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24 septembre 2019

D’où viennent les médicaments ? (Exmed)

    
La grande émotion du procès du Médiator ne doit pas cacher le dessous des cartes. Le public sait peu comment naissent les produits vendus par l’industrie pharmaceutique. Chaque laboratoire achète un portefeuille, au départ très limité, de molécules déjà existantes avec tous les droits d’exploitation. Ainsi un amphétaminique utilisé au départ comme antisommeil par les pilotes américano-britanniques allant bombarder l’Europe, puis par les étudiants de ma génération préparant l’internat, a fini par être proposé comme, incroyable présomption,  « le premier médicament étiologique du diabète gras» par le laboratoire Servier.

  Raisonnement : en coupant l’appétit, la quantité de glucides ingérée diminue, et le pancréas a moins d’insuline à fabriquer.  On croit rêver : la profession demeure muette devant un tel mensonge.
 

   De là à ce que des plumes prescriptrices complaisantes se laissent aller à aider les dames élégantes à pouvoir rentrer dans leur maillot de bain l’été arrivant, le pas a été franchi.


François-Marie Michaut
25-26 septembre  2019

1 commentaire:

  1. En fouillant les archives du site Exmed, voici exactement ce que j'écrivais en Coup d'Oeil du jour le

    23 décembre 2010
    Par delà le médiator
    Les effets secondaires dangereux d'un médicament ancien destiné à traiter des diabétiques n'ayant pas besoin d'injections d'insuline sont largement commentés par les médias en France.
    Le recherche de responsabilités dans les rangs de ceux qui ont comme mission, on ne peut plus utile, d'assurer la meilleure sécurité possible des produits médicamenteux risque d'occuper toute la scène de l'information livrée au public.
    Il n'est cependant pas sans intérêt de comprendre comment fonctionne l'industrie pharmaceutique. J'ai eu la chance de l'apprendre directement de la bouche de Julius Rosner, qui collabora jadis à Exmed (1), professeur de toxicologie et pharmacologie à la faculté de Bucarest, avant de gagner la France et de s'y installer, faute de mieux, comme généraliste.
    Chaque laboratoire achète, très cher, un nombre limité de molécules. Pour le laboratoire Servier, ce fut, dans les années 1970 une fenfluramide réputée active sur la sérotonine, un de nos neuromédiateurs.
    Une benzamide (dite bisubtituée) avait déjà conduit un autre laboratoire français, maintenant disparu, a développer mondialement toute une série de produits à partir d'un produit renommé pour ses propriétés antivomitives.
    C'est ainsi que les chercheurs étudièrent, de façon totalement empirique, les effets pharmacologiques de la molécule, parfois légèrement modifiée, pour proposer d'autres indications thérapeutiques.
    Peu à peu, le modificateur de comportement gastrique se vit parer de vertus très différentes, jusqu'à devenir un antipsychotique de référence utilisé dans les états de violence et un auxiliaire dans le sevrage des alcoolo-dépendants.
    Ce qu'il faut bien comprendre, c'est le mécanisme. L'industrie, dans l'immense majorité des cas, ne part pas du besoin mis en évidence par la recherche fondamentale du remède pour tel ou tel type de maladie, mais de la panoplie des quelques molécules dont elle a acheté le brevet d'exploitation.
    Il s'agit donc, et cela coûte fort cher, d'explorer tous les effets possibles des substances afin d'en tirer des indications thérapeutiques, parfois totalement imprévues ( souvenons-nous de la vieille aspirine devenue un agent de prévention des thromboses vasculaires, et peut-être un jour agent évitant certains cancers).
    C'est donc finalement aux vendeurs de trouver des arguments de vente, au besoin en assurant la promotion de prétendues nouvelles maladies répondant exactement aux effets pharmacologiques observés.
    Tout cela n'est qu'une question de profit, le malade n'est pas du tout au centre de la démarche.
    Autant le savoir, et ne pas se laisser endormir par des discours doucereux, vous ne trouvez pas ?
    1) Julius Rosner, Libres propos https://www.exmed.org/exmed/rosner.html
    Dr F-M Michaut

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