Premier de cordée (LEM 1062)

Lettre d'Expression médicale


LEM n° 1062 sur Exmed

        9 avril 2018

 

 

                           Premier de cordée

                            

                                             François-Marie Michaut

    


  La curieuse capacité humaine de fabriquer de la connaissance et de la transmettre aux autres n’a rien de banal. Les prothèses numériques de mémoire sans limite, de capacité de calcul et d’ersatz de communications planétaires, les algoritmes devenant  des maitres pour agir, les réseaux dits sociaux qui ne rassemblent rien du tout  ne doivent pas faire illusion. Par une voie demeurée mystérieuse, quelques rares cerveaux  d’Homo sapiens ont l’aptitude de se brancher bien avant les autres sur ce que nous ne connaissons pas encore. On peut se moquer d’eux, faire semblant de ne pas les entendre ou les écouter avec attention sans perdre une miette de son esprit critique. Troisième option choisie ici.



   Notre alpiniste du jour est Philippe Guillemant, l’auteur du livre Le Pic de l’Esprit (1). Le sous-titre annonce : une randonnée initiatique dans le territoire de la pensée. Ne pas se laisser impressionner,  le ton est celui d’un récit mêlant avec pudeur, sincérité et humour la réalité d’un itinéraire humain avec une intrigue romancée pour assurer la digestion et éviter l’écueil du one man show. Son Pic de l’Esprit, c’est la connaissance après laquelle nous ne cessons pas de courir. Le problème, car il y en a un gros, c’est que le sommet de ce pic demeure pour nous tous dans les nuages (2) et que nous n’avons pas la moindre idée de ce qu’on peut voir d’en haut. D’où la nécessité de s’assurer des services d’un guide aussi compétent que possible. Le nôtre part des rivages intellectuels de la science. Il n’est pas illogique d’envisager que d’autres itinéraires soient déjà tracés, et praticables ou pratiqués avec plus ou moins de succès. Car la connaissance est une et se moque comme d’une gigne des frontières de compétence et de méthode derrière lesquelles  se barricadent depuis Descartes les sciences.
On le sent, le projet d’escalade est grandiose et ne peut pas s’accompagner de prudences oratoires superflues. Les lecteurs habituels de Philippe Guillemant ( La route du Temps, La physique de la conscience), eux, ne sont pas désarçonnés dans des certitudes amidonnées. Finalement, peu importe ce que nous montre l’auteur tout en haut du Pic, qui n’a peut-être qu’une valeur symbolique. Un petit parfum de « La Soupe aux choux » de René Fallet pour montrer que l’humour n’est pas aux abonnés absents. Philippe Guillemant nous dit, si j’ai bien compris : n’hésitez pas, l’escalade vers une connaissance de la réalité beaucoup plus large que celle que nous adorons  au nom des dogmes scientifiques classiques est possible. Cerise sur le gateau, s’il en est besoin, nos esprits sortent de contradictions logiques intenables qui conduisent notre espèce, comme beaucoup d’autres, à la disparition rapide.

    Ce type est-il fou ? Bien entendu, il faut se poser cette question. Je vous incite fortement, rien ne valant votre regard clinique personnel, vos yeux et vos oreilles à prendre connaissance de sa dernière conférence devant des étudiants à Grenoble. Une video à ne pas manquer, et certainement à faire connaitre largement auprès de tous les gens capables de comprendre.  Pas besoin d’avoir un bagage particulier en science physique pour suivre le propos. Sans quitter  l’exigence de la rigueur scientifique remise à sa vraie dimension dans tous les domaines, nous avons chacun un rôle particulier à jouer, sans la moindre allégeance à qui ou à quoi que ce soit , pour influencer au moins en partie ce que sera la réalité de demain dans le sens de la vie ou dans le sens de la mort.
Puissent les lecteurs pardonner à notre auteur du jour une double tare aux yeux des canons de la crédibilité intellectuelle du moment. Celle d’être de nationalité et de culture française. Et celle d’écrire et de parler en utilisant le vecteur de la francophonie. Voici le lien utile : L’urgence d’une physique de la conscience.



 Une ultime mise en garde concerne en toute amitié nos professionnels de la communication de France. Le site qui édite nos lettres hebdomadaires comme celle-ci assiste à un étrange mouvement  croissant. En dehors de toute publicité, le lectorat international consulte de plus en plus nos textes.
Ainsi pour la journée du 6 avril 2018 avons-nous comptabilisé 7292 pages lues au cours de 237 visites. Les plus gros consommateurs, et de loin, sont venus des USA, puis dans l’ordre décroissant d’Allemagne, des Pays de l’Union Européenne, du Canada et ensuite seulement de la France (3).

NDLR  :
(1) Editions Guy Trédaniel, 2017 ISBN : 978-2-8132-1567-3, 372 pages, 23 euros.


(2) D’où la croyance - car, faute de preuve, c’en est bien une - que la connaissance accessible aux cerveaux humains est sans limite.


(3) Selon Advance Web Statistics 7.1 ( build 1.983 ) le classement par pages lues sur Exmed depuis le début du mois d’avril 2018 est le suivant : USA : 17164, Allemagne : 1841, Communauté Européenne : 917, Canada : 890, France : 314.
Les internautes français ont commencé à être «doublés» sur ce site par les américains puis les allemands en 2014, en même temps que l’audience n’a pas cessé de croître.
La rédaction serait ravie de prendre connaissance d’une quelconque explication de ce phénomène de contagion intellectuelle aussi paradoxale qu’inattendue.


Os Court : 
  « Il fait toujours sombre dans un esprit étroit. »
  Anne Barratin (1913)

Commentaires

Anonyme a dit…
Très intrigant ce bouquin écrit par un spécialiste de premier plan international de la vision artificielle.
Je regarderai sa video L'urgence d'une physique de la conscience quand j'aurai réussi à bloquer deux heures de disponibilité. Pas évident.
Effet Mem a dit…
Une lectrice attentive me fait remarquer que le titre Premier de cordée peut faire référence à un propos récent d'Emmanuel Macron évoquant ceux qui se font un plaisir de balancer des pavés sur la tête de ceux qui tirent les autres vers le haut.
Pas mal vu, certes. Je pensais juste au titre du livre de Frison Roche sorti en 1941 qui me fit rêver gamin.
En regardant de plus près, je vis sur internet que les deux couvertures de bouquins étaient très comparables. Coïncidence ? Demandez donc à Guillemant ce qu'il en pense dans sa tête de physicien.

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