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28 mars 2021

«Homo Solus» (LEM 1217)

                                                              
  Homo Sapiens, jusqu’à ce jour fer de lance insurpassable de l’évolution darwinienne , est-il entré en agonie ? Point besoin d’imaginer un scénario catastrophe digne d’Hollywood, car tout se passe sans bruit ni fureur. Juste une transformation fondamentale de ce que les anciens aimaient nommer, de façon commode, la nature humaine. Une sorte de construction systémique, devenant de plus en plus complexe depuis nos premiers ancêtres. Notre grande originalité dans l’arbre du vivant a été de disposer en même temps, même si c’est à des degrés divers selon les cultures, d’un fonctionnement collectif et d’un fonctionnement individuel, solitaire dit-on des animaux.

    Cette dualité fonctionnelle groupale et personnelle systémique a été incroyablement fertile au fil du temps. Une modeste et fragile espèce animale à ses débuts a réussi à devenir une des plus invasives et inventive de tous les lieux habitables de la planète avec ses 8 milliards actuels de représentants. Mais à quel prix ? Les sciences de l’homme nous le disent de plus en plus clairement. La conscience écologique gagne progressivement nos sensibilités. Nos capacités de nuisance semblent atteindre des seuils d’irréversibilité pour la survie de multiples formes de vie. Dont une qui ne peut pas nous laisser de marbre : la notre et celle de nos proches descendants.

  Cela a déjà été dit de nombreuses fois. Ce qui est dit  de façon biaisée « la crise sanitaire» n’est pas le plus important. L’aventure covidienne agit de la manière de ce qu’on nomme zone gâchette dans les redoutées crises de névralgie faciale. Tout ce que nous avons été amenés à mettre en place, dans la peur et la précipitation de l’inconnu,  entraine une chaine d’événements de toute nature dont nous ne connaissons encore que les prémices.

   Nous vivons depuis un an, sous la pression des épidémiologistes, la fameuse distanciation sociale. Toute considération philosophique ou psychologique mise à part, nous subissons de fait une rupture majeure de nos contacts de groupe. Distance, masques, écrans divers, vaccinations, matraquage médiatique inépuisable nous plongent dans une logique paradoxale. Il nous est prêché un double message contradictoire. Toutes ces consignes collectives, parfois passibles d’amende pour les récalcitrants, doivent être suivies à la fois pour chaque personne et pour la collectivité toute entière. Les regards qui se jettent au dessus des masques trahissent bien à quel point tout autre est soupçonné d’être une nuisance. Alors, en même temps agir pour son bien à lui et pour le sien, c’est pas d’une logique évidente.

   Alors Sapiens, parvenu au bout des ressources que son intelligence a su accumuler, est devant un échec sans précédent. Sapiens est dépassé.
Ne croyant plus guère au secours possible d’un pouvoir surhumain venu d’ailleurs, il se trouve dépendre uniquement des potentialités encore inexploitées de son cerveau d’animal d’exception zoologique, car doté de la parole. La tradition judaïque le dit depuis ses origines dans le récit de la Genèse : « Au début était le Verbe...» (1).
Sapiens a loupé le coche, il doit laisser la place. À qui ? Au seul qui reste, celui que je me suis permis de surnommer en titre, que les savants me pardonnent,  en regardant autour de moi dans ces temps stupéfiants « Homo Solus», l’Homme Seul. 
Le vivant ne semble avoir qu’un objectif observable : s’adapter aux conditions qu’il rencontre pour ne pas mourir. 
Une sagesse encore jamais atteinte massivement à ce jour prenant le chemin de la solitude personnelle. Utopie, c’est possible, mais existe-t-il une autre possibilité de ne pas tuer la vie ?

Note :

(1) Source wiki dont la dernière phrase rarement citée concerne aussi le gigantesque apport d’Homo Sapiens, y compris ses échecs :
Traduction du Prologue de l'évangile selon Jean par Augustin Crampon (rédaction : 1864 ; édition : 1894) : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n'a été fait rien de ce qui existe.

                                                          François-Marie Michaut

Os court :
«  Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure.     Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir. Être seul, comme l’enfant est seul... »

Rainer Maria Rilke (1875-1926))

 Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1217 29 mars 2021   
 

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