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01 novembre 2020

Contagiosité du savoir
 (Exmed)

 Comme si la connaissance était une maladie, tellement contagieuse qu’elle peut se transmettre même si ses porteurs sont jugés rebutants. La plume de Jacques Grieu nous invite à une telle aventure, aux antipodes d’une pédogogie qui se voudrait séductrice pour tenter de faire jouer le seul ressort de l’imitation.

   Ce qui se passe dans un esprit, souvent dans le plus grand silence, est bien plus subtil. Partageons la lumineuse LEM 1195 : Semence. Un magnifique éloge des semeurs anonymes. Ceux qui mettent toute leur énergie à transmettre aux autres ce dont ils se trouvent être les dépositaires.



Pour les lecteurs attentifs : c’est le premier poème de Grieu publié sur Exmed dont le titre n’est pas écit en lettres majuscules.

François-Marie Michaut

Semence (LEM 1195)

                                                 
Pour les fêtes, à Noël, j’aime aller en Bretagne.
Malgré vents et crachins, ça vaut bien une Espagne.
Neurones  stimulés faisant tout revenir,
Respirer l’air breton m’est mine à souvenirs.
De plus en plus anciens quand je deviens plus vieux,
En vacances, ils m’assaillent, aussitôt clos mes yeux.

*****
Dans les rangs de l’école où régnait la terreur,
Officiait Cœur-de-pierre, un «distilleur» de peur.
Bien armé de sa règle, il châtiait les dormeurs,
Les cancres et les distraits, les rêveurs, les farceurs.
Son vrai nom, «Kerdampierre», en tous points de la classe,
Evoquait cent leçons qu’il fallait qu’on potasse.

Les baignoires fuyantes ou bien se remplissant,
Les trains qui se croisaient ou bien se dépassant,
Sous les caprices odieux de robinets vicieux,
Ou de vieux chefs de gare à l’esprit malicieux,
Nous causaient des soucis comme à Polytechnique,
Qui me firent haïr toute l’arithmétique.

L’histoire et la géo étaient ses grands dadas,
Dont les noms compliqués nous causaient cent tracas.
Quant aux départements ridiculement nombreux,
Dont il fallait savoir les plus petits chefs-lieux,
C’étaient ses favoris pour tirer nos oreilles,
Si Nantes était dans l’Oise, ou Var : chef-lieu-Marseille.

En Roumanie Sofia ? En Hongrie Bucarest ?
Ou n’est-ce pas l’inverse : et serait Budapest ?
 «Tokyo n’est pas en Chine, Oslo n’est pas suédois !
Pour vous en souvenir, le copierez  cent fois …»
Mes notes trop salées, mes zéros et mes pleurs,
Etaient pures brimades à me mettre en fureur.

Mais le moment terrible, était au tableau noir
Où planté sur l’estrade, on cherchait sans espoir,
Au fond de nos mémoires un rudiment basique,
Qui aurait dû surgir mais restait amnésique.
Alors on me vengeait en lui jetant des flèches,
Fabriquées en papier par mes copains de mèche.

Plumes sergent-majors, crispées sur nos cahiers,
On transpirait d’angoisse, appliqués et inquiets.
Pour nous, les hectolitres ou les mètres carrés,
Les hectares ou centiares, étaient des coups fourrés.
Des mots de tolérance, empathie, liberté,
Des inégalités, de la laïcité, on entendait parler jusqu’à satiété.

Quant aux rois, empereurs, aux dates de l’histoire,
Ce n’étaient que tortures et pièges vexatoires.
Les Troyens m’agaçaient ; et pourtant, j’aimais Sparte,
Je détestais Colbert, j’adorais Bonaparte.
J’abhorrais les anglais, j’aimais Duguay-Trouin,
Je haïssais Nelson ; pas les corsaires malouins !

Tels les Grecs, les Romains, les Huns, les Wisigoths
Ces peuples sanguinaires avaient tous leurs despotes.
Je rêvais de Jeanne d’Arc, et pleurais sur Saint Louis,
 Mais la série des Louis ne m’avait pas séduit …
 Il voulait que l’on soit «de bons républicains»
Des «Français accueillants, des Français citoyens».

Comment peut-on ainsi exercer sans remord,
Un métier qui consiste à faire subir cent morts
A de gentils enfants qui font tous leurs efforts,
Pour devenir toujours plus savants et plus forts ?
Il faut aimer punir, avoir un mauvais fond,
Détester les élèves, haïr tout ce qu’ils font !

Dans cette école infâme où l’enfant que je fus,
A appris ce qu’il sait sans l’avoir jamais su,
J’ai ri tout en pleurant et j’ai pleuré en riant,
En souhaitant l’enfer à son affreux tyran,
Malgré mes chers parents, insensibles à mes plaintes,
Complices sûrement de toutes ces contraintes.

*******
Bien des années plus tard, profitant de vacances,
Avec femme et enfants dans l’ouest de la France,
Je me suis souvenu du fâcheux Cœur-de-pierre
En passant (est-ce hasard ?) vers sa maison côtière.
Il bêchait son jardin quand il me vît venir ;
«Eh bien, tu as grandi !», me dit-il sans sourire.

« As-tu au moins choisi un métier qui te plaît ?
- Oh, oui : à dix huit ans, j’ai décidé d’un trait.
C’est une vocation qui soudain m’est venue,
Sans bien savoir pourquoi elle tombait des nues.
C’est vrai : ces efforts-là me sont un vrai bonheur ;
Et j’en jouis chaque jour : je suis … instituteur.»

                                              Jacques Grieu

 
Os court :

«  Les sciences peuvent seules enseigner la non-crédulité sans enseigner le scepticisme, ce suicide de la raison. »  

Paul Bert ( médecin, physiologiste de la plongée sous-marine, 1833-1866)
 



 Lettre d'Expression médicale
 
LEM n° 1195     2 novembre 2020

 
 

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