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28 juin 2020

Apoptose (LEM 1177)


  N’avez-vous pas ressenti une curieuse impression quand vous avez remis le nez dehors au moment du déconfinement dont nous sortons ?
  Des masques privant les visages de sourires ou de grimaces, des voix étouffées, des regards jaugeant votre charge virale potentielle ? Bien plus que cela : quelque chose est mort dans ce qui était notre quotidien. Pardon, le gros mot absolu de notre modernité a été prononcé. La mort. Vous savez celle que certains chantres de la médecine osent même prétendre «éviter» ou retarder considérablement pour promouvoir leurs actions préventives. Celle que les médias comptabilisent méticuleusement, comme avec jouissance de leur pouvoir, avec toutes les catastrophes.

  La biologie (1) nous aide à comprendre combien est peu fondée notre peur de toute mort. Certes, les infections, les traumatismes, les intoxications, les expositions à des environnements extrêmes existent et peuvent parfaitement, en dépit de la médecine, entrainer en cascade la mort de toutes nos cellules constituantes. Par un mécanisme connu de tous : la nécrose. Les mots savants disent clairement un double sort bien différent de nos cellules constituantes. Nécrose : le  tu es poussière et tu retourneras poussière ( Genèse 3). 

Et apoptose, en grec encore, dit juste la chute des feuilles. Ce phénomène est plus subtil que la simple pourriture. Certains (2) le disent le suicide programmé de nos cellules. Les médecins savent parfaitement que les globules rouges transportant l’oxygène ne vivent que 90 jours, et que le thymus, glande endocrine, fonctionne in utero puis disparait avant la naissance. L’idée que nos cellules, obéissant toutes à un ordre général strict pour constituer un ensemble fonctionnel adapté à son propre cycle de vie adaptative, est admissible pour notre rationalité. Quelle est la fonction d’un tel démontage des constituants cellulaires ayant achevé leur cycle ? Ils servent de matière première à l’élaboration de nouvelles cellules adaptées aux nécessités du moment de l’organisme porteur.

    Comme les feuilles d’arbre tombent autour de nous, tels des dominos sous la poussée, les programmes que nous avons nous-même imposés à notre environnement sont à terre. Notre culture devenue largement mondialisée dans ses orientations en 2020 grâce à l’utilisation  que nous avons fait de nos connaissances est en débris. Oui, nous vivons de façon endémique (3) une apoptose, pas une agonie comme le proclament certains.
  Parce qu’une fois que les feuilles en question, anciennement programmées par nos cerveaux, j’insiste sur ce point, seront tombées, de nouvelles feuilles verront le jour. Quand le temps sera venu parce que le vivant ne connait pas d’autre règle que celle des cycles magnifiquement intriqués les uns dans les autres. Les arbres, toutes les grandes traditions l’ont toujours dit,  sont nos maitres. Instruisons-nous.
  Quand une feuille est arrivée au bout de son cycle, elle est séparée de sa branche par le vent ou la neige. Sur la cicatrice surgit un bourgeon que le jardinier confirmé saura sélectionner pour que se développent des feuilles ou des fruits. 

   Le père Voltaire - «apoptosé» depuis 242 ans - avait raison : plus que jamais, en ces temps covidiens inédits, que chacun dans son petit, ou grand, secteur prenne le soin de cultiver son jardin à lui.
À son échelle, ce site a tenté, dès le 13 avril 2020, d’apporter sa petite contribution à une réflexion sans frontière (4).

                                                             François-Marie Michaut
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Notes :

(1) Pour une documentation sommaire https://fr.wikipedia.org/wiki/Apoptose

Pour une lecture critique stimulante, R. Sheldrake, Réenchanter la science, Albin Michel, 2013. Une nouvelle édition augmentée en anglais vient d’être éditée

(2) Ceci suppose d’attribuer aux cellules elles-mêmes un certain degré de conscience. Et de ne pas refuser l’hypothèse qu’existe un système de programmation extérieur pour piloter avec intelligence le mécanisme. La chimère statistique de hasard n’est qu’une façon de ne pas répondre.



(3) Nous prenons peu à peu conscience que le Coronavirus19 n’est pas une simple crise sanitaire qui s’évanouira un jour comme il est venu. Il nous faut apprendre à vivre avec lui, comme nous le faisons avec tant de virus, bactéries et champignons. Nous sommes sur le seuil d’une endémie non plus sanitaire mais civilisationnelle  dans de multiples domaines que nous ne voulions même pas voir  il y a seulement un an.

(4) F.Michaut, L’effet Corona, LEM 1166
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Os court :

«  Je voulais parler de la mort, mais la vie a fait irruption, comme d’habitude. »


 Virginia Woolf


Lettre d'Expression médicale
 
LEM n° 1177  
30 juin 2020

 


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