dimanche 21 juillet 2019

Ce qui tient avec (LEM 1129)


              Feuillets de Systémique Médicale (7 )


                                                                                                   
    Ce qui tient avec est exactement ce que veut dire le mot système hérité du grec ancien . Sun : avec et stein : tenir. Avoir le culot d’oser, sans aucun mandat ayant pignon sur rue, perturber la pensée médicale dominante en insistant avec obstination, suppose un postulat. Bien entendu totalement critiquable. Dans le domaine de la médecine, rien n’existe qui soit isolé de tout ce qui existe autour. Depuis toujours les médecins, seuls devant leurs malades, le ressentent avec une telle évidence qu’ils n’ont même pas le besoin d’en parler à qui que ce soit. L’éclatement des pratiques médicales depuis la seconde (1) guerre mondiale a fait surgir un nombre croissant de disciplines spécialisées limitant volontairement leur champ de compétence, donc de connaissance, à une seule partie du corps humain pathologique. L’attrait auprès des étudiants en formation, eux mêmes formés presqu’exclusivement par des spécialistes hospitaliers de renom académique a été considérable. En 2018, la France comptait 226 000 médecins actifs. Dont 102 000 généralistes pour 124 000 spécialistes (2). Est-ce bien le meilleur équilibre possible pour que les habitants reçoivent les meilleurs soins dont ils ont besoin ? Visiblement, la question fâche ceux qui devraient avoir une opinion sur cette étrange dichotomie. 

  Objectif depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale : améliorer la somme des connaissances de la médecine en fractionnant de plus en plus les disciplines partielles en constituant le corpus. Construire sa propre spécialité médicale a été un rêve pour nos prédécesseurs médecins en quête de gloire professionnelle. Ce fut le cas au siècle dernier, pour ne citer que quelques noms qui eurent leur heure, si brève, de célébrité, de Jean Bernard ( hématologie), Robert Debré (pédiatrie), Jean Hamburger (néphrologie), Jérôme Lejeune (génétique). Que leurs cendres, comme celles de tous ceux dont je n’ai pas parlé, me pardonnent, mais tous ont construit leur propre système aussi hermétiquement refermé sur lui-même qu’ils l’ont pu. Avant que de nouveaux talents conquérants ne s’imposent en divisant sans cesse leur champ de compétence et leur sphère d’influence, notamment médiatique. Bien garder en mémoire qu’une telle vision pyramidale de la médecine a profondément marqué des générations entières de médecins dans un univers statique.     Et, en toute lucidité, nous sommes encore fort loin d’avoir dépassé cette vision de la médecine.

    La façon dont nous pensons la médecine elle-même n’intéresse pas les foules. Les louanges aussi excessives des promesses que les critiques systématiques des dangers suffisent à alimenter les réactions du grand public. Quelques petits coups de publicité, un poil de propagande pour les bonnes causes et un bon souffle de mercantilisme y trouvent leur pâture. On pourrait penser que les études de médecine apportent aux carabins quelques lumières afin de se définir elle-mêmes avant de vouloir entrer dans les esprits. Et bien, rien de tel n’existe dans la tradition française. C’est à chaque médecin, tout au long de sa vie, d’inventer et de remettre sans cesse à jour sa propre vision de la médecine. Les querelles traditionnelles autour de l’homéopathie, de l’acupuncture ou des médecines venues d’ailleurs en sont l’écho finalement rassurant. La liberté de jugement n’est pas définitivement détruite par le carcan universitaire.

   Comment les choses se sont passées avant notre époque ? C’est l’histoire qu’il faut convoquer. Une histoire de la médecine qui ne fait l’objet d’aucun enseignement pour tous les étudiants. Terrain de jeux pour des retraités érudits en mal d’écriture savante, l’image n’est pas attractive. Nous savons que l’université, depuis ses origines chrétiennes médiévales (3) a limité son terrain à l’étude des livres anciens jugés les plus importants. En médecine, ce furent les écrits prêtés à Hippocrate et ceux du philosophe grec Aristote. La survenue du siècle dit des Lumières, celui de Diderot et des encyclopédistes, en sonna le trépas définitif.

   Pour tenter d’avoir une vision globale, «  généraliste », aussi complète que possible, tout en demeurant de lecture accessible, je n’ai trouvé sur ma route qu’un seul ouvrage. Il date de 1975. C’est «  Histoire de la médecine » de Charles Lichtenthael (4), éditions Fayard. Bien entendu, la médecine a évolué depuis et le lecteur a tout loisir de pratiquer une lecture critique, mais l’ensemble, car il y en a un, demeure pertinent. Des systèmes de penser la maladie, les malades et la façon de soigner se dégagent bien. Mais, il demeure impossible d’imaginer que quelque chose de commun en ressort. Des systèmes succédant à des systèmes, chacun éliminant ceux qui avaient cours auparavant ? Une vision linéaire d’un progrès de l’intelligence humaine en constante progression ? La prise de conscience très récente de ce que nous faisons subir depuis des siècles à notre planète mère nous empêche d’y croire.

  Alors, désolé, mais la question de l’existence d’un système des systèmes, d’un principe unificateur de toutes nos connaissances, demeure en suspens. Contre vents et marées de tous les scepticismes moqueurs (5),  la quête continue. Comme la vie de chaque chose.


Notes :
1) Pour l’auteur, non pessimiste déclaré, seconde dit bien : deuxième et dernière. Une deuxième chance peut être suivie d’une troisième, une seconde, non.

2) Les Échos, mai 2018. Au Royaume-Uni, en décembre 2016, on comptait 74 624 généralistes pour 61 137 spécialistes ( source www.profilmedecin.fr).

3) D’où son enseignement dans la seule langue latine jusqu’au temps de Molière.

4) Professeur de médecine à Lausanne et Hambourg, c’est le texte des 20 conférences de son enseignement.

5) Dont le dogme - car s’en est un  et de la plus belle eau - affiché haut et fort, est que la vérité n’existe pas.


   François-Marie Michaut


Os court ;

«   La langue est système commun à tous ; le discours est à la fois porteur d’un message et instrument d’action.» 

 Émile Benveniste ( linguiste,1902-1976)

Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1129
 22 juillet  2019
                        
                       
 
                            

Faire les poubelles du savoir (Exmed)

   Notre récente conscience écologique ne peut y voir qu’une bonne chose : une possibilité de recyclage. C’est ainsi que cherche à se présenter la LEM 1129 sous le titre énigmatique : Ce qui tient avec.
 À vous de découvrir, et si le coeur vous en dit, de faire passer directement à la... poubelle.

François-Marie Michaut
Exmed 22-23 juillet 2019

jeudi 18 juillet 2019

Ursula triplement armée (Exmed)

   Une patronne à la tête de la Commission européenne, nous ne l’avions jamais connu.

- Qu’elle soit parfaitement francophone depuis l’école primaire à Bruxelles est un atout culturel de toute première importance dans le concert mondial dominé par l’anglophonie des affaires.

- Qu’Ursula Von der Leyen ait été médecin avant de se consacrer à la politique, c’est également un ressort intellectuel sans précédent à ce niveau d’exercice d’un pouvoir s’étendant sur 28 pays de notre vieux continent.

        Que va-t-elle pouvoir faire de ses armes hors du commun, l’avenir, notre avenir, le dira.

 François-Marie Michaut 
Exmed 19-21 juillet 2019

mardi 16 juillet 2019

Éponges à catastrophes (Exmed)

   Merci à nos merveilleuses machines à nous connecter en direct sur ce est livré en pâture à notre terreur du vide existentiel et de l’ennui. Quand les nouvelles du quartier étaient diffusées par des langues bavardes, le temps de la digestion, de l’interprétation, de la distorsion, de l’échange, était respecté. Piégés par le direct, les émissions spéciales et les infatigables réseaux sociaux, il nous faut ingurgiter de force  heure par heure les choses les plus épouvantables. Notre humanité est réduite à être une éponge à catastrophes, et chacun de nous avec. Tous ceux qui y contribuent plaident leur bonne foi ou leur droit légitime à nous plonger dans ce bain d’horreur.

  Le seul problème est que nous n’avons pas encore trouvé comment presser ce genre d’éponge, et que c’est notre humeur qui en fait les frais.

   Glissement vers une sorte d’état dépressif collectif croissant, ne trouvez-vous pas ?

 François-Marie Michaut

Exmed 17-18 juillet 2019

dimanche 14 juillet 2019

LATINOPHOBIE (LEM 1128)

                  
                         
 
                             

« Haro sur le latin ! », proclament les modernes ;
« Cette langue est bien morte et pour vieilles badernes »
Si elle sert encore au baptême de plantes,
« Seulement à l’église elle reste courante ».
Et encore certains voudraient l’y supprimer,
Malgré le Vatican qui ne veut l’oublier.

Supprimer le latin est le nec plus ultra,
Le vrai sine qua non pour persona grata.
À ces vieilleries-là, mettons notre veto
Et rangeons-les très vite en un grand mémento.
C’est en totalité, vraiment in extenso,
Qu’il faudra tout exclure ; et pas grosso modo.

Pas besoin de passer par un referendum
Qu’il nous faudrait subir jusqu’à ad libitum :
Pedibus cum jambis  ou bien par omnibus,
Brisons le statu quo sans craindre les hiatus !
Alors, ipso facto, sans risquer de lapsus,
Tous ces latinophobes auront donné quitus

S’il nous faut endurer de tels ultimatum,
Nous n’en seront jamais les trop vils factotum :
Quels que soient nos métiers, curriculum vitae,
Contre le bas latin, pas de brutalité !
Faut-il, ex nihilo, inventer d’autres mots,
Au risque de créer d’absurdes quiproquo ?

Certains, nolens, volens, voudraient au muséum
Tout ce qui est latin,  coller dans un album.
Faut-il rebaptiser l’Amérique latine,
Et du Quartier Latin supprimer les racines ?
Alea jacta est ! chassons les latinos ?
Mais là, le vae victis, n’est pas le juste mot…
   


Jacques Grieu
 


Os court :

« Il faut d’abord bien savoir le latin. Ensuite, il faut l’oublier.»
 Montesquieu ( 1689-1755 )



LETTRE D'EXPRESSION MÉDICALE

LEM 1128

15 juillet 2O18

In latino veritas (Exmed)

  Quand on pense que ce fut longtemps la seule langue utilisée par la science, comme elle l’était par l’Église ! Le Diafoirus de Molière marqua son agonie chez nous, alors que la systématique botanique et zoologique maintenait son usage. Une langue morte est-elle un archaïsme à jeter à la poubelle ? Ou bien, demeure-t-elle, paradoxalement, une ressource importante pour aller fouiller le sens au delà des apparences et de l’utilitarisme immédiat ? Qu’en pense l’intelligence artificielle ?

Voici la LEM 1128 de Jacques Grieu : LATINOPHOBIE. À consommer sans aucune modération comme antidote au «globish» métastatique.



François-Marie Michaut
Exmed  15-16 juillet 2019

jeudi 11 juillet 2019

Voyage officinal (Exmed)

   
Étonnant voyage en arrière dans son arsenal thérapeutique pour un médecin qui a cessé d’exercer depuis des années.  Les rayons des pharmaciens exposent à la convoitise des clients force médicaments qui naguère nécessitaient une prescription médicale en bonne et due forme.
   L’assurance-maladie ne les remboursant plus, ils sont en vente libre. Leur  prix étant libres et les pharmaciens persuasifs vendeurs, le commerce de ces produits, tous plus prometteurs les uns que les autres, vantés dans des spots télévisés,  sont une excellente affaire pour toute la filière du médicament.

  
Pour les utilisateurs aussi ?
    Que c’est mal élevé que de poser de telles questions !


François-Marie Michaut

 12-14 juillet 2019

mardi 9 juillet 2019

Connaissez-vous cet outil ? (Exmed)

   
En butinant sur la Toile, je suis tombé sur un remède au royaume des fake news et aux autres manipulations numériques si polluantes sous le règne impérial des GAFA. Un site ouvert à tous, sans objectif de profit, cherchant à faire entendre, au niveau international, ce que les enseignants-chercheurs eux-mêmes, ont envie de faire savoir aux opinions publiques. Son nom : THE CONVERSATION .
   Parler ensemble, l’idée n’est pas aussi banale qu’elle en a l’air. L’adresse de sa version francophone : https://theconversation.com/fr .
Intéressant à connaître et méritant, à mon avis, ce papier en témoigne, de le faire connaître autour se soi.

François-Marie Michaut

10-11 juillet 2019

dimanche 7 juillet 2019

Petits gars, causez (LEM 1127)

     Une terrifiante comptabilité nous heurte de plein fouet. Celle des femmes qui périssent en France sous les coups de leur partenaire sexuel habituel,  actuel ou passé. Il est même question pour le gouvernement de lancer des «états généraux des violences faites aux femmes» ( source : France Info du 7 juillet 2O19).
 Serait-ce donc un sujet politique ? Quelques mesures réglementaires ou textes législatifs sévères seraient-ils en mesure d’empécher les meurtriers domestiques d’agir comme ils le font ? Des actions dites de prévention pourraient-elles empécher un seul de ces drames absolus pour des familles entières ? Il est, hélas, facile de ne pas y croire.

  L’émotion est grande. Elle est justifiée, même si elle pose la question du silence qui a régné de tout temps (1) sur cette réalité. Faisons l’effort d’essayer non pas de supprimer, cette émotion car, son nom le dit, elle est une force motrice, mais de tenter de réfléchir au lieu de nous précipiter sur les «mesures» immédiates. Ces hommes, que leurs voisins, leurs camarades de sport ou de travail décrivent souvent comme «sans histoire», comme des gens «normaux» peuvent-ils en arriver à ce paroxysme de fureur destructrice ?
Eux-mêmes ont été des enfants, ont vécu leur vie d’enfant heureuse, malheureuse ou terne. Ils ont fréquenté l’école, le contact avec les maîtres et surtout l’apprentissage sans amortisseur de la cour de récréation. Faites donc un tour vers la cour de l’école des petits proche de chez vous. Observez ce qui s’y passe. Dans un mélange de cris aigus, des mots fusent dans tous les sens. Souvent des insultes ouvertement homophobes, des vociférations à visée provocatrice. Voilà qui contraint les moins habiles à ce sport à utiliser la seule réponse qui leur reste : l’affrontement physique direct, la bousculade et les coups. Il n’échappe à personne que ce sont massivement les garçons qui agissent ainsi, les filles  à prudente distance se contentent de se servir de leur langue. Quant aux adultes responsables de cette petite société, ils semblent, de mon temps, plus occupés à parler interminablement entre eux, parfois le dos tourné aux enfants, qu’à observer leurs élèves interagir hors de la classe. Vision au trait forcé par l’observateur extérieur, j’en conviens.

 Il y a pourtant là des histoires personnelles qui se nouent pour une vie entière. La mode du moment est de parler de harcèlement, de mobbing (2). Comment ne voit-on pas cette déficience manifeste de capacité d’expression verbale chez les petits garçons ? Je ne sais pas quoi ni comment dire à l’autre en face : je frappe. L’autre en face sait dire des choses qui me font mal, faute de capacité de riposte avec des mots adaptés, il ne me reste que la violence physique. 
   Tout faire, partout où c’est possible, pour encourager les garçons à utiliser leur langue avec autant d’habileté que savent le faire les filles, ce serait impossible, impensable au XXIème siècle ? Bon sang, une des plus extraordinaires caractéristiques de l’espèce Homo Sapiens (3) est de disposer d’un cerveau doté de la parole. Être un «taiseux» n’est pas obligatoirement une qualité, être un «bavard» n’est finalement jamais un défaut. Tout cela semble si simple, si évident, qu’on se demande pourquoi règne encore dans toutes les institutions, et pas seulement l’armée ou les facultés, la loi du silence. Silence, on tue ? Bigre. 
 Qui peut se vanter de ne pas avoir un jour gardé le silence alors qu’il aurait dû parler ? Qui peut se vanter de ne pas avoir encouragé et aidé un autre être humain à s’exprimer avec... des mots, ses mots ?

                                François-Marie Michaut



Notes :
(1) Le «pater familias» romain avait le droit de vie et de mort sur son épouse, ses enfants et ses esclaves.


(2) Terme utilisé par les anglophones, mob, (péjoratif)  veut dire groupe de gens indiscipliné, pègre.


(3) Dominique Aubier « La face cachée du cerveau».



Os court :

«   L’important n’est pas de bien ou mal parler, mais de parler»

 Pierre Falardeau ( cinéaste et écrivain québécois 1946-2009 )



Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1127

 8 juillet  2019
                         
                        
 
                          

Favoriser la mise en mots (Exmed)

  
Pour que l’émotion des cas de «fémicidité conjugale» ne conduise pas de façon aveugle à des décisions pratiques pour faire plaisir aux bonnes âmes, quelques minutes de prise de distance ne sont pas contrindiquées.

Voici la LEM 1127 : Petits gars, causez .
Bonne lecture.

François-Marie Michaut 
Exmed 8-9 juillet 2019

vendredi 5 juillet 2019

La haine, le propre de l'homme ? (Exmed)

    Les médecins ont l’habitude de fourrer leur nez inquisiteur dans tous les aspects de notre vie. Et d’émettre des avis au nom de... la science. Qui nous font parfois bien rigoler quelques années après.


    Les pouvoirs s’inquiètent de l’ envahissement des réseaux sociaux sans frontière par des messages de haine. Punir la haine par la loi, est-ce la méthode pour l’éliminer des esprits qui la cultivent ?

   
Il serait temps d’entendre ce que les neurosciences ont à dire sur  ce sentiment humain ouvrant la voie à toutes les actions de prédation. Si les lunettes scientifiques peuvent nous en dire plus long et plus pertinent que ce qu’enseigne la tradition juive et chrétienne  de la création de l’univers !

François-Marie Michaut
Exmed 5-7 juillet 201

mardi 2 juillet 2019

Médecins, faut-il tout faire ? (Exmed)

  
Les échos, spectaculaires à souhait, des supposés progrès de la médecine, rendent iconoclaste qui ose se poser la moindre question sur leur promotion. Les technosciences augmentent sans cesse les modalités d’interventions sur le cours de nos maladies. Pas toutes, il faut bien le dire.


La médecine devenant une sorte d’usine à soigner ( cf la LEM  1125 : La machine à soigner, Jacques Grieu), les médecins en tant qu’êtres humains responsables de leurs actes y ont-ils encore leur raison d’être ? La révision des lois de bioéthique ( La Croix, 26 juin 2019) se révèle un chantier acrobatique aussi longtemps que la question du rôle de la médecine et des indispensables médecins n’a pas été mise sur le tapis du débat culturel. Civilationnel, plus exactement.

Ce n’est pas une question relevant des experts de la bioéthique, mais de chacun de nous.

François-Marie Michaut
3-4 juillet 2019 Exmed

dimanche 30 juin 2019

CANICULE (LEM 1126)


Les gens aiment se plaindre et souvent nous font suer :
Il est des masochistes aimant bien transpirer.
Il fait quarante à l’ombre et c’est la canicule ?
Pourquoi donc être à l’ombre ? Y être est ridicule !

Ceux qui ont les mains froides ont souvent le cœur chaud ;
Pourtant, ceux à cœur chaud n’ont pas froid dans le dos.
Même un peintre au sang chaud comme était Picasso,
Usait de couleurs froides et n’était pas moins beau.

Être « à chaux et à sable » est signe de santé,
Mais avec le sang chaud n’a pas de parenté.
Encor moins le sang-froid avec « chaud aux oreilles »   
Ou bien les « gorges chaudes » avec seins en… éveil.

La vengeance est un plat qui peut se manger… tiède
Mais à chaud ou à froid, elle est souvent bien laide.
On ne confondra pas sang froid et pisse-froid :
L’un maîtrise ses nerfs et l’autre est… rabat joie !

Savoir jeter un froid est donc parfois utile
Et par grosse chaleur est un luxe subtil.
Les récits antarctiques, aussi, sont bénéfiques :
Les vidéos d’icebergs font un bien magnifique.

S’il faut juger à froid, il faut agir à chaud,
Et canicule ou pas, je vous le dit bien haut :
Peu me chaut que ces vers puissent jeter un froid,
Car je ne suis pas chaud pour en changer les choix…

                        Jacques Grieu


Os court :

«  Pendant la canicule, nombre de gens s’écrient : «C’est effrayant, il y a 35° à l’ombre». Mais qui les oblige à rester à l’ombre ? »
 Pierre Dac



Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1126

 1er juillet  2019

Nom d'un chien, c'est chaud (*) (Exmed)

 Actualité brûlante ici. La LEM 1126 de Jacques Grieu CANICULE  sort du four. Sur sa suggestion, voici une bonne entrée pour nous mettre en bouche, signée Claude Hagège du Collège de France, linguiste de tout premier plan.

« Nous n’avons pas d’engins contre la canicule.
Mieux vaut, au lieu de geindre, en chœur s’y résigner.
Un jour, la terre en feu sera jaune pustule ;
Nous serons en son sein tous en train de griller.»


(*): Toute traduction littérale en anglais des mots chaud et chien serait une fausse piste alimentaire.

François-Marie Michaut 1-2 juillet 2019

jeudi 27 juin 2019

Harcèlement informationnel (Exmed))

   Les techniques de communication numérique ont explosé en quelques années. Notre quotidien est inondé d’un flux ininterrompu de messages d’une valeur allant de zéro à l’infini dirait un étudiant matheux. Bien difficile de faire un tri autre que celui de l’émotion.  Un clou en chasse un autre. Résultat ? Un sentiment ambiant de grande confusion et de désordre.  Qui cherche à tromper qui et pour quelle raison, le plus souvent liée au profit ?  Impossible de ne pas y songer.

   Gérer pour soi-même l’impact de ce déferlement constant de   messages - c’est la définition du harcèlement- est un vrai défi. Aucune machine, aucun expert ne peut le faire.
Le résultat est que notre cerveau est soumis à un bombardement certes de faible intensité mais sans fin.

   Culture de la peur sous toutes ses formes. Une vision  réductrice et déstructurante de la réalité  qui ne peut vivre que si nous y adhérons.


François-Marie Michaut
Exmed 28-30 juin 2019

mardi 25 juin 2019

Le mystère de l’oxygène
 (Exmed)

    Je ne le savais pas avant d’avoir lu le livre étonnant de Didier Van Cauwelaert (prix de la Vulgarisation scientifique) Les émotions cachées des plantes (Plon 2018). L’indispensable oxygène atmosphérique dont la seule source est la biosphère demeure depuis deux milliards d’années au taux fixe de 20,95%.

      Nous savons juste, tremblez braves gens soucieux de l’écologie, que si la barre des 25% était atteinte, tout brulerait sur la terre (page 22). Pas facile de penser que c’est un simple hasard. Quel système régit donc ce mécanisme dont dépend la vie de tant d’autres, dont la précieuse nôtre ?

François-Marie Michaut
EXMED 26-27 juin 2019

dimanche 23 juin 2019

La machine à soigner (LEM 1125)


                 Notice de présentation : 



  Après la fameuse machine à penser( LEM 1103 )  (dont la mise en service commence à porter ses fruits dans de nombreux pays), voici enfin la miraculeuse machine à soigner. (Toutes spécialités confondues). Malgré son coût élevé, c'est évidemment la solution idéale pour résoudre le déficit chronique de la SS. On en attend, par ailleurs, un bond en avant spectaculaire de l'espérance de vie dans nos pays développés.
   Si compétents que soient nos médecins, leur médecine reste humaine. Donc faillible. La nouvelle machine à soigner (photo jointe en exclusivité) ignore l'erreur. Entièrement automatique et connectée, elle ne peut donc se tromper, c'est mathématique : vous entrez les symptômes et, dans la minute, elle délivre le diagnostic . Finies, les évaluations hasardeuses, les conclusions approximatives. Vous vous allongez sur sa table et les soins les plus performants (assistés de scanners, IRM, radio, échographies dopplers, etc ) vont être couplés à des robots opérant automatiquement sans la moindre marge d'erreur à partir de données irréfutables.
   Malgré la complexité des multiples dispositifs, le simple appui sur le bouton traitement suffira à déclencher le processus analyse-soins qui se déroulera sans la moindre intervention humaine. Un haut parleur diffusera en boucle musique douce et extraits du serment d'Hippocrate. On pourra suivre sur des cadrans et écrans à cristaux liquides, les effets immédiats sur le patient. Soit, généralement, la guérison totale, soit (voir en partie inférieure) parfois une issue moins favorable. Dans cette dernière hypothèse, c'est que, par négligence,  vous auriez trop tardé à utiliser la machine. Et que votre cas était devenu irrémédiable.
Vive la machine à guérir et vive la nouvelle médecine ! A votre santé !

                        Jacques Grieu


P.S.   Sur demande, le caducée, en option seulement, peut être ajouté sur la façade (avec supplément).





Lettre d'Expression médicale


LEM n° 1125
 24 juin  2019

Médecine-fiction (Exmed)

   
Savoir pousser le bouchon dans le bon sens est une judicieuse méthode pour faire comprendre ce qui nous pend au nez si nous ne savons pas dire stop à des élucubrations dont le but, jamais avoué ouvertement, est de supprimer la faillibilité de l’être humain. Après la voiture sans chauffeur, la médecine sans médecin telle qu’est est vue par Jacques Grieu, lui-même ingénieur diplômé dans ses jeunes années. Voici la LEM 1125 : La machine à soigner. Tous droits réservés.


À noter que le professeur Jean-Paul Escande à qui a été emprunté l’Os Court final a été un des premiers soutiens du site Exmed. Lien LEM 181

François-Marie Michaut
24-25 juin 2019

jeudi 20 juin 2019

Crise de méfiance (Exmed)

   
La radio Europe 1 soulignait le 20 juin 2019 un étrange record mondial de la patrie de Pasteur.  Un Français sur trois ne croit pas les vaccins sûrs (ONG médicale britannique Welcome).

   
Surinformation finalement inquiétante, tellement elle se veut sensationnelle, des citoyens dont la culture médicale et plus largement scientifique est d’un niveau moyen très déficitaire ?   
    Climat général de méfiance vis à vis de tous les pouvoirs se déchirant joyeusement les uns les autres ?


François-Marie Michaut 
Exmed 21-23 juin 2019

mardi 18 juin 2019

Pauvre Popeye (Exmed)


   Notre marin légendaire aurait appris avec tristesse que son légendaire épinard source de force contenait du chlorpyrifos. Insecticide ayant remplacé le DDT trop polluant, il a été interdit en France en 2016, des études concordantes ayant démontré qu’il était doté de propriétés neurotoxiques et perturbatrices endocriniennes. Source : Le Monde du 17 juin 2019.À l’exception donc de la culture des épinards où il n’est pas remplaçable !

   Quand les messages dits de prévention conseillent à chacun de consommer 5 fruits et légumes par jour, chacun doit scruter les étiquettes commerciales.  Les produits frais importés d’Espagne ou du Maroc ne sont pas (encore) soumis à cette interdiction. Inutile de préciser aux médecins et soignants que le danger est d’autant plus sérieux que le système nerveux et le système endocrinien sont en cours de formation.


François-Marie Michaut 
Exmed 19-20 juin 2019

lundi 17 juin 2019

Redoutable arme anti harcèlement
 (Exmed)

    Ce site a été un des premiers à soulever la réalité jusqu’alors négligée du harcèlement moral, perfectionnement invisible de notre immémoriale violence. Depuis, l’opinion publique et la justice s’en sont emparés. Le système pour contraindre les travailleurs à donner le meilleur d’eux-mêmes à leur entreprise s’est perfectionné.
  Tel est le sujet de la LEM1124 : Le travail, c’est pas la santé. Avec un amical clin d’oeil à la mémoire joyeuse d’Henri Salvador!

François-Marie Michaut 17-18 juin 2019

dimanche 16 juin 2019

Le travail, c'est pas la santé (LEM 1124)

   Les journalistes ne révèlent pas leurs sources. Leur déontologie l’impose. Je ne suis pas  journaliste. C’est Christiane Kreitlow (1) qui a servi de déclencheur à cette LEM. À son avis de clinicienne, un livre, signalé par le quotidien Libération du 24 avril 2019 (2) mérite d’être connu des soignants qui peuvent être en contact avec toute pathologie psychique ou physique accompagnant une souffrance au travail. Il est signé (3) par Sylvaine Perragin, psychologue clinicienne, sous le titre « Le salaire de la peine».

Pour l’auteure, quelque chose de dramatique est en train de se mettre en place dans les esprits. Une véritable industrie se développe un peu partout dans le monde avec de discrètes officines. Tout faire pour que le bonheur au travail soit un objectif prioritaire des grandes sociétés. L’idée est facile à vendre, et se vend fort bien. Un collaborateur heureux au travail est celui qui  obtiendra les meilleures performances professionnelles possibles. Pour le plus grand bénéfice de son entreprise.
    On voit se profiler une nouvelle obligation professionnelle à atteindre par chacun : le bonheur au travail. Pas la non souffrance, pas le respect de chaque personne ou la reconnaisssance de la valeur individuelle, carrément le paradis au boulot. Veut-on nous faire prendre des vessies pour des lanternes ? Quand on les écoute, les mots disent exactement ce qu’ils disent. Le bonheur, c’est la bonne heure. Un temps bien limité, pas un état permanent comme nous l’aimerions tant. Heureux, bon sang, la petite aiguille de l’horloge ne nous lâche pas. Pour qui en douterait, son opposite, le malheur, n’est rien d’autre que la mauvaise heure qui nous tombe dessus.

  
Nous voici peu à peu endoctrinés par des armées de marchands de félicité sur ordonnance dans tous les domaines de notre existence. Marchands de bonheur se révélant, hélas pour nos rêves bien manipulés,  des marchands d’illusion. Peu importe sous quelle étiquette ils se rangent : coach, formateur, gourou, spécialiste, expert, leur objectif est identique. Nous vendre - le plus cher possible - ce qu’ils prétendent savoir faire mieux que nous. Forme contemporaine des bateleurs, camelots des foires et des villages, la recette est inusable tant notre capacité de crédulité demeure inépuisable au fil des siècles.

   Il faut aller au delà de ce qui se passe dans l’univers du travail. On nous promet le bonheur dans tous les compartiments de notre vie. Le rinçage à jet continu de nos neurones, si bien orchestré par nos médias qui en vivent, est une redoutable école à la soumission passive des esprits. Nous avions pourtant eu un tel plaisir dans nos tendres années à dire non ! (4). Hélas, nous avons perdu cette capacité d’opposition. La discipline scolaire y a peut-être contribué. Tant de gens n’imaginent même pas, sauf quand ils sont mus par la colère, que c’est une liberté humaine inaliénable.
   Le rouleau compresseur des GAFA  en train de lancer leur propre monnaie virtuelle (5), c’est à dire un cheval de Troie pour prendre le pouvoir sur notre argent à chacun, faut-il le laisser passivement dicter notre devenir ? Il n’existent que parce que nous les laissons  exister.

  Le temps des manipulateurs dominant la planète est advenu. Bien difficile de faire comme si nous n’avions rien vu venir ni rien compris à ce qui se passait. Oui, l’être humain est un bien curieux animal dont le cerveau est doté de la capacité exclusive de parler de ce qu’il a compris, ou cru comprendre. Pas question de laisser cette fonction s’atrophier faute d’usage.


                                               François-Marie Michaut


_____________________

Notes :

(1)Présentation


(2)Erwan Cario, L’obligation d’être heureux au travail lien 



(3) Le Seuil, éditeur. 192 p. 16 €


(4) Classiquement, pour les pédiatres entre 18 mois et 3 ans d’âge.



(5) Cryptomonnaies, le Libra de F.B. France info le 15 juin 2019
_______________________________



Os court :

« Pour trouver le bonheur, il faut risquer le malheur. Si vous voulez être heureux, il ne faut pas chercher à fuir le malheur à tout prix. Il faut plutôt chercher comment - et grâce à qui - l’on pourra le surmonter.»

 Boris Cyrulnik (psychiatre et écrivain)


Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1124
 17 juin  2019

vendredi 14 juin 2019

Mon corps m’appartient (Exmed)


     Des adolescents américains font publiquement la leçon à leurs parents. Ils refusent que leurs photos ou videos soient publiés sur les réseaux sociaux sans qu’ils aient donné leur accord. Jean-François Delfraissy, président du très officiel Comité consultatif national  d’éthique (CCNE) remet à l’heure nos pendules d’adultes ( le Monde du 4 juin 2019).  « Les usagers ont un droit sur leurs données de santé » dit-il. Le domaine de la santé utilisant de plus en plus de données numériques massives dans l’espoir - jusqu’à ce jour jamais clairement démontré - de nouvelles découvertes.
   Le droit de ne pas se faire ficher - comme celui de ne pas se faire photographier- mériterait un peu plus de publicité dans nos pays.


François-Marie Michaut  14-16 juin 2019
Exmed

mercredi 12 juin 2019

Faire attention à l’autre (Exmed)

  
Les porteurs de gilets jaunes, tout comme les laissés pour compte de nos périphéries urbaines, nous le répètent, et pas seulement par la parole. Le sentiment de compter pour rien dans une société est destructeur.
   Faire attention à l’autre, les soignants l’entendent comme en prendre soin. Et l’autre, c’est avant tout, une personne humaine à qui est reconnue d’être différente de soi-même. 


   Ecouter, regarder, parler, est-ce un objectif défendable pour et par les soignants en 2019 ?


François-Marie Michaut
12-13 juin 2019
CO d'Exmed

lundi 10 juin 2019

On a pas le temps ! (Exmed)

   Ritournelle inusable des gens pressés : j'ai pas le temps. Nuance de la réalité, ce temps, lui, finit bien avec son langage par trouver chacun de nous.
  Pour évoquer cette inévitable rencontre, voici un chirurgical ciseleur de mots. Lire la LEM 1023 de Jacques Grieu : VIEILLESSE
François-Marie Michaut
10-11 juin 2019 site Exmed

VIEILLESSE
 (LEM 1123)


L’âge est le grand sujet des âgés comme moi ;
On n’en parle fort peu ou alors entre soi.
Pourtant à chaque instant et depuis le réveil,
C’est tout qui nous redit qu’on a de la bouteille :
Dans les mille douleurs qui partout nous assiègent,
On a ses familières et d’autres qui nous piègent.

Et puis les insidieuses arrivant en douceur,
Ou bien les fulgurantes existant un quart d’heure.
On est courbaturé sans avoir fait d’effort ;
L’effort est un enfer pour la plupart des sports.
Les nuits n’assurent plus un calme à qui se fier.
Le mal vient en auto, la guérison à pied…

Ces maux de la vieillesse, on croit bien les connaître :
Pourtant, c’est chaque jour qu’on en voit apparaître…
A bientôt nonante ans de nouveaux se présentent,
Qui me tombent dessus comme une pluie grinçante.
Leur belle variété crée une boulimie
Qui permet d’éviter trop de monotonie…

Les douleurs ont des noms. Pour paraître moins dures ?
On a les névralgiques et aussi les brûlures,
Et puis les térébrantes ou bien les lancinantes.
On a les pulsatiles et celles bien cuisantes.
Arrêtons la chanson : elle a un goût de cendre
Que nos oreilles sourdes ont du mal à entendre…

Parmi tous ces ennuis, on a un si grand choix
Qu’on cumule souvent bien des maux à la fois :
C’est là qu’on voit parfois que par un autre mal,
On peut vaincre un premier qui paraissait « normal ».
Faut-il que ce second soit d’un cran supérieur ?
Une rage de dent passe le mal d’ailleurs…

L’âge qu’on dit « certain » est plein d’incertitudes,
C’est une vue d’esprit, une erreur d’habitude.
La jeunesse, dit-on, est une maladie :
La vieillesse est témoin qu’on en sort bien guéri !
Alors, pourquoi dit-on : il est mort de vieillesse
Quand jamais on ne dit : il est mort de jeunesse ?

La vieillesse est donc bien un simple préjugé :
« L’âge de ses artères » est pour les résignés.
Celui de nos neurones est bien plus important ;
Plus que de nos vieux os ou de nos pauvres dents.
Les rides de la peau ne rident pas l’esprit :
Les muscles du cerveau sont bien  moins décatis.

De mauvaise vieillesse on peut mourir très tôt ;
Retomber en enfance pour certains est leur lot.
Pleurer sur ses douleurs est pleurer sur son âge,
Le fait de bien vieillir est un apprentissage.
Se supporter soi-même est sage activité.
Car la sérénité n’est pas sénilité…

                    Jacques Grieu
         
           
Os court :

«   La vieillesse est comparable à l’ascension d’une montagne. Plus vous montez, plus vous êtes fatigué et hors d’haleine, mais combien votre vision s’est élargie. »

Igmar Bergman (1918-2007, cinéaste)



Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1123

 10 juin  2019
https://www.exmed.org/archives19/circu1123.html


                                 
                          
                                                            
                                   

jeudi 6 juin 2019

Condamnés au bannissement (Exmed)

  La France se bat, sans succès, avec la désertification médicale de ses territoires jugés les moins attractifs par les jeunes médecins. Les parlementaires du Sénat proposent de transformer la dernière année de spécialisation en médecine générale en une obligation légale d’exercer individuellement dans un cabinet de zone «désertifiée».
  - De quelle faute faut-il donc punir les jeunes généralistes pour amputer leur formation ( déjà bien incomplète) d’un an ?
  -  Est-ce les respecter que leur imposer un  travail obligatoire auquel, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ils ne veulent pas consacrer leur vie professionnelle ?
   - Faut-il continuer de faire comme si tous les médecins de France, et pas uniquement les praticiens de la Fonction publique hospitalière, étaient des fonctionnaires aux ordres de l’État ou de son pseudopode la Sécurité Sociale ?


François-Marie Michaut
Exmed 7-9 juin 2019

mardi 4 juin 2019

Pavé infernal (Exmed)

 L’enfer est pavé de bonnes intentions. Mettre partout sur le territoire des services hospitaliers accessibles à tous nuit et jour a été, dans les années 1970 une idée généreuse. Une «urgence» en libre-service, sans avoir à sortir un euro de sa poche, le succès  a été foudroyant.  Résultat : les médecins privés sont peu à peu marginalisés de la pratique courante, et en ont même perdu le savoir faire.

  Le système s’est emballé, les hospitaliers exténués physiquement et moralement se mettent en grève. Le paradis promis par les promoteurs est devenu un enfer pour les utilisateurs. Il avait simplement été mal pensé et personne n’a eu le courage de dire la vérité.

     La stupidité inévitable des machines à soigner, aussi rutilantes et séduisantes soient-elles pour les hommes politiques en mal d’idées généreuses, nous revient toujours dans la figure.

François-Marie Michaut
CO Exmed 5-6 juin 2019

lundi 3 juin 2019

Médecine, éthique ou toc ? (LEM 1122)



    La rédaction de cette lettre fait suite à une série d’échanges avec la journaliste de la presse quotidienne Florence Chédotal. Voici une partie de son message du 24 mai 2019 : « Il y a sûrement là un sujet intéressant à creuser sur les progrès de la médecine qui nous laissent désarmés face à l'éthique. Quand l'idéologie s'en mêle, place aux dérives ! Et cet homme, quel effroi que son destin, au milieu de tout ce brouhaha.
En tant que médecin, j'imagine que vous avez brassé ces questions
». Fin de citation.

   Vous avez bien vu que le détonateur humain est la si mal nommée  (1)«affaire»  Vincent Lambert, le traumatisé cranien dans un lit hospitalier depuis dix ans en état végétatif. Brutalité d’un accident de moto. Violence inépuisable des intéractions familiales. Gourmandise voyeuriste d’une opinion publique devant une situation créée de toute pièce par la médecine. Sans les soins infirmiers constants d’une équipe soignante très qualifiée les organes vitaux encore en fonction de Vincent Lambert se seraient arrêtés depuis longtemps.
 Le recours au droit a conduit à une situation étrange. Celui d’attribuer à la Justice d’imposer aux médecins la suspension, ou la poursuite, de leur travail de soin. On n’est plus dans la notion d’une obligation légale pour les médecins d’apporter leurs connaissances pour aider les juges dans leur travail. Les blouses blanches ne sont plus alors que des exécutants des décisions de justice.

   Les médecins, progrès fulgurants de la technologie aidant, du moins dans les pays riches, peuvent faire de plus en plus de choses. Doivent-ils, pour autant, avoir pour seul objectif de réaliser tout ce qui est faisable simplement par ce que... c’est faisable ?
   C’est ce qu’interroge la notion d’éthique. Pour le dictionnaire Larousse, c’est l’ ensemble des principes moraux qui sont à la base de la conduite de quelqu’un. La science n’a rien à dire sur la réalité de ces principes (1) et le droit n’a pas pour mission d’en juger la valeur. Un plongeon intellectuel, dont beaucoup ont peur, est indispensable. Il est de nature immatérielle, certains le nomment philosophique, d’autres religieux et quelques uns spirituel. Et là, notre interlocutrice voit clair : «l’idéologie s’en mêle, place aux dérives».Comment ne pas convoquer au banc des mis en cause les propagateurs de l’idéologie New Age ambiante, les radicaliseurs des divers intégrismes, les chantres des mirages post humanistes et adorateurs du cheval de Troie de l’intelligence artificielle ?

   Il est possible que, peu portés par un courant de pensée largement dominant, les humains médecins confrontés à de terribles réalités aient de plus en plus besoin de faire fonctionner sans peur leur esprit personnel au lieu de se comporter comme des serviteurs zélés de tout pouvoir quel qu’il soit.

Note :
(1) Le mot principe, comme son adjectif principal, dit ce qui vient en tête.

       

                             François-Marie Michaut
     

Os court :

«  Dans la mesure où l’éthique nait du désir de dire quelque chose de la signification ultime de la vie, du bien absolu, de ce qui a une valeur absolue, l’éthique ne peut pas être une science. » 

Ludwig Wittgenstein ( philosophe, mathématicien autrichien 1889-1951)



Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1122
 3 juin  2019
sur Expression Médicale :https:www.exmed.org/archives19/circu1122.html
                                 
                          
                                                         
                             

dimanche 2 juin 2019

Médecin ou agent d'exécution (Exmed)

   Lente dérive dont la victime est toujours la personne qui connait dans sa vie des problèmes de santé. La LEM 1122 Médecine, éthique ou toc ? vous propose de ne pas passer à côté de cette réalité aussi peu réjouissante soit-elle.

François-Marie Michaut 3-4 juin 2019

jeudi 30 mai 2019

Pourquoi n'avons-nous rien dit ? (Exmed)

   
Se nourrir correctement est un impératif pour espérer avoir le moins possible d’ennuis de santé. Aucun médecin, aucun soignant, ne peut être en désaccord avec une telle lapalissade.


   Après un interminable sommeil, la presse se fait depuis peu le relais d’informations mettant gravement en cause les transformations industrielles, dites ultra, des denrées alimentaires.
   

    Pourquoi n’avons-nous pas, nous les témoins immédiats des états pathologiques, soulevé publiquement la question ?
    Pourquoi avons-nous été obligés de garder le silence sur des faits que nous avions mieux que d’autres les moyens scientifiques de connaitre, ou même de suspecter ? 
        Le pouvoir énorme des multinationales de la chimie  sur les expressions médicales est-il à mettre en cause ?

François-Marie Michaut
31 mai- 2 juin 2019 Site Exmed

mardi 28 mai 2019

Attention, écran de fumée (Exmed)

    Cocorico. Le Figaro du 28 mai 2019 affiche un percutant « Recul historique du tabagisme depuis deux ans en France». Aucun médecin ne peut y être insensible. A l’examen des seuls chiffres statistiques, les lobbies de la prévention célèbrent le succès de leurs actions, surtout de l’augmentation du prix des cigarettes.

   Et s’il s’agissait simplement d’un effet de mode en voie de disparition dans la population, amorcé depuis des dizaines d’années dans les pays riches ? Les addictions savent fort bien s’adapter aux nouveaux environnements culturels. Il serait instructif, si c’était possible, de faire le point de ce qui en est de toutes les addictions, avec ou sans produits dans un pays. Un glissement de l’une à l’autre n’est qu’une illusion.

  La question essentielle, jamais posée ouvertement, demeure sans réponse. Pourquoi avons-nous tellement besoin de ce genre d’amortisseur de la dureté de notre humanité pour ne pas nous effondrer de désespoir ? L’orgueilleuse « santé publique» ne dit rien.


François-Marie Michaut 29-30 mai 2019

dimanche 26 mai 2019

Pas si vain que ça
 (Exmed)

      Hubris (*), un cousin plus agressif de la vanité, le curseur exmédien fait une pause sur cette notion oubliée de la modernité. Pour les antiques hellènes, la faute la plus grave qui puisse exister pour un humain : celui de se prendre pour un dieu. Agir comme si on était doté du pouvoir divin absolu d’un membre du panthéon de déterminer le futur.  
S’affranchir du destin fixé par les dieux, chrétiennement dit : à la providence.

  Effet clinique redoutable de l’oubli contemporain de la notion de sacré. À passer au scanner de la LEM 1121 : HUBRIS, HUBRIS ! de Jacques Grieu, et...  regarder autour de soi avec un oeil neuf.
 _____________________
(*) Orthographe choisie ici plutôt qu’hybris., Le son prononcé  en grec nous égare. Le y ( notre i grec) n’est pas un i (iota) mais bien un u (upsilon) qui se dit...  i !
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François-Marie Michaut 27-28 mai 2019

HUBRIS, HUBRIS ! (LEM 1121)

                           
                          
                                                                             

L’hubris est démesure, orgueil et même excès ;
Les grecs nous l’avaient dit, on l’avait délaissé…
Serait-ce notre époque où sévit la violence,
Qui le met à la mode en rompant ce silence ?

Modestie est parfois forme d’hypocrisie
Qui cache très souvent un orgueil accompli.
Si trop d’humilité est orgueil à moitié,
Se mépriser soi-même en serait-il l’entier ?

De leurs vices ou défauts, certains en ont l’orgueil
Car ils sont si flatteurs qu’ils sont en trompe-l’œil.
L’artiste sans talent est le plus vaniteux
Comme l’esprit obtus est le plus prétentieux.

Quand on cite quelqu’un, là n’est pas vanité
On pourrait même y voir comme une humilité.
Ceux qui ont réussi et qui se croient les rois,
À cette vanité, alors, ils n’ont plus droit.

Si vanité des autres est si insupportable,
C’est qu’auprès de la nôtre elle est plus « admirable ».
Sottise et vanité sont deux inséparables :
Leur meilleur antidote est un rire intraitable.

Vanitas, vanitas, omnia vanitas…
Toujours cette passion quoi qu’on dise ou qu’on fasse.
De toute tragédie, elle est bien le ressort
Et l’homme en est l’esclave à la vie à la mort…

          Jacques Grieu
     

  
       
           
Os court :
«  Les vieillards sont toujours assez jeunes pour s’instruire. » 

Eschyle ( 525-456 Av J.C)



Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1121

Sur le site Expression Médicale
27 mai  2019   
   

jeudi 23 mai 2019

L'Europe, un chantier (Exmed)

     
Les élections des députés européens auront lieu dimanche en France. Sans enthousiasme du public prédisent les lecteurs dans le marc de café. Les points de repère traditionnels sont brouillés dans les esprits. Trop d’informations de qualité trop souvent médiocre, et à finalité destructrice de l’existant, envahissent nos écrans du matin au soir. Faire un tri efficace et pertinent est loin d’être accessible à tous. « Maladie de la valeur» diagnostique Max Dorra, dont l’immense danger est l’ignorance de ceux qui sont contaminés. L’Europe n’est qu’un chantier qui est encore en recherche de son bureau d’architectes. Cela mérite-t-il d’aller déposer un bulletin de vote ou faut-il aller faire une partie de pétanque ?


François-Marie Michaut
Exmed 24-26 mai 2019

mardi 21 mai 2019

Démultiplication démographique en vue ? (Exmed)

   Nous savons que les populations animales ne trouvant plus assez de nourriture présentent automatiquement une baisse de leur fécondité. Le National Health Service britannique (JIM du 15 mai 2019) s’inquiète de constater, comme dans tous les pays riches, une baisse sensible de l’activité sexuelle.

De quel type de «nourriture» - non matérielle ?-  serions-nous de plus en plus en manque ? Les études scientifiques n’ont pas de réponse.

  La formidable expansion démographique de l’humanité, surtout dues aux contrées les plus démunies, serait-elle sous nos yeux en début d’extinction ?

François-Marie Michaut
Exmed 22-24 mai 2019

dimanche 19 mai 2019

Hominisation en question (LEM 1120)

                                   
                            
      La notion d’évolution des espèces  est largement admise depuis George Darwin (1). Le vivant est compris comme étant en constante évolution grâce à sa nécessité d’adaptation aux conditions de l’environnement. il en résulte une sélection se poursuivant au fil du temps. On sait que des espèces devenues incapables de s’adapter à leur biotope ont disparu. D’autres, comme la nôtre, sont en grave danger si nous continuons à vivre comme nous le faisons. La conscience de notre fragilité devant les atteintes que notre espèce porte à la planète elle-même, à sa dimension écologique si l’on veut, se développe de façon spectaculaire (2).

    L’évolution darwinienne, sans cesse perfectionnée, laisse pourtant une interrogation troublante. Comment une lignée de grands primates, sans disparaitre elle-même par inadaptation au milieu de vie (3), a pu donner le jour aux humains ? Les explications classiques, on s’en souvient, ont fait intervenir la bipédie, l’usage des outils ou du feu.
 Ce n’est pas faux. D’autres ont mis en avant la taille du cerveau. Pour fixer les idées, entre Toumaï ( homo tchadensis) vieux de 7 millions d’années et homosapiens actuel, le volume de la boite cranienne est passé de 350 centimètres cubes à 1300 cc (4). Qu’est ce qui différencie à l’observation directe, sans discussion possible, les hommes des animaux ? Le fait que leur cerveau, on y revient, dispose d’une capacité unique : un langage articulé. Les anatomistes ont bien repéré nos aires du langage verbal, dites de Wernicke et de Broca. Comment, comme au cinéma d’antan, a bien pu se faire le passage du verbalement «muet» simiesque, et plus largement animal, au «parlant» humain ?
Les découvertes des scientifiques accumulant les observations des traces du passé n’y changent rien. Nous ne savons pas penser le franchissement de cette étrange marche ontologique du langage non verbal au verbal, en rupture avec ce que nous savons de l’éthologie de nos cousins. Surgissement brutal d’une fonction cérébrale totalement nouvelle dans une lignée zoologique solidement adaptée à son environnement. Quelle surprise cette «hominisation» !
   Dans les années 1970, l’écrivain René Girard, revisitant les auteurs du 19ème siècle, a proposé ce qu’il a nommé une « anthropologie fondamentale » (5). Pour lui, la force motrice de ce phénomène est liée au comportement d’imitation entrainant une rivalité mimétique dont le seul remède a été la contruction du sacré. Théorie unitaire séduisante par sa simplicité, mais demeurant muette sur un point fondamental. Pourquoi des préhumains si bien dotés de capacités d’imitation auraient-ils dû sortir de leur organisation groupale si efficace de dominants/dominés ?

  Cela peut agacer les amoureux de certitudes de toujours parler de questions, mais impossible de faire autrement ici, tant le flou règne. Notre tradition sur notre origine, transmise de sa source écrite hébraïque par le christianisme (6), n’est pas à négliger. Une intrusion dans l’avant «Big Bang» que nous interdit la pensée scientifique. Il y a bien un mystère de notre tête parlante, incompréhensible résultat selon le dogme de l’évolution des espèces. Pourtant, des siècles aparavant, Don Quichotte, le héros de Cervantès (7), avec son épisode de la tête parlante cherche à nous souffler quelque chose.

 Comment ne pas évoquer le mouvement actuel dit «des gilets jaunes» dont les images numériques  polymorphes ne sont pas sans ressembler à une crise sacrificielle girardienne ? Sauf que de ce brassage, se voulant sans chef, du chacun pour chacun ( « on ne lâche rien »), la «crise sacrificielle»  ne nait aucune unanimité aboutissant, après une bagarre générale,  à un tous contre un ( le président Macron). Son élimination comme un bouc émissaire dont le sacrifice (8) serait la pierre fondatrice d’une nouvelle société meilleure et moins injuste. Ça ne fonctionne donc pas ou plus ainsi, la dimension sacrée ne se fabrique pas toute seule de nos jours. Au grand dam des manipulateurs des foules.

 Impossible de suspendre ces quelques lignes sans évoquer la question de l’évolutivité du processus d’hominisation. Est-il ( encore bien mal) achevé ? Est-il sous la dépendance de facteurs biologiques sur lesquels nous ne pouvons rien ? Avons-nous - avec les ressources de notre cerveau - un pouvoir, ou même un devoir sous peine de disparition rapide, de tenter d’y apporter notre contribution personnelle ? Ceci n‘est pas de la philosophie, mais bien du sauve-qui-peut on ne peut plus terre à terre.

    François-Marie Michaut
 , 20 mai 2019

_______________________________________



Notes:

(1)Philippe Testard-Vaillant, Charles Darwin : de l’origine d’une théorie ( CNRS le journal ) https://lejournal.cnrs.fr/articles/charles-darwin-de-lorigine-dune-theorie


(2) Les manifestations sans frontières des adolescents défilant dans les rues en sont un marqueur.


(3) Les chimpanzés, bonobos, orang-outans et gorilles,  pas encore disparus de la Terre. 

 

(4) Troublante constatation, notre cousin Néanderthal (300 000 ans d’âge) aurait eu un volume cranien record de 1800 cc.


(5) René Girard : Des choses cachées depuis le fondation du monde, Grasset 1978.

(6) Genèse commence ainsi : « Au début était le Verbe, le verbe était auprès de Dieu, le Verbe était Dieu» selon la traduction française actuelle. Le verbe, c’est la parole, le langage articulé.

(7) Pour ceux qui veulent aller au delà de la lecture au premier degré de Cervantés,  Dominique Aubier, « Don Quichotte, prophète d’Israël»

(8) Sacrifier signifie, Girard le souligne : rendre sacré.

       
           
Os court :
«  La violence commence où la parole s’arrête. » 
 Marek Halter
  


Lettre d'Expression médicale 1120

Sur Expression Médicale LEM n° 1120


20 mai  2019  

Le propre de l'homme (Exmed)

   N’en déplaise à notre estimable et vénéré confrère François Rabelais, ce n’est pas le rire. C’est la capacité de parler grâce à son système phonatoire.

   Loin d’être un simple « détail » de l’évolution des espèces vivantes pour qui veut bien se donner la peine de lire la LEM 1120 : Hominisation en question.

François-Marie Michaut
20-21 mai 2019

jeudi 16 mai 2019

Hypodiagnostic vraisemblable (Exmed)

     Le médecin est la seule personne habilitée par la loi à déclarer auprès des autorités qu’un être humain est décédé. Et pour quelle(s) raisons(s).
   Il a donc en main, depuis ses études, toutes les connaissances pour modifier la cause officielle de son trépas quand il a décidé de mettre fin à ses jours.

  Impensable qu’il n’en use pas quand il tient, pour des raisons qui lui appartiennent, à échapper au diagnostic infamant pour la tradition chrétienne de suicidé.
    Se tuer au travail n’est pas toujours une figure de style. Un auto-burn-out si l’on veut.

François-Marie Michaut
CO d'Exmed 17 -19 mai 2019

mardi 14 mai 2019

Suicides chez les médecins (Exmed)

On en parle moins en France que dans la gendarmerie ou la police. Des Canadiens ( Joy Albuquerque et Sarah Tulk dans « Canadian Medical Association Journal» cité par Irène Drogou JIM du 9 mai 2019) rompent le silence. Une vulnérabilité particulière, nous sommes la profession où l’on se suicide le plus et plus encore les femmes que les hommes. Le moyen le plus utilisé, comme les non-médecins, est l’arme à feu. Les idées de suicide, dès le début des études de médecine, toucheraient aux USA 11% des carabins. Les médecins se soignent peu, craignant que la divulgation de leurs troubles psychiatriques ne détruisent leur réputation. Enfin, sans surprise, les conflits professionnels, selon les britanniques, tripleraient les idées suicidaires.

  Cette description clinique a le mérite d’exister. Elle invite à aller chercher beaucoup plus loin. Pour quelles raisons ( bonnes ou mauvaises) des êtres humains font le choix de consacrer leur vie à tenter de soigner les êtres humains qui ne vont pas bien ?

      Mais, on n’aime pas les questions en France : circulez, y a rien à voir !

François-Marie Michaut
Exmed, 15-16 mai 2019

dimanche 12 mai 2019

C'EST SELON ? EXTINCTION (LEM 1119)

                               
                          
                                                          
Pourquoi n’entend-on plus le chant de l’alouette,
Ou celui du coucou à la diction parfaite ?
Ni celui des grenouilles qui se content fleurette,
Ou ceux des martinets ou ceux de la fauvette ?

L’ours blanc disparaît et les grands singes aussi.
Baleines bleues, pandas, albatros ou souris,
L’éléphant ou le lion, le rhino, la perdrix ;
Pas d’espèces qui soient sûrement à l’abri.

Où sont nos scarabées, où sont nos hannetons ?
Et nos bonnes abeilles et les beaux papillons ?
Plus d’un tiers des espèces est en grave danger,
Et la végétation n’est pas plus protégée…

Même depuis l’espace, on voit tous les ravages
Que subit la planète et qui est un saccage.
Les forêts diminuent, les océans grossissent,
Les cyclones augmentent, les glaces rapetissent.

La nature, pourtant, ne fait pas de déchets.
Elle recycle tout et sait tout employer.
Mais elle prend son temps, complice du hasard
Puisant son énergie au soleil superstar.

Habitats dégradés et surexploitation
Chimie envahissante et partout : pollution.
Le désastre, c’est l’homme. Et lui ne « s’éteint » pas.
Et même il prolifère en aggravant son cas.

Pourtant, il fait bien peu pour arrêter le mal :
L’homme va disparaître.  Et ce sera normal.
Il est bien averti, il sait lire les signes.
Biodiversité ? Nous n’en sommes pas dignes !

La Fontaine et Buffon et Darwin et Cuvier
Dans leurs tombes en pleurant ne peuvent nous sauver.
Mais plantes et animaux, pour ceux qui survivront,
Diront « bon débarras, parti, le trublion !»

Certains auraient tendance, invoquant le « destin »
A dire « c’est écrit » et on n’y pouvait rien !
Voilà qui est aisé pour mieux se disculper !
Le sort entre nos mains, il nous faut l’assumer…

Celle des dinosaures  est  avertissement :
La dernière extinction, on le sait maintenant,
Etait une cinquième. On court vers la sixième !
Chaque jour nous apprend que ce risque est extrême…

Après notre extinction revient l’évolution
Qui reprendra son cours vers d’autres horizons.
Le soleil lui promet des années par millions ;
De quoi en rétablir, de belles inventions !

On aime bien se dire en toute modestie
Que l’homme est le chef d’œuvre au sommet de la vie.
Et si nous n’étions rien qu’un incident technique,
Infime quantité du grand hasard cosmique ?

A force de hasards et grandes explosions
Qui font que l’univers est en transformation,
La matière en son sein, comme Reeves le dit,
Paraît bien condamnée à produire la vie…

La Terre en a vu d’autre et tournera encore,
Et vite recréera un monde qu’on ignore ;
Des espèces naîtront qui nous remplaceront…
Plus sages que les hommes ? Ou pires ? C’est selon !

    Jacques Grieu
 

       
           
Os court :
«    Mieux vaut avoir une extinction de voix qu’être en voie d’extinction.» 

Alain Guéguen
     


    Lettre d'Expression Médicale n° 1119 du 13 mai 2019 
Site d'origine :   Exmed                

Illusoire immobilité (Exmed)

   Que nous avons du mal à ne pas nous considérer nous-mêmes comme immobiles et bien ancrés au centre de l’univers ! Et pourtant, pour qui veut bien ouvrir son esprit au delà de son nombril, le mouvement de toute chose s’impose comme une évidence.
   Jacques Grieu nous entraine, sans dramatiser, avec la LEM 1119 : C’EST SELON ? EXTINCTION.


François-Marie Michaut
13-14 mai  2019

vendredi 10 mai 2019

Plus jamais de guerre ? (Exmed)

   C’était le 9 mai 1945, un petit garçon de juste 5 ans revenait avec ses parents de la retraite aux flambeaux célébrant, pompiers en tête, la capitulation allemande. Nous arrivions juste dans une maison familiale éventrée par les bombes anglaises et américaines. Je me souviens avoir posé cette question : « alors, on n’aura plus jamais de guerre ?». Il me fut répondu par les grands : oui. 

   Mensonge.  La vie a fait qu’il a fallu que j’attende d’avoir 22 ans d’âge pour que la France, mon pays et sa jeunesse, ne soit plus en conflit armé. À ce titre, une entité européenne, aussi critiquable et améliorable soit-elle, mérite tellement que les peuples y participant aillent déposer, le jour venu, leur bulletin de vote.

François-Marie Michaut 
Exmed 10-12 mai  2019

mardi 7 mai 2019

Merci, docteur Clémenceau (Exmed)

   Médecin mais surtout homme politique, surnommé en 1918 le père la Victoire, par les Français. Sa philosophie, au milieu de l’effroyable tuerie des cousins européens déchirés, mérite un petit rappel. « Quand les évènements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs ».

     À quand la liste à la Prévert des événements qui nous dépassent un siècle plus tard ?

François-Marie Michaut
Exmed 8-9 mai  2019

dimanche 5 mai 2019

Être (humains) ou ne plus être (vivants) (LEM 1118)

                         
                          
                             
   Puisse William Shakespeare, d’où il est, digérer ce plagiat d’Hamlet ! Mais là où il voyait encore une question, notre époque, si elle veut bien s’astreindre à chausser  ses lunettes systémiques, montre sans pitié que nous n’avons plus devant nous qu’une alternative. Vivre autrement que nous ne le faisons depuis les débuts de l’espèce homo (1) ou tuer la biosphère toute entière dont nous ne sommes qu’un rouage. Plus nos connaissances objectives sur les menaces pour notre avenir proches s’accumulent, moins il est possible de continuer à vivre comme si de rien n’était (2). L’apocalypse, les temps derniers, nos religions en parlent depuis longtemps.  Mais comme si c’était le résultat d’une volonté de punition des hommes de la part de notre puissance créatrice. En 2019, la simple poursuite de ce que nous faisons depuis trois siècles avec notre planète nourissière nous conduit à détruire sans marche arrière possible tous les éléments vitaux. Changement brutal d’échelle : nous sommes les seuls acteurs de notre disparition imminente. Bien entendu, les écologistes de toutes les catégories ne cessent de tenter de nous le démontrer. Il nous faut un temps fou pour intégrer l’importance du message qu’ils portent (3)

   Le Président Macron, dans sa dernière conférence de presse, affirmait vouloir mettre « l’humain au centre » de son projet politique pour la France. Pour un médecin, dont l’être humain en souffrance est la raison d’exister, pour ne pas dire la matière première, rien de choquant. Pour le citoyen ordinaire qui appréhende la robotisation galopante de son environnement, cela parle. Mais, il faut bien le reconnaitre, le plus grand flou règne sur ce que c’est que l’humain (4).

   Qu’est-ce que c’est que cet homme ? Capable des destructions les plus massives, des imprévoyances les plus dramatiques, des erreurs les plus lourdes de conséquences ? Bien entendu, les exemples sont innombrables et plus indéfendables les uns que les autres. Mais doué aussi de la capacité de réaliser tant de prodiges, de créer une richesse d’intelligence et de connaissances comme aucune autre espèce animale.

  Avons-nous oublié que l’homme est un être doté d’un cerveau qui évolue toute sa vie ? Que son encéphale est constitué de deux hémisphères cérébraux dont les neurosciences démontrent qu’ils fonctionnent de façon bien différente mais totalement complémentaire ? Comme notre ancêtre homo faber ( homme forgeron ) nous avons la capacité de fabriquer, de faire des choses. Notre côté «qui-fait», celuibqui s’exprime si fort que nous pensons de moins en moins qu’il n’est pas le seul. L’autre, bien moins spectaculaire, a une fonction majeure, en fait dominante, c’est l’hémisphère « qui-sait» (5). Nom d’un homo Sapens Sapiens, la connaissance -pas seulement la scientifique ou la rationnelle- sans frontière ni exclusion mais en évolution, cela ne vaut-il pas la peine de s’y arrêter avant, au sens le plus biologique du mot, de « ne plus (être) vivants» ?
   Une culture ne se contentant plus, comme elle le fait depuis deux millénaires pour nous,de l’exploitation exclusive de notre fertile cerveau « qui-fait», tel me semble l’immense défit à affronter. Mais, aussi envahisssant soit-il, juste le remettre à sa place. Aux ordres de notre cerveau « qui-sait». 

  Savoir ce qu’on peut et ce qu’on doit faire avant de se lancer dans toute réalisation pratique sous le seul prétexte qu’elle est techniquement possible, est-ce vraiment une démarche qui mérite le qualificatif d’humaine ?

 François-Marie Michaut

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Notes :

(1) Nos connaissances objectives ont envoyé aux oubliettes le mythe de tout âge d’or auquel il faudrait revenir. Le si banal : « c’était mieux de mon temps».


(2) « Alerte rouge» sur la perte mondiale de biodiversité titre Le Monde du 29 avril 2019 . « C’est avec l’espoir de provoquer un sursaut international que se réunissent à Paris, à partir du lundi 29 avril et pour une semaine, les experts de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES)». Lien

(3) Le mouvement international des adolescents pour pousser leurs ainés à prendre enfin au sérieux les atteintes contre la terre n’est pas un détail à négliger.

(4) Mot valise qui n’est pas sans rappeler les efforts d’humanisation des hôpitaux par les pouvoirs publics il y a quelques années. Le résultat le plus visible a été l’utilisation intensive de plantes vertes dans les halls d’entrée.


(4) Mot valise qui n’est pas sans rappeler les efforts d’humanisation des hôpitaux par les pouvoirs publics il y a quelques années. Le résultat le plus visible a été l’utilisation intensive de plantes vertes dans les halls d’entrée.

(5) Terminologie de Dominique Aubier in La face cachée du cerveau. Cf LEM 1053 lien

           
Os court :
«   Seul l’humain peut avoir conscience de la perte de l’humain.» 

  Edward Bond ( dramaturge britannique contemporain)

                             
Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1118

6 mai  2019                                                        

Déboussolés
 (Exmed)

   Pour aller on va. De plus en plus loin. De plus en plus vite. De plus en plus fort. Dans tous les domaines de nos vies personnelles et collectives. Pas sans en souffrir comme en témoignent, par leur existence même, les mouvements collectifs de protestation sur tous les continents. 
 

   Avons-nous perdu la boule, ou moins dramatiquement l’usage de toute boussole pour savoir où aller ? La LEM 1118 propose au jugement de chacun sa propre vision des choses. Voici : Être (humains) ou ne plus être (vivants).

François-Marie Michaut 6-7 mai  2019

jeudi 2 mai 2019

La Shoah, pas seulement une journée (Exmed)

    Le 2 mai 2019 est consacré au souvenir de la Shoah. Indispensable injection de rappel de nos mémoires surencombrées. Pour aller au delà d’une ordinaire empathie de circonstance, faisons marcher nos neurones.
  Deux livres ( de non journalistes) à retenir. « Réflexions sur la question antisémite» de Delphine Horvilleur ( Grasset 2019), et d’accès plus difficile, hélas bien trop confidentiel, mais incontournable pour qui cherche à comprendre : « RÉPONSE À HITLER  et/ou la mission juive» de Dominique Aubier (Le Qorban 1979). 
 

    Devoir de mémoire, cela va bien au delà de la connaissance pédagogique, historique ou psychosociologique d’un drame toujours dangereusement béant. Celui de notre ignorance collective de la réalité qui dérange encore et toujours.

        
François-Marie Michaut 
Exmed 2-5 mai  2019

dimanche 28 avril 2019

FLÉCHISSEMENT (LEM 1117)


                                
                          
                               
                                 

Comme si les Français, s’étaient tous mis de mèche,
Jamais on n’entendit autant parler de « flèche ».
Il ne s’agissait pas de flèches d’arbalète,
Ni d’acerbes propos que la rumeur répète,
Telle flèche de Parthe à mauvaise intention.
Encor moins d’un chemin ou d’une direction.

Ils voulaient tous parler de celle, incendiée,
Celle de Notre Dame, à terre fracassée,
Et sur qui tout Paris a pleuré et soupire.
Si on en parle tant, c’est pour son avenir :
Faut-il la supprimer ou bien la reconstruire ?
Qui doit-on consulter pour y bien réfléchir ?

Comment imaginer Notre Dame sans flèche,
Et un toit reconstruit sans la moindre des brèches ?
Ce faîtage trop long serait bien monotone
Sans cet élan joyeux qu’une flèche lui donne.
Victor Hugo aussi dans sa tombe dirait
Que de Quasimodo l’histoire on trahirait.

Faudra-t-il s’inspirer de l’aspect d’origine,
De notre Moyen-Age évoquer les racines,
Ou de Viollet-le-Duc recopier les idées ?
La faire encor plus haute ? Et ornée ? Dénudée ?
Faut-il la faire en bois, pour en garder l’esprit,
Ou employer l’acier comme le sage dit ?

Telle le mât de flèche ou comme une boussole
Elle était un signal, un peu comme un symbole.
Jaillie telle un geyser, c était comme un salut,
Un refuge pour l’âme, un guide, une statue.
Depuis son empennage elle était un appel,
A regarder plus haut en pointant vers le ciel.

Certains voudraient y voir comme le doigt de Dieu
Nous montrant  que sa chute indiquerait l’adieu
A toutes nos valeurs d’une époque finie :
Lassée de nos erreurs c’est elle qui… fléchit.
Mais peut-être, après tout, lance-t-elle un défi,
Avec le bel espoir d’être un jour démentie ?

                        Jacques Grieu




                      
Os court :
«    Je ne plie le genou devant rien ni personne : j’ai de l’athrose.» 

  Louis Scutenaire


Lettre d'Expression Médicale


LEM n° 1117 sur le site Exmed

29 avril 2019 

                             

Fléchir et réfléchir
 (Exmed)

  Pas question ici de faire passer à la trappe automatique des rebuts médiatiques l’incendie de Notre-Dame de Paris. Chacun en a vécu la charge émotive, beaucoup ont affirmé y percevoir un symbole.

   Sans pouvoir, ou vouloir, en exprimer la nature profonde. Dire sans dire tout en disant plus que ce qui est apparent, privilège rare des poètes.

Voici la LEM 1117 de Jacques Grieu : FLÉCHISSEMENT.
François-Marie Michaut
Exmed 29-30 avril 2019

jeudi 25 avril 2019

Connexion toxique (Exmed)

    La publicité claironne les bénéfices fabuleux pour notre santé d’une foule croissante d’objets numériques dits connectés. Un paquet de renseignements sur notre intimité se trouve collecté par nos téléphones numériques. Pour notre bien ? Comme si devenir dépendants, sans pouvoir les interpréter correctement, d’une masse de données chiffrées n’était pas une entrave majeure à notre tranquillité  mentale ? Comme si les renseignements collectés ne faisaient jamais l’objet d’une cession lucrative à des entreprises commerciales ?


Déconnectez-vous : bientôt une nouvelle prescription dans une relation médecin-malade soucieuse du respect de l’humain ?


François-Marie Michaut
Exmed 26-28 avril 2019

mardi 23 avril 2019

French Health Data Hub ? (Exmed)

   
En langue hexagonale, cela voudrait dire quelque chose comme plateforme de confiance des données de santé. L’idée est de constituer en France le plus grand stock possible de renseignements sur notre santé à chacun. La valeur marchande pour les industriels, investisseurs et banquiers-assureurs est considérable. Avec le rêve, jamais démontré depuis les Encyclopédistes du 18ème siècle, que l’accumulation de données accumulées et croisées entre elles conduit obligatoirement à de nouvelles découvertes.  On met tout dans une centrifugeuse et on filtre.

   Alors là, par prudence,  le gouvernement parle de confiance et sort son argument massue. La sécurité du coffre-fort pour éviter tout détournement de son contenu est garanti par « la maîtrise de l’État». Ce qui se passe pour la santé n’incite pas à la conviction.


   Retour sur la terre des terriens : aucune tour de Babel ( au propre ou au figuré) de l’humanité n’a atteint le ciel, aucune compilation de connaissances n’a donné naissance à une nouvelle découverte fondamentale, aucune barrière, aussi astucieuse soit-elle, n’est jamais restée inviolée. Ce serait faire fortune mondiale que d’inventer un remède contre la croyance aux illusions.


François-Marie Michaut 24-25 avril 2019

dimanche 21 avril 2019

Une autre issue (Exmed)

   
À Marseille ils l’ont surnommée, en l’invoquant sans cesse avec affection, La Bonne Mère, leur cathédrale. Notre Dame pour les parisiens. Elle vient de subir un spectaculaire incendie dont nous ressentons un sérieux contrecoup.

 

   Prendre un peu de temps pour mener sa propre enquête en allant droit à l’essentiel, indispensable pour se remettre les idées en place. La LEM 1116 vous propose : « Qu’est-ce qui a brûlé à Notre-Dame ?» . 


Bonne lecture.


François-Marie Michaut 22-23 avril 2019

Qu’est-ce qui a brulé à Notre-Dame ?
 (LEM 1116)

    Les images sur écran de l’embrasement de la charpente puis de la chute de la flèche de la cathédrale emblématique de l’identité de la France nous ont sonnés. Chacun, avec ses propres capacités de rationalisation et sa sensibilité, en ressent encore l’importance.
  Tout semble se passer comme s’il fallait se précipiter pour, vite, vite, effacer cette rupture brutale avec ce que nous avons toujours connu. Les dons d’argent à grand spectacle pleuvent (1) avant même que les braises soient éteintes. Il faut absolument reconstruire, en urgence, ce qui a été perdu ? Avant même de définir clairement de quelle perte il s’agit ? Sans prendre le temps de comprendre la portée de ce que tout le monde nomme un désastre ? Et qui est peut-être, beaucoup de lecteurs risquent de tomber de leur chaise, une chance pour comprendre enfin que c’est notre humanité toute entière qui s’écrase parce qu’elle a pris une mauvaise direction. Une flèche, bon sang, comme dans un jeu de piste, ça indique bien la direction qu’on suit. Savoir lire le panneau indicateur.
Donner un traitement avant d’avoir établi un diagnostic autre que symptomatique, aucun médecin sérieux n’y songe.

     Le diagnostic n’est pas dans l’analyse minutieuse de ce qui a conduit à la combustion des vénérables poutres, pas plus que dans l’action admirable des pompiers (2) dont le talent a fait que la cathédrale Notre-Dame elle-même  est toujours debout.

    C’est la flèche même, dominant le sol de ses 93 mètres l’édifice, qui doit être interrogée. Inaugurée en 1859, comme un pur produit de l’époque Napoléon III, son architecte est Eugène Viollet-le-duc.

   Reconstruire, ou restaurer, avec la plus grande ressemblance les édifices des batisseurs médiévaux alors très délabrés (3) de la France entière n’était pas son objectif. Ce qui avait pu pousser les constructeurs à bâtir des cathédrales ou des chateaux forts, l’énergie qui leur avait été indispensable, ne l’intéressait pas. Seule comptait à ses yeux la pure technique. Appelons en renfort le précieux dictionnaire Larousse : « Sa théorie veut que la «restitution» d’un édifice soit établie en fonction des principes architectoniques dont découlent ses formes : il est ainsi amené à interpréter des monuments selon une rationalité scientifique parfois peu accordée à l’invention créatrice des constructeurs médiévaux...»
Le grand mot est lancé, pardon du vilain jeu de mot, comme une flèche. La restitution, comme il se dit d’un objet volé, avec les seuls outils repérables par la connaissance scientifique. La réalité de 2019 vient de montrer que son projet d’aller ainsi au dessus de tout ce qui a été capital dans le passé vient de s’écraser au sol sous nos yeux incrédules. La fusée nous est retombée sur la tête.

   Si cette façon de voir les choses n’est pas complétement idiote, elle doit être poursuivie soigneusement pour décider lucidement s’il faut poursuivre dans la même voie (autant que possible d’une seule voix) pour s’engager  sans peur sur une voie d’une autre nature que celle du strictement matériel. Nous constatons que ce n’est pas celle de l’unique connaissance technoscientifique. Il faut bien lui donner un nom, même si sa charge symbolique aux contours flous peut rendre méfiant chaque rationaliste dûment cathéchisé depuis l’école.

  Celle de l’Esprit, quelque qualificatf que chacun décide de lui accoler. Il n’y a pas d’autre remède pouvant éviter en retour (4) un embrasement incomparablement plus destructeur.
_____________________________________

Notes :

(1) Comme si l’argent était la seule réponse sérieuse à tous les problèmes de l’humanité. Du mesurable, du comptable, du médiatiquement clinquant, du frappant à coup sûr et parfois douloureusement les plus démunis économiquement.


(2) Le mot pompier est trompeur en Français. Depuis le Moyen-Âge, des soldats se sont spécialisés pour détruire des enceintes fortifiées en creusant des tunnels, d’où le terme de sapeurs, en vue d’y déposer des charges explosives faisant d’eux des bombiers. Bombeiros disent encore les portugais.



(3) Depuis la Renaissance, les beaux esprits ne voyaient dans le Moyen-Âge qu’une sombre époque obscurantiste. Les Romantiques issus de la tradition germanique en donnèrent leur image «revisitée».
 
(4) Dans la mesure où les mêmes causes produisent les mêmes effets. La médecine n’en doute guère.



    

21 avril 2019        François-Marie Michaut

               

Os court :
«   L’Homme, non pas centre statique du Monde - comme il s’est cru longtemps - mais axe et flèche de l’Évolution. » 
 
                       Pierre Teilhard De Chardin scientifique et prêtre catholique(1955) 


Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1116

 

jeudi 18 avril 2019

Feu et psychisme (Exmed)


Puisque le 'Coup d'œil du jour' du 17-18 avril 2019 est 'Sous le signe du feu', il est peut-être temps de se poser la question sur 'Ce que l'incendie de Notre-Dame de Paris révèle de nos émotions collectives' comme nous le propose le magazine Psychologies : https://www.psychologies.com/Planete/Societe/Articles-et-Dossiers/Ce-que-l-incendie-de-Notre-Dame-de-Paris-revele-de-nos-emotions-collectives 
Dominique Ramarlah

Nota : Petit ajout d’actualité brulante de la rédaction sur la flèche de Notre-Dame de Paris,  emprunté à Confucius ( Kong Qiu, 551-479 av. JC) : Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt.

Une flèche qui pointait vers le ciel, cherchez le sage.  FMM



Exmed 19-21 avril 2019

mardi 16 avril 2019

Sous le signe du feu (Exmed)

   Des «gilets jaunes» autour des feux allumés pour bloquer les routes et les pouvoirs politiques, des manifestants incendiant des poubelles, des pneus ou des voitures, voici que Notre-Dame, la cathédrale symbolique de Paris dans le monde, vient de voir sa tête détruite par les flammes. Trop réducteur de se satisfaire des explications ponctuelles de chacun de ces évènements dont on ne sait pas encore tout.

 

   Comme des enfants, et dans toutes les activités, y compris celles qui touchent à notre santé, nous ne cessons jamais de jouer avec les allumettes.
Culte de l’action pour l’action, mépris pour la connaissance de ce qui n’est pas  immédiatement utilitaire et rentable.



   Nous n’avons à nous en prendre à personne d’autre que nous-même. « Faites vous-même votre malheur» titrait dès 1983 avec humour le psychiatre systémicien autrichien Paul Watzlawick.

François-Marie Michaut


17-18 avril 2019  Exmed

Ce qui tient avec (LEM 1129)

              Feuillets de Systémique Médicale (7 )                                                                                      ...