Médecin ou fonctionnaire ? LEM 997

Lettre d'Expression médicale
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LEM n° 997
http://www.exmed.org/archives17/circu997.html
    9 janvier 2017


                           
              
                      Médecin ou fonctionnaire ?
                      François-Marie Michaut

  



  Dans l’intérêt de qui doit travailler la personne qui a choisi  de consacrer sa vie professionnelle à exercer la médecine de soin ? Posez la question autour de vous. La réponse, avec un soupçon de surprise devant votre interrogation naïve, sera unanime. La fonction du médecin, c’est de soigner les malades qui font appel à lui. Tout médecin doit être au service exclusif de ses patients. Point barre.

C’est  ne pas tenir compte de la réalité du lien qui existe obligatoirement dans toute entreprise entre le patron et les personnes qui travaillent pour lui. Le chef, c’est celui qui paie, l’éxécutant. Le subordonné, c’est celui qui est payé. Pas moyen de sortir de ce mécanisme de dépendance, quel que soit  le statut, public ou privé, de l’entreprise. La fonction publique, de façon plus ou moins subtile ou indirecte, n’échappe pas plus que le secteur privé ( il y en a aussi en médecine)  à ce rapport de pouvoir.

La Grande-Bretagne a fait le choix de nationaliser la médecine en créant le National Health Service en 1948.  Quoi qu’on pense de ce système, la situation est sans ambiguité. A la même époque, la France a conservé sa longue tradition de médecine privée  tout en développant depuis 1958 pour des raisons idéologiques sa médecine hospitalière publique. Donc d’un côté une médecine à la fois généraliste et de plus en plus spécialisée exercée par ce qu’il est convenu de nommer des libéraux, et de l’autre une médecine salariée hyper hiérarchisée en charge de tous les hôpitaux, petits et grands tentant de s’occuper de tout. Avec, cerise sur le gateau, merci Robert Debré l’ami du général de Gaulle, le monopole de la formation des jeunes médecins par un corps professoral composé uniquement - ou presque- de praticiens hospitaliers à temps complet. Objectif annoncé : raffler autant de prix Nobel que les américains. Lent mouvement souterrain des services publics et de l’assureur maladie obligatoire unique pour prendre totalement possession de la santé devenue ,au fil des ans et de l’effondrement des doctrines, un enjeu politique majeur. Avec, à terme, dans une option purement technocratique,  la disparition  programmée par asphyxie de toute médecine privée.

  Mais, en vérité, personne ne semble se soucier vraiment en France de ce que désirent les patients, ni de ce que veulent, et ce que peuvent vivre leurs médecins pour exercer au mieux leur travail.
Est-il possible, ou simplement souhaitable, qu’un médecin soit libre de prendre  sous sa seule responsabilité les décisions multiples qu’impose son métier ?
Est-il préférable que tout praticien fasse passer les ordres de sa hiérarchie fortement structurée, standardisée, réglementée, surveillée et organisée avant toute autre considération liée au patient ou à sa propre conscience professionnelle ? Individuel ou collectif, seul ou en équipe ?

En disant les choses d’une autre façon, il devient urgent d’ouvrir un débat public sur une question qui nous touche tous. Le libre-arbitre médical si menacé est-il une valeur fondatrice de toute médecine à encourager. Ou bien le déterminisme implacable des technosciences et de leurs promesses flamboyantes doit-il définitivement décider qu’il n’a plus aucune raison d’être en 2017 ?  Que toute médecine doive être administrée.
   Voilà de quoi faire peur à plus d’un, mais  la réalité d’une dualité devenue intenable pour tout le monde nous met le dos au mur. Il va falloir trancher au bistouri, et sans anesthésie. Plus question de nous cacher derrière de prétendus acquis sociaux indépassables ou des principes intangibles qui ne sont plus que des gueunilles antiques partant en lambeaux. 
Désolé, mais là, on n’est plus dans la philosophie de salon, mais bien dans la pâte humaine la plus élémentaire. La seule dont nous soyons faits pour qui veut bien regarder autour de lui.

NDA : La vie a fait que j’ai exercé en même temps en clientèle libérale et en exercice hospitalier. Assez pour réaliser qu’il s’agit bien de deux façons de vivre le métier de médecin.  Aussi différentes et non miscibles que l’huile et l’eau.



Os Court :

 «  La France est un pays extrêment fertile : on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts. » 

Georges Clémenceau, ancien interne des hôpitaux de Paris

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