Le docteur Macron prescrit ( LEM 1034)

Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1034
  http://www.exmed.org/archives17/circu1034.html
    24 septembre 2017

                           
              
 


                                   Le docteur Macron prescrit

                                   
               

                                                          François-Marie Michaut

    
Un acte médical se termine avec la rédaction d’une ordonnance mettant noir sur blanc le traitement prescrit (1). Ordonnances dites Juppé de 1995, destinées à sauver, comptablement parlant, le financement de la Sécurité Sociale. Souvenir amer des médecins généralistes, comme des spécialistes indépendants, qui ont vu éviscérer le métier auxquels ils avaient consacré leur vie (2). Et pourtant, en ce jour symbolique de l’équinoxe d’automne du 22 septembre 2017, avec Emmanuel Macron, fils d’un couple de médecins, seul enfant non praticien de la fratrie, nous avons assisté en direct du palais de l’Élysée à la signature des ordonnances modifiant le Code du travail. Simple mise en scène à destination des illettrés de ce qui se veut un évènement politique majeur d’un nouveau président de la République ? Cela mérite examen.

   D’abord la mise en scène. Le signataire n’est pas seul derrière le bureau. À sa droite, une de ses ministres et à sa gauche un autre. Pas de Premier ministre.  À droite et à gauche du trio, la même lampe à trois branches munie d’un abat jour. Deux fois trois sous le drapeau tricolore et sa triple devise idéale.  Autre élément remarquable : la présence d’une pendule. Cela n’est pas le fait d’un hasard ou d’une fantaisie décorative de  metteur en scène. C’est l’heure, c’est tout. L’heure de quoi, malheur ou bonheur ? Comme d’habitude du côté des spectateurs, les ricaneurs ricaneront, et les laudateurs loueront. Les autres, tellement saturés d’images décérébrantes,  ne pensent rien car ils ne ne voient plus rien. Ce qui ne veut pas dire que leur inconscient ne capte rien à leur insu.
 À qui faut-il attribuer une telle scénographie, à un spécialiste inspiré de « l’évènementiel », à un «communicant» de compétition pour reprendre le jargon en cours ?

    La réponse est à chercher dans un curieux livre qui vient de sortir (3). En donnant ici directement la parole, non pas à l’écrivain témoin attentif, mais à Emmanuel M. lui-même : « Il faut comprendre que la matière n’est que symbolique. Tout ce qui n’est pas symbolique n’est que du temps perdu et de l’énergie gaspillée. Il y a, bien sûr, des actions à mener, des choses à bouger : c’est le symbolique et le quotidien .» .

    Le symbolisme est-il hors du champ de toute pensée médicale actuelle ? Voici la réponse lumineuse d’un grand psychiatre suisse du siècle dernier. 
« Ce que nous appelons symbole est un terme, un nom ou une image qui, même lorsqu'ils nous sont familiers dans la vie quotidienne, possèdent néanmoins des implications, qui s'ajoutent à leur signification conventionnelle et évidente. Le symbole implique quelque chose de vague, d'inconnu, ou de caché pour nous.»
«... un mot ou une image sont symboliques lorsqu'ils impliquent quelque chose de plus que leur sens évident et immédiat. Ce mot ou cette image, ont un aspect "inconscient" plus vaste, qui n'est jamais défini avec précision, ni pleinement expliqué. Personne d'ailleurs ne peut espérer le faire.
Lorsque l'esprit entreprend l'exploration d'un symbole, il est amené à des idées qui se situent au delà de ce que notre raison peut saisir.
» (4)

Une nouvelle époque est ouverte nous disent à la fois le calendrier terrestre et l’horloge exposée. Tout ce qui a précédé, avec la saga des calamiteuses solutions anciennes à nos problèmes, vient de prendre un coup de vieux irréversible. Demain, quel qu’il soit, et, faute de compétence, je ne me risquerais pas à en pronostiquer le contenu, sera un jour nouveau. Enfin.

Notes de l’auteur :

(1) Dans un graphisme souvent hermétique quand elle est manuscrite. Et, hélas, complétée par une paperasserie numérisée tatillonne et chronophage.



(2) Avec, en particulier, le Mécanisme d’Incitation à la Cessation d’Activité ( MICA) poussant à la préretraite les praticiens dès 57 ans. En 2017, l’âge moyen des généralistes en France est de ... 52 ans.



(3) Philippe Besson « Un personnage de roman», Julliard, 2017. Emmanuel  Macron y est nommé Emmanuel M.


 (4) C.G. Jung « L'homme et ses symboles » , Robert Laffont, 1964 p 20/21.

- Voir aussi F-M Michaut, « Le briseur de cloisons », LEM 853, 17 mars 2014.  http://www.exmed.org/archives14/circu853.htmlhttp://www.exmed.org/archives14/circu853.html





 


 Os Court :

 «  La vérité monte d’un coup d’aile jusqu’au symbole.» 
Carl Gustav Yung 



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