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Pour une systémique de l'esprit (LEM 1074)



                      Pour une systémique de l’esprit

                          
                        François-Marie Michaut



   Nos études scolaires n’ont jamais cessé de dresser les jeunes têtes à considérer les exercices d’analyse comme les seuls véritablement objectifs, cousins des méthodes scientifiques. En un mot : bien plus sérieux et respectables que toute élucubration personnelle, par définition fluctuante.
La médecine elle-même, après avoir contourné le vieil interdit religieux médiéval de toute dissection cadavérique, s’est lancée avec passion dans l’anatomie la plus intime du corps humain. Succès fantastique de la méthode anatomo-clinique et de l’observation-déduction popularisée par Sherlock-Holmes créé à la fin du 19 ème siècle par le docteur Conan Doyle s’inspirant d’un de ses professeurs de faculté.
En 1972, le psychiatre américain Grégory Bateson a publié un ouvrage qui eut une grande diffusion mondiale. Son titre : Vers une écologie de l’esprit a ouvert une brèche épistémologique considérable. À mon avis bien plus significative que tout ce que nous célébrons comme l’héritage nébuleux de mai 1968.

  Tout à coup, l’esprit humain n’est plus une entité autonome de tout ce qui se passe autour de lui, entièrement contenu dans la seule boite cranienne, le rachis et les milliards de neurones de chacun de nous. Impossible, pour qui a intégré cette dimension systémique,  que la science démontre universelle et non isolée de tout,, de pouvoir se penser le centre du monde autour duquel tout gravite. Image infantile habituelle. Et tout le monde n’est pas sorti de ce point de vue. La mode de l’écologie l’enfonce chaque jour un peu plus dans les têtes les plus récalcitrantes.

   L’une des difficultés les plus grandes à surmonter est une illusion. Pour savoir quelque chose qu’on ne connait pas encore, un sens obligatoire serait à suivre. Pour simplifier, aller du général au particulier.  Souvenons-nous de chapître introductif rituel : Généralités. S’enfoncer de plus en plus dans les détails avec l’espoir qu’en les ajustant habilement ensemble surgirait une nouvelle connaissance. L’évolution des pratiques médicales vers de plus en plus de spécialités subdivisées en fonction des techniques inventées en est un bon exemple. De ce qui ne marche plus quand on le pousse au delà de ses limites. Il serait inutilement cruel de souligner la pauvreté croissante des vraies découvertes dans les sciences utilisées pour soigner les populations. Chercher sans savoir ce qu’on recherche, ni même pour quelles raisons autres que commerciales, on le recherche, n’a rien de stimulant. Tragique absence d’un système général donnant un sens à ce qui, sans lui, n’en a pas.


  Système général, cela veut dire que des gens en fassent leur préoccupation constante. Non pas des généraux commandant des armées de subordonnés, mais, le français le dit bien : des généralistes. Vous savez comme ces vieux médecins vivant au coeur de leur ville ou de leur campagne que quelques dizaines d’années de rationalité technocratique ont condamné à la disparition. La réalité est sans état d’âme et sans pitié pour les grands planificateurs sur écran informatique. Les effets toxiques du culte des super spécialités s’accumulent, et le public en est de plus en plus informé, criant  facilement  « au scandale sanitaire » et exigeant des « réparations »  .

   Ce que je formule pour clore ce propos n’est pas du tout à la mode du jour. Revenir en arrière est impossible, nos sociétés ne sont plus identiques. Nous avons besoin de gens capables de fonctionner comme des généralistes pour étudier ce que nous avons laissé de côté avec nos spécialistes et nos experts ayant pignon sur rue. Comment marche notre système qui fait que les choses sont ef évoluent comme elles le font ? Autrement dit, et faute d’autre mot plus neutre, quel esprit - peu importe sa nature ontologique- peut être atteignable par notre intelligence humaine ? Généralistes dans l’âme, si vous existez encore, oubliez les dominations qui vous ont été imposées. Et osez penser par vous-mêmes et faire connaître vos trouvailles, même si cela ne vous rapporte pas un euro.



Os Court : 

« Croire à la médecine serait la suprême folie si n’y pas croire n’en était pas une plus grande encore. »
  Marcel Proust ( fils de professeur de médecine)

 LEM n° 1074

  http://www.exmed.org/archives18/circu1074.html
        2 juillet 2018

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