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09 août 2020

Prévention, parlons-en (LEM 1183)

 

  La canicule en cours n’est pas un alibi pour laisser refroidir le fer de l’actualité pandémique. Il n’est pas question ici, faute de compétence, de porter quelque jugement que ce soit sur les décisions  techniques qui ont été, et sont, menées pour notre population toute entière. Les discussions sur leur pertinence vont bon train, et ne sont pas près de s’achever. Et tant mieux, la connaissance ne sait pas progresser autrement, même si cela navre ceux qui ne peuvent se nourrir que de certitudes bien solides.

   Mais, au delà de cette effervescence de surface, médiatiquement survoltée dans ses expressions, qu’est-ce que c’est que cet étendard de la prévention derrière lequel nous sommes tous censés marcher au pas ? Faut-il remonter avec les Grecs jusqu’aux deux filles Panacée et Hygie du dieu Esculape pour comprendre ? Dédaigneux de la mythologie, interrogeons la cité médicale moderne. Un jour Louis Pasteur vint. La médecine commença par le prendre en grippe ce chimiste se mêlant de maladies (1). Les microbes gagnèrent, avant de perdre sévèrement la partie. Dans leur sillage naquit une discipline médicale majeure et prestigieuse: l’hygiène. L’hygiénisme était né, sur fond général d’alcoolisme et de tuberculose. L’eugénisme fut sa cousine sulfureuse.

Un nom célèbre eut même droit à des obsèques nationales à Paris en 1903. Celui de Proust.  Adrien de son prénom, le père quasiment oublié de Marcel l’intemporel. Nous sommes là en pleine pensée rationnaliste au fonctionnement ne reconnaissant que la causalité linéaire (2).
La parenté de l’hygiénisme avec le purinanisme de la culture anglosaxonne séparant les choses entre le pur et l’impur, a poussé les esprits au concept de prévention. Pré voir pour pouvoir prévenir. Mais le préjugé est si proche du pré jugé, qu’il faut faire intervenir Dame Science pour ne pas se faire larguer par les technosciences galopantes. Car, c’est peu connu, est née une discipline scientique spécifique s’occupant de la prévention de tous les dangers qui menancent l’homme et sa planète. Elle a pour nom, depuis 1987 de cindynique.

Savoir ce que nous faisons, pourquoi,  comment et quand nous le faisons, en médecine comme dans toutes nos activités humaines avec la plus grande rigueur possible est-il un objectif dépassant nos potentialités intellectuelles ? Ce questionnement peut sembler abrupt, je le reconnais. Mais, faute d’oser le prendre de front, avons-nous le droit de parler de santé, ou d’écologie, de politique, d’économie ou d’avenir de la planète si nous n’avons pas un minimum de langage commun compréhensible et admissible par le plus grand nombre ?

  En guise de point d’orgue, il serait sain de ne pas oublier que le mot prévention veut aussi dire un sentiment spontané de rejet ou d’acceptation d’une personne ou d’une idée.
          François-Marie Michaut
Notes :
(1) Je voue une énorme admiration  à  Jacques-Joseph Grancher qui, Pasteur n’étant pas médecin, fit le geste d’inoculer le premier vaccin contre la rage humaine à un jeune garçon contaminé.

(2) Michaut F-M «Causalité linéaire, circulaire ou «hélicoïdale» LEM 1081



(3) Les mots de la langue française sont doués d’un génie propre remarquable dont il serait stupide de se passer.

Os court :

«  De la prévention il faut qu’on se défie, tant que d’un jugement elle n’est pas suivie. » 
 
 Publilius Syrus (esclave affranchi et poète latin -85-43? )


 Lettre d'Expression médicale

 
LEM n° 1183   10 août 2020
https://www.exmed.org/archives20/circu1183.html


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