cacophonie.
Bien mixés par les médias, des forces s’affrontent, des points de vue s’opposent, des manipulations des esprits fleurissent de tous les côtés. Sur fond de loi Marisol Touraine et de grève des premiers intéressés, bien difficile de s’y retrouver. Un essai d’analyse systémique de ce qui se passe sous nos yeux est  à explorer par qui veut se forger sa propre opinion sans se prendre les pieds dans le tapis des positions partisanes et - dans le plus pur style de la «communication efficace » - des détails montés en épingle masquant l’ensemble de la situation.

    Qu’est-ce que c’est donc que ce trio ?  Dans les civilisations primitives, la fonction du médecin était indisociable de celle du chef, du juge et du prêtre. Saint-Louis encore, souverain de droit divin, rendait, disait-on aux enfants, la justice sous un chêne et touchait les écrouelles (1). Jusqu’au XVII ème siècle, les médecins, tous latinophones, Molière ne les a pas râtés, étaient considérés comme des clercs, et n’avaient donc pas le droit de se marier. Au fil du temps, la fonction médicale s’est laïcisée et est devenue de plus en plus technique et scientifique. Dans son sillage, bien d’autres professions, devenues indispensables aux malades, se sont développées.

    Il a fallu attendre la moitié du vingtième siècle, dans le bouillonnement intellectuel majeur de la psychanalyse, pour que la personne du patient soit reconnue comme aussi importante que celle du médecin (2). Les associations de malades, la naissance d’une presse populaire de vulgarisation médicale, puis les mouvements consuméristes, ont aussi porté le message que tout se joue, pour le pire comme pour le meilleur, pour la guerre comme pour la paix, dans la relation médecin-malade. 

Voici, en face à face, nos deux protagonistes principaux (le malade et le méecin pour simplifier) campés dans la scène de la réalité quotidienne de la rencontre médicale.

Relation humaine hautement personnalisée,et totalement disymétrique,  pour laquelle le respect absolu du silence du soignant sur ce qu’il a pu apprendre dans son travail constitue un absolu indispensable.
Il était alors envisageable que le fait d’améliorer les relations entre les malades (et leur famille) et les médecins était suffisant pour parvenir à des soins de meilleure qualité, non seulement humaine, mais aussi technique.


C’était sans compter sur Dame Politique et ses illusions idéologiques issues du partage du monde en deux blocs opposés dès la fin de la seconde guerre mondiale. La création de la Sécurité Sociale en 1946 en a été en France un des aspects les plus remarquables. Enfin, un système d’assurance collective pouvait mettre à l’abri de la ruine et de la misère les citoyens atteints de maladie ou ne pouvant plus travailler.
 Au fil des années, des Républiques et des gouvernements, un glissement s’est opéré. Dans l’incapacité de montrer leur pouvoir sur les évolutions de la société (dont l’implacable chomage depuis 1972), les pouvoirs politiques se sont emparés de la santé. Avec une subtile alliance avec l’assurance sociale unique obligatoire (3), les gouvernements, toutes tendances confondues, se sont de plus en plus comportés comme les seuls patrons du système de santé. Laisser croire aux gens peu informés que la sécurité sociale c’est l’État, que leur bourse est la même, est une tromperie grave.
Le tableau s’est encore compliqué par la place de plus en plus grande prise par les assurances complémentaires en cheville avec les financiers. Il est pour le moins troublant que nous soyons contraints de payer fort cher des assureurs pour combler les défaillances, orchestrées par les pouvoirs publics, des remboursements du régime général d’assurance maladie obligatoire qui pompe déjà un pourcentage considérable de nos revenus du travail.



   Voilà exactement où l’on en est en mars 2015. Une alliance entre la sécurité sociale, les assureurs-banquiers et l’État ( Sécassétat pour les intimes) a pris le pouvoir sur les deux autres partenaires indispensables que sont les patients et les médecins avec leurs alliés professionnels.

Notre trio est donc totalement dysfonctionnel, et son explosion est aussi inévitable que le fut celle de la médecine soviétique de lugubre mémoire.
Patients comme médecins ont été hypnotysés pendant des années par les beaux discours officiels, riches en promesses jamais tenues.
La vérité peut maintenant être dite tout haut, et comprise par de plus en plus de gens. Les deux cocus de notre histoire ne peuvent que parvenir à un alliance pour mettre à la porte de leur intimité naturelle, cette Sécassétat qui les a roulés dans la farine.
   

   Ainsi, copinages ou pas, «com» efficace ou non, va l’histoire naturelle des systèmes dysfonctionnels, qu’on se le dise dans tous les ports.




              
    Notes:
(1)Terme populaire désignant l'adénopathie cervicale tuberculeuse chronique`` (Méd. Biol. t. 2 1971). Pratique de guérisseur respectée par tous les rois de France jusqu’à Charles X.


(2) Travaux de Michaël Balint en Grande Bretagne avec des groupes de médecins généralistes londoniens.


(3) La création d’un impôt destiné à financer la sécurité sociale en dramatique déficit , dit contributions sociale généralisée (CSG) et remboursement de la dette sociale (RDS) a brouillé les cartes. La caisse de l’État (nos impôts) n’est pas du tout la caisse de la Sécurité Sociale (nos cotisations sociales sur notre salaire).  
       



                        

  
Os Court :

«  Il vaut mieux être cocu qu’aveugle. Au moins, on voit les confrères. » 

      Guillaume Apollinaire


  















dimanche 8 mars 2015

François XIII - LEM 903

    Lettre d'Expression médicale
LEM n° 903 http://www.exmed.org/archives15/circu903.html
     9 mars 2015

              
 
                                                           

                      François XIII                               


                                 Jacques Grieu



Il était une fois un pays fort gaulois,
Réputé pour ses arts, ses armes et ses lois.
Dans toutes les matières, en toutes circonstances,
Depuis deux millénaires, il incarnait la science.
Pays des Droits de l’Homme et de l’amour courtois,
C’était la référence et il montrait la voie.
Ses élites on savait qu’elles étaient les meilleures,
Que leur génie restait sans égal par ailleurs.
Que dans ce pays-là ingénieurs et savants,
Artistes et philosophes allaient toujours devant.
Que brandissant leur science ainsi qu’un étendard,
Ils éclairaient le monde, le guidant tel un phare.

Plusieurs guerres sévirent et on vit le déclin
Qui petit à petit aux progrès mit un frein.
Depuis quelques années ce pays de cocagne,
Sombre dans la déprime et des meilleurs s’éloigne.
Mais il est dirigé, et c’est le paradoxe,
Par un roi optimiste au moral en inox.
Plus les chiffres accablants plombent ses statistiques,
Plus son peuple est conscient d’un repli dramatique,
Plus la situation, à tous, semble critique,
Et plus ce grand monarque apparaît euphorique !
Ignorant les feux rouges et doutes ironiques,
Il regarde le ciel et rit des pronostics.

Le roi de ce pays croit en sa bonne étoile,
Que la chance gouverne et toujours se dévoile,
Que toute économie à des cycles est soumise,
Et qu’il suffit d’attendre et ramasser la mise.
Le langage des astres et la voix des planètes,
Dictent la politique et les bonnes recettes.
Les signes du zodiaque, il faudrait ausculter,
Qui serviraient de base à ce qu’on doit penser.
Les bons  événements, ils tomberont du ciel
Et qui ne devront rien à quelque logiciel.
Plutôt que de réformes et de l’austérité,
Il parle « alignement des astres à succès »

En effet il a vu l’effondrement des taux,
La baisse du pétrole et celle de l’euro.
Les miracles sont là que le roi prédisait !
(Sans bien savoir d’ailleurs lesquels arriveraient.)
Plus que jamais il tâte où lui dit l’horoscope,
Et attend, indécis, que le hasard le dope.



C’est dans l’astrologie qu’il voit les solutions,
Quand madame Soleil fait l’administration.
Le roi ne parle plus de dette ou déflation,
Mais de décan, Scorpion, Sagittaire ou bien Lion.
La boule de cristal et le marc de café,
Sont seuls indicateurs auxquels il faut se fier.

Au royaume de Chance on aime la police
Et c’est par Inter-bol qu’on y traque le vice.
Son école à succès, la renommée Chance-pot,
Forme les grands génies qui feront les impôts.
Aux dernières nouvelles en ce pays grandiose,
Des fâcheux disent que bientôt la dette explose.
Mais le roi satisfait montre un tel teint de rose.
Qu’il donne des leçons, se moquant des psychoses.
Il offre au monde entier un visage serein, 
Qu’aucune catastrophe à ce jour n’a atteint.
Ses lignes de la main, il montre fièrement,
Qui prouvent à l’évidence un avenir riant. 

A l’austère rigueur, il répond : « baraka »,
En de doctes discours dignes d’un bon pacha .
Ne croyez pourtant pas que ce grand souverain,
Ne prendrait de décrets que de perlimpinpin ;
Au drapeau national de son glorieux pays
Il veut faire ajouter des symboles hardis :
Le trèfle à quatre feuilles et de muguet le brin,
Un bon fer à cheval, la patte d’un lapin.
Alors, il suffira pour que tout s’améliore,
Que l’hymne national, lui aussi collabore :
 « Allons enfants de la pythie, le jour de veine
Est arrivé. Les hasards plaisants des aubaines …. »

               
                

  
Os Court :
«   La chance s’attrape par les cheveux, mais elle est chauve. » 

      Stendhal















lundi 2 mars 2015

Vive la médecine narrative LEM 902

    Lettre d'Expression médicale
LEM n° 902 http://www.exmed.org/archives15/circu902.html
       2 mars 2015

              
 
                                                           

                     Vive la médecine narrative                           

                                  Docteur François-Marie Michaut


      
L’image d’Épinal du médecin, formé par ses longues années d’études scientifiques à  devenir, pour pouvoir les soigner dans les règles de l’art, un observateur idéalement neutre et objectif de ses patients, a encore la vie dure.
Et pourtant, il y a longtemps déjà que les physiciens quantiques ont démontré que l’observation - donc la personne de l’observateur- influe sur le système observé. La physique quantique, au passage, n’est pas étrangère à la médecine de tous les jours. C’est grâce à elle que nous disposons, entre autres, du microscope électronique ou de l’IRM nucléaire en imagerie médicale.
 La neutralité supposée du médecin a été mise en pièces par de brillantes observations cliniques britanniques, au milieu du siècle dernier, par Michael Balint. Ce confrère anglais, d’origine hongroise, de son nom de naissance Mihàly Bergsmann, psychiatre et psychanalyste, était le fils d’un médecin généraliste de la communauté juive de Budapest. Son travail, qui a conduit à la remarquable création internationale des Groupes Balint, demeure, à ce jour, le seul éclairage profond sur l’importance considérable  dans tout exercice médical de la relation humaine entre le malade et son médecin. Cette mise en question de la personne même de chaque médecin a probablement été trop novatrice en son temps, donc trop dérangeante. La pensée de Balint est demeurée marginale dans la formation initiale comme dans le perfectionnement professionnel des praticiens en exercice. Avoir raison trop tôt, en médecine comme ailleurs, ne veut certainement pas dire qu’on a tort !
Sandrine Cabut, médecin dermatologue à Paris et journaliste reconnue, a publié, dans Le Monde du 18 février 2015, un article remarquable : « Plus d’écoute pour mieux soigner». http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/02/16/plus-d-ecoute-pour-mieux-soigner_4577628_1650684.html

Elle nous raconte comment le concept de médecine narrative, importé des États-Unis, fait l’objet d’une expérience de formation d’un nouveau type auprès de jeunes étudiants en médecine de Paris-Descartes. Citons les noms des courageux enseignants porteurs de cette innovation prometteuse . François Goupy, professeur de santé publique, inspiré par les travaux de Rita Charon, interniste de l’Université de Colombia (New-York), et Luce Condamine, pédiatre et chargée de travaux dirigés de médecine narrative.

La médecine narrative ( Narrative Based Medicine ou NBM) est exactement le contrepoids de la déjà célèbre en France BEM ou médecine fondée sur des preuves. Toute médecine, à quelque titre qu’on y soit impliqué, est bien entendu une réalité. Pour en prendre conscience chacun est conduit à en faire son propre récit. Celui-ci peut rester intérieur, avec tous les dégâts possibles de cette rencontre jamais neutre.
Ce récit subjectif peut aussi être donné à partager avec un ou des autres. C’est le principe des groupes Balint de médecins évoqués plus haut.
La subjectivité du soignant - tout comme celle du soigné- au lieu d’être considérée comme un obstacle à éliminer devient le ciment indispensable de toute rencontre thérapeutique. Elle mérite donc d’être considérée, dès le début de la formation médicale, avec le plus grand respect et la plus extrême attention. Elle doit être cultivée soigneusement par tous.
Comment ne pas approuver sans réserve cette innovation pédagogique quand on tente de faire vivre un espace virtuel portant le titre assez parallèle d’Expression médicale ? Car, c’est une initiation à leur propre expression médicale que vivent ainsi, et semble-t-il avec un franc succès, les étudiants de cette faculté parisienne.
   Le danger, à mes yeux, serait que cette médecine narrative demeure une expérience limitée à la période des premiers contacts avec des malades et des soignants. Une teinture initiale n’est pas suffisante. Elle n’est qu’un début. Ce que j’ai cru percevoir, d’abord dans mon ancienne pratique professionnelle multiforme, puis dans mes travaux pour ce site depuis 1997, c’est que toute médecine, de la naissance à la mort de chaque être, pour ne pas perdre toute humanité doit demeurer narrative. 

   À ce moment là, mais seulement à celui là, toutes les merveilles techniques et scientifiques, dont nous sommes justement si fiers, prennent tout leur sens. Car, dans cette optique, on ne perd jamais de vue qu’on est là, avant tout, pour prendre soin des autres. Pour les soigner avec toutes nos capacités, celles liées au langage, n’en déplaise aux cyniques de service, n’étant pas les plus négligeables.
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Note : Tous mes remerciements vont à la personne inconnue qui a repéré l’importance du sujet traité par l’article du Monde, et à celle qui m’a fait parvenir l’information en pensant qu’elle pouvait m’intéresser.   
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Os Court :
«En médecine, la mode change aussi souvent qu’en haute couture. Le médicament miracle d’aujourd’hui sera le poison mortel de demain.  » 

      Groucho Marx 
 
















Que dit la nation France ? (Exmed)

    Des gens plein les rues pour se faire entendre. Les motifs invoqués constituent un patch work sans autre lien commun que la mise en que...