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07 juin 2020

APRÈS / PLUS TARD (LEM 1174)

                                                       
                                 
Depuis toujours, le temps est pour l’homme un mystère.
Sa flèche est parfois lente et souvent s’accélère :
A peine est-on levé qu’il  faut aller au lit;
A peine le lundi, qu’arrive vendredi.
Dès qu’on est en janvier, on voit  la fin d’année
Et dès  qu’on a dix ans, la mort montre son nez...

Il faut dès qu’on est né, profiter de l’instant
Sans remettre à plus tard  la joie et le bon temps.
Chaque seconde échue  doit être appréciée ;
Ne laissons refroidir ni moment ni santé.
Le jour d’après est là qui nous nargue et nous guète 
Et nous tend ses regrets de choses incomplètes...

Le manque de mémoire est parfois une envie
Effaçant les remords pour moins de nostalgie.
Les attraits de l’oubli, on devrait célébrer,
Car l’oubli, c’est la vie, les charmes du passé.
L’oubli de ses erreurs est une absolution :
La perte de mémoire est parfois solution.

Écrire ses mémoires est toujours plus facile,
Quand les trous de l’oubli deviennent bien utiles.
Qui n’a pas de mémoire a donc de bonnes jambes,
Mais quand vient la vieillesse on n’est plus si ingambe.
Pourquoi les pense-bêtes sont-ils si délaissés ?
De nos mémoires on sait qu’ils sont les porte-clef ! 

L’ordinateur, dit-on, soulage la mémoire.
L’affirmation est vraie, mais ce n’est qu’accessoire :
Le meilleur des PC n’a aucun souvenir.
Sa mémoire est trop bonne, il ne sait s’en servir.
Les matériaux sont là : il ne sait quoi en faire
La mémoire est aux ordres, écoute qui opère.


Un peuple sans mémoire est privé de l’Histoire,
Et alors sans passé, plus d’avenir à croire.
Au cours des âges, aussi, l’histoire est bien caution,
Que l’oubli du public casse l’indignation.
Et si des politiques ont encor du crédit,
À nos trous de mémoire ils doivent leurs acquis.

Le bonheur n’est-il pas un mélange subtil,
D’espérance et d’oubli que par strates, on empile ?
Car à trop se pencher sur les faits du passé,
On risque de chuter, dans l’amnésie verser.
Les portes de l’oubli peuvent ne plus s’ouvrir :
Aux battants sont collés nos meilleurs souvenirs.

Supprimons les « après »  pour mieux jouir du présent
Et du temps disponible, usons  à tout moment.
 « Trop tard » est le danger qui nous pend tous au nez !
Tels les bords de la mer, par les vents transformés,
Tous nos vieux souvenirs par l’oubli sont roulés.
Oublier d’oublier serait-il le secret ?

                 Jacques Grieu
 

Os court :
« Se coucher tard nuit. »  
 Raymond Devos
 
Lettre d'Expression médicale
 
LEM n° 1174   
8 juin 2020

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