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23 janvier 2022

Quatre siècles de retard (LEM 1257)


   Nous célébrons les quatre siècles d’existence de Molière au sommet incontesté de notre langue de France. Si ses mots ont un peu vieilli à nos oreilles contemporaines, ses sujets scéniques, sous le couvert de la seule comédie, ont conservé toute leur pertinence. Malades comme médecins en bonne place, c’est bien connu.

   Que peut bien signifier cette très inhabituelle persistance de l’attachement des générations ? Qui était en vérité ce Jean-Baptiste Poquelin aux allures d’amuseur public pour marquer ainsi au fer rouge nos esprits ?
Il avait certainement une caractéristique hors du commun qu’il s’est bien gardé de formuler clairement. Par choix ou par incapacité de l’analyser lui-même.

  Tout simplement, Molière, même dans toutes ses outrances pour faire rire parle toujours vrai. Il est toujours dans la réalité, il ne ment pas, il ne triche pas, il ne cherche à ménager personne. En un mot totalement démodé, c’est paradoxalement un vrai sage.

   Au delà de l’émotion festive immédiate, qu’en tirer pour notre présent et notre avenir lourd de nuages menaçants ? Qu’il y a quatre siècles déjà, nos esprits étaient capables de comprendre le réel tel qu’il est et non tel que nous l’inventons comme si nous étions dans la maitrise de tout. Comment avons-nous pu rater la marche de ce que nous savions déjà ? Ce déraillement a entrainé toute notre culture vers des excès que nous subissons de plein fouet. Toujours de plus en plus, comme si une seule chose dans ce qui nous entoure pouvait obéir à ce système.

  Cela a déjà été évoqué à plusieurs reprises ici, il n’est pas que Molière dans ce cas de figure. Et si nous avions fait erreur en baptisant à la légère le XVIIIéme le Siècle des Lumières quand nous foncions dans une direction qui a conduit directement notre culture occidentale dans le mur que nous ne pouvons plus ignorer, tant le temps du sans retour possible presse. Juste quelques courtes années, nous l’avons mesuré.

 

   De peu prédécesseur de Molière, l’inventeur espagnol du roman, Cervantés, fit l’effort de nous livrer cet enseignement sous forme cachée (Inquisition obligeait) sous le grotesque quichottien jusqu’à nos jours. Thèse dûment étayée que l’opinion, même et surtout la plus savante,  ne parvient pas à reconnaitre à Dominique Aubier dont presque personne ne veut entendre parler. Et pourtant, toute clé de lecture de ce que nous ne comprenons pas, ou ne comprenons plus depuis des siècles, est précieuse pour ne pas dire vitale. Serait-ce parce qu’elle fut une femme indépendante sans label académique? Parce qu’elle naquit  de cette France en qui elle crut tant ? Est-il stupide de prendre un pari sur quelqu’un qui disait déjà que nous raisonnons avec quatre siècles de retard, en pensant à Don Quichotte ? 

   Faute de roue de secours fiable dans la même étendue de compréhension de la réalité pour demeurer dans l’humain vivable, j’accepte sans hésitation d’être stupide.

                                         François-Marie Michaut


    

Os court :

«  Être en retard est un acte de violence.  »

                             Gandhi


 

Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1257 23 janvier 2022

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