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13 décembre 2020

Incertitude, jusqu’où ? (LEM 1201)



     La grande pagaille de nos vies quotidiennes générée par la sollicitude des gouvernants politiques  pour notre santé collective crée un étrange climat. Nous voguons dans une paradoxale tempête, aussi profonde que... silencieuse. Comment tenter de la formuler, sans la caricaturer, ni la noyer dans des considérations puisées dans des savoirs qui se veulent scientifiques ? Nos informateurs de métier souffrent, hélas, d’un handicap systémique majeur : celui de la contrainte qu’exercent sur eux les pouvoirs qu’ils ont pour métier - honorable - de faire valoir. Nous voilà bien seuls, les uns et les autres. Chacun devant soi-même,  tout autre ne pouvant être derrière son masque qu’un contaminateur potentiel. Dans la réalité morose de nos confinements peu digestes,  une opinion acceptable sur la réalité du moment a bien du mal à se construire. Nous avons besoin pour vivre, autant que de nutriments, d’un certain récit du monde personnel que nous modifions sans arrêt au gré de nos perceptions et de nos ressentis. Les gens du spectacle et des distractions collectives, frappés d’interdiction d’exercer, le disent haut et fort. Quelque chose d’important pour nos vies d’hommes, notre identité collective, est menacé de disparition rapide.

Comme nous envions nos ancêtres qui voyaient dans les Dieux de chacune de nos religions le seul auteur de ce qui nous arrivait ! Quelques gestes rituels, des cérémonies adéquates et il n’y avait plus, sous les ordres des clergés, qu’à attendre la volonté divine. Force est de constater que nos religieux sont muets. L’image du pape celébr    ant seul et sans rien dire la fête de Pâques 2020  sur la place Saint-Pierre de Rome totalement déserte demeure gravée.
Que nous reste-t-il, pauvres humains nous sentant confrontés sans remèdes connus à une situation infectieuse encore inédite ? La science devenue au fil des temps et grâce au prestige de ses applications techniques notre seule vraie religion. Celle qui est tellement brillante et prometteuse de lendemains éclatants qu’elle semble surpasser toutes les autres jamais connues. Le progrès programmé, rien de moins (1).
  Alors un peu d’espoir dans la Science, clé absolue et définitive de tous les savoirs dont nous manquons encore avec notre SRAS-Cov-2 ?

   Et bien non, le ver est dans le fruit, notre super-Religion se montre incapable de répondre vite et clairement à nos attentes immédiates. Sa toute puissance supposée ne se révèle qu’une illusion. Elle doute, elle se divise, elle se trompe. Par ricochet, et  bien malgré elle, elle nous entraine dans le doute, dans la division, dans l’erreur. La science, infantilement divinisée dans nos esprits pas toujours très instruits, est en train de perdre son prestige et son autorité (2). Elle perd dans cette grande aventure collective son statut de révélateur absolu et indépassable de la réalité qui nous entoure.
   Conséquence : la perte douloureuse de notre sentiment de toute puissance à grands coups de technosciences toujours plus ambitieuses.  Notre espèce est-elle condamnée à périr, rongée par le désespoir ou détruite par les conséquences de ses actions allant dans tous les sens ? Comme alternative, ne pouvant plus attendre de salut venant d’une divinité bienveillante, il ne reste plus que ce que nos cerveaux humains (3), enfin sortis de leurs errances anciennes, capables de nous permettre de comprendre comment nous en sortir.

   Je n’ai jamais caché, dans mes écrits sur Exmed, mon attirance pour la notion de système, comme méthode trop négligée de comprendre la réalité dans le domaine de la médecine. Que de systèmes nos sciences, championnes du comment-ça-marche, sont elles parvenues à analyser finement les rouages ! On ne cesse de les empiler avec soin ces connaissances. Mais le pourquoi- ça-marche, dans une stupéfiante harmonie d’ensemble depuis 13 milliards d’années, nous ne cherchons pas vraiment à le savoir. Comme si nous n’en avions pas le droit.

Un système - le Système des systèmes ? -  capable de donner naissance et d’harmoniser entre eux des milliards de systèmes, est-il raisonnable de ne pas aller à sa recherche ? Au risque assumé de ne pas le trouver.


    Impossible de terminer cette lettre, bien incomplète, sans mentionner que son contenu a été influencé par un ouvrage posthume paru le 2 décembre 2020. Le manuscrit de Dominique Aubier, scientifiquement très documenté, ce qui ne peut pas déplaire à un lectorat médical, date de 2001. Son titre est d’actualité : « Rebâtir le monde», éditions M.L.L. Avis aux esprits curieux.

                                François-Marie Michaut
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Notes :


(1) À rapprocher de la mouvance des transhumanistes, et de la foi dans les performances futures d’ une certaine Intelligence Artificielle potion magique à tous nos maux qui lui est associée.

 (2) Les réticences de près de la moitié la population française devant l’utilisation du tout nouveau vaccin contre le Covid19, soignants en tête, sont  significatives de cette évolution nationale depuis plusieurs années. 

(3) Les neurosciences reconnaissent depuis des années ne pas savoir à quoi peuvent servir les 9/10 de notre encéphale.

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Os court :

«  On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter.»
 
         Emmanuel Kant

 Lettre d'Expression médicale
 
LEM n° 1201   14 décembre 2020

 
 
 

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