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06 septembre 2020

Violence (LEM 1187)


 
                                                     
 La violence s’étale partout, sous toutes ses formes, des plus spectaculaires (1) aux plus sophistiquées sous le terme de bashing ou de harcèlement moral. Le comportement violent, souvent associé à la notion de cruauté, est-il une caractéristique humaine ? Ou un héritage neurophysiologique de nos lointains devanciers pré-humains luttant pour leur fragile survie ? Quoi qu’il en soit, elle est là et bien là. Ou présente dans notre vie, ou bien omniprésente dans nos esprits tant nous baignons dans la crainte qu’elle nous frappe.

 Tous nos récits les plus anciens, ceux qui racontent nos origines, de quelque continent qu’ils proviennent, ne cessent d’en parler. Les historiens soulignent dans leurs détails nos comportements exterminateurs et dominants. Les juristes ne cessent de jongler avec des notions à géométrie variable comme les circonstances atténuantes. Mais les médecins, jamais avares de conseils,  demeurent bien taiseux, les neurosciences, la génétique et l’hormonologie ne nous apprenant pas grand chose sur des manifestations cliniques d’observation fréquente. L’usage intensif que nous faisons des médicaments abrasant notre contact avec la réalité demeure purement symptomatique. Une sorte de cache misère pour nos sociétés boiteuses.
Cependant, dans cet inventaire, une place à part doit être réservée à la théorie de René Girard de la rivalité mimétique faisant de la violence par imitation le mécanisme qui nous aurait conduit à découvrir dès nos origines le sacré (2). L’enthousiasme qu’elle a entrainé auprès des lecteurs, en offrant de rationaliser l’irrationnel, a été de courte durée.

    L’hypothèse bien antérieure des pulsions inconscientes des freudiens est de peu de secours. Nommer ne veut pas dire comprendre, ni faire comprendre. Nos guerriers antiques commençaient par s’insulter copieusement, avant de faire parler leurs armes. Les mots avant les coups. Comme s’il fallait se chauffer l’esprit avant de pouvoir tuer. Comme si le comportement humain violent ne pouvait se déclencher qu’après un certain temps plus ou moins long de préparation.

  Encore faut-il que l’humain impliqué dans un tel mécanisme dispose de la capacité de mettre en mots ses émotions les plus fortes.  Faute de mots permettant de prendre un peu de distance, certains frappent. Ne pas voir dans cette remarque une tentative de justification (3).
Les frappeurs, que font-ils quand ils «passent à l’acte» comme disent les psychiatres ? Certes il cherchent à atteindre l’intégrité de l’autre, des autres en face. Pour de multiples raisons. Avec succès pour eux-mêmes ? il est logique d’en douter.

  Une vision systémique de la violence, de toute violence, permet de poser une question, à défaut d’en tirer une certitude. Toute violence suppose que c’est d’abord à lui-même que s’en prend son acteur. Violence contre soi-même que l’on ne parvient pas à métaboliser. Pour quelle raison peut-elle naître, comment se développe-t-elle, pourquoi ne peut-on pas, ou si mal, s’en débarrasser qu’elle explose de façon dramatique pour les deux protagonistes et leurs proches ? (4)

Alors, la violence, ce n’est pas les autres, ceux qui ne sont pas comme nous des gens «bien éduqués». Ne prenons pas, d’un haussement d’épaules en quise de réponse, toutes les violences du quotidien ou de l’exceptionnel. Elles portent en elles un potentiel contagieux redoutable contre lequel aucun de nous n’est immunisé. 
Homo Sapiens dispose du potentiel, depuis le milieu du siècle dernier, de tout détruire sur la planète.



 François-Marie Michaut

Notes :


(1) À combien de spectacles de meurtre est invité chaque jour l’utilisateur d’un téléviseur ? « Votre soirée meurtre» n’hésite pas à programmer, sans état d’âme, une chaine du service national en France.


(2) René Girard : La violence et le sacré (1972)

(3) Du genre de celle, bien classique, des avocats invoquant pour défendre des auteurs d’agression une enfance malheureuse, une mère indifférente, ou un traumatisme de l’enfance.


(4) cf le roman trop peu connu: «Le Dernier Jour d’un condamné » , Victor Hugo (1829)


 
Os court :

«  Alors, qui sauvera l’homme ? Ce ne peut être que l’homme lui-même.  »


Krishnamurti (Ultimes paroles 1997)


 

 Lettre d'Expression médicale
 
LEM n° 1187   7 septembre 2020
 

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