jeudi 31 mai 2018

Vent irlandais (Exmed)

Vent irlandais

   Surprise la vénérable et  viscéralement catholique Irlande indépendante a voté massivement pour que les femmes puissent légalement mettre fin à une grossesse non souhaitée. A chacun de se faire sa propre idée sur ce qui a pu rendre possible ce bouleversement imprévu des mentalités, mais cet évènement s’est produit.

   Les cousins britanniques de l’Irlande du Nord, confrontés à une législation très restrictive, ne cachent pas qu’ils voudraient bien disposer de la même liberté pour eux-mêmes. Source : Courrier International du 30 mai 2018.


François-Marie Michaut,

CO d’Exmed  1-3 juin 2018

mardi 29 mai 2018

La clope et les clopinettes (Exmed)

La clope et les clopinettes


    
L’image symbolique du fumeur de cigarettes a explosé depuis le premier conflit mondial. Le cinéma en a été un puissant catalyseur. Selon Santé publique France, autrement dit le Ministère de la santé, la consommation de tabac en France diminue de façon considérable. De là à pousser un cri de victoire sur le succès des actions de prévention des pouvoirs publics, il n’y a qu’un pas. Immédiatement franchi, bardée de chiffres à l’appui.

   Et si le tabagisme - comme le furent naguère l’usage de la chique ou de la prise du tabac,  était en train de passer de mode, les fumeurs donnant une image de marque de moins en moins valorisante pour les plus jeunes ? Par quoi est remplacée la béquille calmante et stimulante de l’herbe à Nicot ? Autrement dit, le bonheur général pour tous n’étant pas d’actualité, quelle mode remplace discrètement, mais pas forcément sans risque pour chacun, notre brave vieille drogue nationale dont l’Etat a conservé si longtemps, avec celui des allumettes, le monopole total ?


    La réalité a une force et une détermination à côté de laquelle celle des réformateurs de bureau n’est que... des clopinettes. Se vanter de diriger les comportements n’est qu’un dérisoire écran de fumée !


François-Marie Michaut,

CO d’Exmed 30-31 mai 2018

dimanche 27 mai 2018

REGRETTITUDES ? LEM 1069


                            REGRETTITUDES ? 
                             Jacques Grieu




Regrets ou bien remords ? Vaine interrogation ?
Plus souvent qu’on ne croit, on pose la question.
On peut fort bien avoir des regrets sans remords ;
L’inverse n’est pas vrai, ceux qui le disent ont tort.

D’avoir manqué tel film, je le regretterai
Mais c’est sans un remord que je m’en passerai.
J’ai regret d’annoncer le décès d’un ami :
Mais que font les remords dans cette phrase-ci ?

Mieux valent les remords d’avoir grugé untel,
Que des regrets tardifs de l’avoir mis en selle.
Ce n’est pas sans regrets que nous perdons nos vices,
Que ce soit volontaire ou imposé d’office.

La vie est parsemée de pourquoi et comment :
Ce sont bien les seconds les plus intéressants !
Sans regrets on renonce à trouver les premiers,
Et c’est sans un remord qu’on vise les derniers.

Le bienfait consenti un peu étourdiment,
Est souvent regrettable au bout de quelque temps.
Alors que le méfait commis bien posément,
Ne fait aucun remord à son bon artisan.

Vieillir, c’est régresser un peu sur tous les plans
Sauf celui des regrets qui vogue, au fil des ans.
On passe tant de temps à regretter nos faits,
Qu’on n’en a plus assez pour regrets de projets…

Qu’est-ce qu’un souvenir, si ce n’est un bouquet
Plein de fleurs qu’on arrose aux larmes des regrets ?
Pour certains, il s’agit de grands regrets sereins ;
Pour d’autres c’est d’aigreurs, de tourments, de chagrins.

Quand est-on vraiment vieux ? Comment le vérifier ?
C’est quand, au lieu des rêves, on n’a plus que regrets ?
De la vie qu’on a eue, en a-t-on des remords ?
Le regret de la vie : est-ce cela, la mort ?


         




Os Court : 
 
«  Toutes les doctrines d’action et de combat, avec leur appareil et leurs schémas, ne furent inventées que pour donner aux hommes bonne conscience, en leur permettant de se haïr... noblement, sans gêne ni remords.  »
  Emil Cioran


Lettre d'Expression médicale


LEM n° 1069  
http://www.exmed.org/archives18/circu1069.html
        27 mai 2018

Rétrospection (Exmed)

Rétrospection 


   Les archives écrites, c’est bien. Les mémoires numériques, c’est devenu un outil indispensable. Remèdes imparables contre l’oubli. Mais que faisons-nous, nous les humains avec notre capacité stupéfiante de remodeler ce qui nous est arrivé ? La médecine ne prend guère en compte que les déficits aigus ou chroniques des affections touchant le système neuro-encéphalique. Les amnésies.
Les scientifiques demeurent muets sur notre façon de regarder vers notre passé.  La poésie de Jacques Grieu ne craint pas de monter au créneau avec la LEM 1069 : REGRETTITUDES ? pour stimuler et alimenter nos esprits.


François-Marie Michaut,

CO d’Exmed 27-28 mai  2018

mercredi 23 mai 2018

Chiffer sans oublier de déchiffrer (Exmed)

 Chiffrer sans oublier de déchiffrer



   Rien de plus dépourvu de toute dimension émotionnelle qu’un chiffre. Rêve rationnel jamais abouti de mettre dans le bain numérique tout ce que nous voudrions rigoureux ou même scientifique. Thomas Mesnier, médecin et député, affirme dans un rapport public que 43% des personnes s’adressant aux services hospitaliers d’urgence peuvent tout à fait être soignés par les médecins généralistes. La précision du chiffre peut impressionner les foules. Qui est capable de faire un tel calcul ? La médecine générale ne fait l’objet d’aucun enseignement pour nos confrères hospitaliers. Sur quels critères peuvent-ils alors décider de la pertinence du recours à un métier qu’ils ne connaissent pas ?


   Inversement, peut-on avoir une idée des effets pervers, le nocebo n’est pas un mirage, sur les malades de passer sans nécessité entre les mains des urgentistes ?


    Cessons de nous saouler de chiffrages, d’échelles de graduation des symptômes comme des fins en soi. Notre boulot de soignant, toutes disciplines mélangées, demeure toujours de déchiffrer ce qui se cache derrière tous les symptômes de dysfonctionnement.

François-Marie Michaut,
CO d’Exmed 24-25 mai  2018

mardi 22 mai 2018

Cernons nos incertitudes (LEM 1068)


                           Cernons nos incertitudes 
                          


                                                  François-Marie Michaut
    
     N’importe quel médecin, sauf pathologie mentale majeure, vit sa vie de soignant avec la peur constante de passer à côté d’une maladie grave faute de l’avoir diagnostiquée à temps. En médecine, rien - ni le pire, ni le meilleur - n’est jamais certain. De quoi choquer les adeptes du risque zéro et les zélateurs myopes du principe de précaution. Il est possible que cette réalité demeure peu connue de la foule des patients consommateurs. Et que le poids hors norme de cette inévitable incertitude de ce que Dame Réalité nous réserve ne soit jamais pris en compte par ceux dont la fonction, la jalousie, l’intérêt ou le plaisir est de bouffer du médecin comme jadis on bouffait du curé.
    Pas facile à porter, cette incertitude. Donner l’apparence que l’on est sûr de soi est le stratagème habituel des jeunes médecins, espérant ainsi ne pas porter atteinte à la confiance de leurs patients. Illusion, bien entendu. Toute tromperie devient un jour ou l’autre une évidence, dont la seule victime est... le trompeur. Il faut des années et des années de pratique et d’expérience pour pouvoir dire sans blesser l’autre qu’on ne sait pas.

     Il faut aller plus loin encore dans le domaine si bien dissimulé de nos incertitudes. C’est chacune de nos croyances, c’est tout ce qui a le statut de vérité bien établie, d’opinions communément admises à une époque et dans un lieu déterminés qui doivent passer à la moulinette de l’esprit critique. Aucun domaine de la pensée humaine ne doit y échapper. Pas plus celui des sciences, des plus établies aux plus douteuses que celui de chacune de nos religions.
Les intégrismes, peu importe le dogme qu’ils défendent, cherchent tous à nous imposer, y compris par la violence la plus extrême, leur propre certitude. Leur monde intérieur ne peut être que de pure certitude. Les tentatives de «déradicalisation» dont on nous parle sont elles en capacité de faire comprendre que toute certitude est un mirage (1) et pas un miracle ?
Une certaine façon de parler de la médecine n’est finalement pas très éloignée de la dénégation de toute incertitude. Les slogans qui se veulent préventifs, comme les cinq fruits et légumes à manger chaque jour, les boissons fermentées à consommer avec modération ou l’eau à ingurgiter à longueur de journée, tout cela nous maintient dans un univers illusoire d’une certitude rassurante. Pour un oeil médical, toute forme de vie est un permanent cheminement dans un environnement mouvant où ne peut exister aucune certitude. Sinon celle de l’apoptose finale de toutes les cellules, autre façon de parler de cette mort dont le nom même nous fait trembler. Une seule certitude, et, soyons francs, elle nous pourrit la vie.
   Se réfugier derrière des certitudes en ne mettant pas en doute leur véracité, c’est bien ce  que notre espèce a mis tant de temps et tant d’énergie à mettre en place. Et à tenter de maintenir au prix de souffrances inouïes sans jamais y parvenir. Malgré les résistances redoutables de tous les fondamentalismes désormais condamnés à disparaitre, un tout autre horizon est devenu pensable et possible en 2018.

Note :
(1) Siri Hustvedt, Les mirages de la certitude, Actes Sud, 2018.






Os Court : 
  « La seule certitude, c’est que rien n’est certain. »
 Pline l’Ancien (23-79)


  Lettre d'Expression médicale

LEM n° 1068

http://www.exmed.org/archives18/circu1068.html
        20 mai 2018

Plus que l’ombre d’un doute (Exmed)

Plus que l’ombre d’un doute


 Notre camarade Descartes a bien tenté de nous faire rentrer dans la tête l'importance de la notion de doute dans le fonctionnement de notre pensée. Avec un succès, soyons optimistes, partiel. C'est le temps des certitudes qui est sur la sellette de la LEM 1068 : Cernons nos incertitudes. Bonne lecture, critique comme il se doit.

François-Marie Michaut,

CO d’Exmed 22-23 mai  2018

vendredi 18 mai 2018

De la justice dans l'air (Exmed)

De la justice dans l’air



C’est devant la Cour de justice de l’Union européenne que doit comparaitre la France pour ne pas avoir respecté les normes de 2008 sur la qualité de l’air ( source : LE MONDE du 17 mai 2018). Les commentateurs adorent qualifier le moindre bobo de «problème de santé publique». Là il s’agirait de la mort de 500 000 personnes en Europe, dont 48 000 pour la France. Pour mémoire, les accidents de la route ont couté la vie en 2017 dans notre pays à 3 693 personnes ( Observatoire interministériel de la sécurité routière ).


   Autant qu’on sache ce qui pourra bien se révéler dans quelques années, notamment avec les effets chroniques des nanoparticules inhalées dont on ignore presque tout.


  «Ah laissez-moi respirer...» chantait la Castafiora des albums de Tintin. Si pouvoir public veut encore dire quelque chose, il est urgent de le prouver avant que nous soyons tous asphyxiés.

François-Marie Michaut,


CO d’Exmed 18-20 mai  2018

mardi 15 mai 2018

Former à l’émotion (Exmed)

 Former à l’émotion



   Réponse pavlovienne du ministère à une lamentable affaire de  refus de prendre en compte une demande vitale d’assistance médicale : il faut mieux former les agents hospitaliers chargés de recevoir les appels téléphoniques d’urgence. Mettre en place des techniques plus fines d’analyse et des contrôles plus pertinents, personne ne peut s’y opposer. Seul hic, c’est insuffisant.

   La dimension émotionnelle de toute relation humaine est un élément majeur. Elle est intraduisible en chiffres, en courbes ou en règles de conduite à tenir. Elle n’est mesurable par aucun appareil, et ,faute d’algorithme possible, elle ne peut être produite par aucune machine. Elle n’a rien à voir avec la seule logique. Sans émotion, a-t-on le droit de parler d’intelligence ? Peut-on même évoquer la conscience ou la compétence ? Quelle boite de Pandore avons-nous ouvert en enlevant aux médecins généralistes la responsabilité de gérer les urgences de leurs patients dans leur secteur géographique ?


François-Marie Michaut,

CO d’Exmed 16-17 mai  2018

dimanche 13 mai 2018

Autotoxicité, dessin (LEM 1067)


                               Autotoxicité
                              

                                               Cécile Bour
      
 



Os Court
:
  «   Les remèdes sont eux-mêmes de véritables maux qui usent la nature, et dont il ne faut se servir que dans les pressants besoins.»
 Fénelon (1651-1715)

Lettre d'Expression médicale


LEM n° 1067 sur Exmed
  http://www.exmed.org/archives18/circu1067.html
     
   14 mai 2018

Savoir ne pas savoir (Exmed)

Savoir ne pas savoir



   Les messages publicitaires télévisés à flux continu pour nous inciter à consommer de multiples médicaments n’y sont certainement pas pour rien. Un simple médicament contre la douleur ou la fièvre n’est jamais anodin pour tout le monde. Les professionnels le savent. Le grand public peu fort bien ne pas le savoir ni même en soupçonner le risque.
Illustration en image, et avec le secours de Fénelon, avec la LEM 1067 de Cécile Bour Autotoxicité. Bonne lecture à chacun.


 François-Marie Michaut, CO d’Exmed 14-15 mai  2018

mercredi 9 mai 2018

Société dysmédicalisée ? (Exmed)

 Société dysmédicalisée ?



     La presse vient de nous en informer. La France n’a jamais compté autant de médecins que maintenant. Coup de canif au spectre pas rassurant du tout des déserts médicaux ? Point du tout, car la population des généralistes, de plus en plus âgés, est en voie de disparition rapide, au bénéfice d’une foule de spécialistes cherchant à devenir salariés. En laissant agir sans réfléchir la seule loi de l’offre et de la demande dans l’hôpital public disposant du monopole de la formation des médecins en France, on est arrivé à cette intenable situation. Le débat doit être ouvert sans plus de détour  que celui sur les chemins de fer ou les avions de ligne. Faut-il faire disparaitre parce que devenue dépassée, donc inutile, la profession de médecin généraliste ? Un bon petit referendum populaire pour sortir de «l’entre soi»  en guise de conclusion, chiche ?

 François-Marie Michaut, CO d’Exmed 9-13 mai  2018

lundi 7 mai 2018

AGITATION (LEM 1066)


                         AGITATION 
                      
                         Jacques Grieu

    


S’agiter sans raison est-il un mal Français ?
Courir et  s’affairer n’apportent pas la paix !
L’agitatio latin nous a donné le mot
Qui, comme un étendard, proclame bien nos maux.

On confond trop souvent ce qu’est l’agitation
Avec ce que serait la véritable action.
Si pour les pharmaciens la solution s’agite,
Pour les politiciens l’agitation l’effrite.

Pourtant, beaucoup de faits, de choses et de données,
Avant de s’en servir, doivent être agitées.
C’est vrai pour les sodas et les grandes idées,
La soupe, les maracas, les potions et les dés.

Le peuple aussi, nous dit le subtil Talleyrand
Qui des agitateurs ne fut pas un fervent !
L’agitation précède un mouvement de rue :
Souvent devant les bœufs on y mit la charrue !

Agiter bras et jambe assure la santé.
Agiter nos neurones aide à la conserver.
C’est sept fois dans sa bouche où la langue s’agite.
Si c’est quatorze fois on risque des redites…

C’est l’erreur qui agite et le vrai nous repose,
Assurent les tenants des trop faciles pauses.
C’est le pin le plus haut qu’agitera le vent :
Quand on veut émerger, il faut rester prudent.

La vie est un grand choix d’options plus ou moins sages,
Qu’il faut bien agiter avant d’en faire usage.
Jamais  l’eau n’est limpide en restant trop dormante ;
Il faut bien l’agiter pour qu’elle se décante !

Où est la poésie ? se demandent certains,
Las de voir que l’argent est sur tous les terrains.
Pourtant, elle est dans tout et partout peut surgir :
Il suffit d’agiter pour la faire sortir…

  
Os Court : 
  « Le poète se souvient de l’avenir. »
 Jean Cocteau


LEM n° 1066
  http://www.exmed.org/archives18/circu1066.html
        7 mai 2018

Centifugeuse (Exmed)


Centrifugeuse LEM 1066



   Il est des moments où le monde qui nous entoure semble soumis à des convulsions incessantes. Et nous avec. Le risque de nous faire phagocyter par le tourbillon des actualités est fort. Remède ?
    Il ne date pas d’hier, mais fonctionne toujours aussi bien, Il porte un nom : la poésie. Voici la LEM 1066 de Jacques Grieu : AGITATION. Salvatrice lecture.

7-8 mai 2018

vendredi 4 mai 2018

Défense de... respirer
 (Exmed)

   C’est le conseil surréaliste qu’il faudrait donner aux lecteurs du rapport de l’OMS sur la pollution de l’air. Source : Le Monde du 2 mai 2018.

    Juste 7 millions de mort par an : la population de la Serbie rayée de la carte du monde. Faute d’un comburant de qualité pour neuf terriens sur dix,  vers quel avenir courrons-nous, juste pour que nos vitales combustions se réalisent ?

  Ce sont les pays les plus riches, Suède largement en tête, qui peuvent s’offrir l’air le moins malsain. Et, sans surprise, la Chine et l’Inde, suivis par l’Afrique sont les plus touchés.

  Une médecine planétaire de l’air va-t-elle s’imposer ?

 François-Marie Michaut,

CO d’Exmed 4-6 mai  2018

mardi 1 mai 2018

Ce que n'est pas l'intelligence artificielle (LEM 1065)




                   Ce que n’est pas l’Intelligence Artificielle 
                          


                                          François-Marie Michaut

    
    Hallucinant spectacle que celui du jeune patron de Facebook, avec son allure d’extra terrestre de cinéma,  s’expliquant devant le Congrès américain à propos des détournements de données confidentielles des utilisateurs de son emblématique réseau social. Plates excuses et reconnaissance qu’il y a des failles dans la sécurité mais que nous ne savons pas encore comment y remédier. Qui saura alors ? Marc Zuckerberg affirme que ce sera l’intelligence artificielle qui le fera, cette IA dont tout le monde parle sans trop savoir ce que c’est.
    Pour ceux qui ont peu de temps disponible, je suggère un survol journalistique de ce qu’un professeur de médecine parisien (gynécologie), qualifié d’expert, peut en dire.
  http://www.jim.fr/medecin/videos/e-docs/la_medecine_en_bonne_intelligence_artificielle__170680/document_jim_tube.phtml
Il faut bien reconnaitre que cet exposé, au demeurant intéressant, se heurte à un mur. L’IA est présentée comme un système capable de contenir et de manipuler ce que les meilleurs experts d’un domaine médical connaissent. Il n’y a là aucune fabrication possible de nouveaux savoirs. Si quelqu’un vous disait qu’en mélangeant à l’aveugle des acides nucléIques, il pouvait créer de nouvelles formes de vie, vous lui ririez au nez. Le fait, déjà ancien,  que les machines soient capables de percevoir des informations inaccessibles aux sens de notre corps humain ne change rien à l’affaire.
   L’intelligence est-elle l’accumulation de connaissances de plus en plus précises ? Depuis les encyclopédistes des siècles derniers, on sait bien que non.  Est-elle l’habileté à trouver des utilisations encore inédites de ces données ? On sent bien que ce genre de travail ne peut se faire que s’il y a derrière une volonté, une direction. Trouver des armes pour occire ses ennemis ou nourrir les populations affamées, peu importe. Il y a toujours une conscience pour que soit une intelligence. Cette capacité de faire un lien entre les choses.
   Le plus troublant, que le lecteur me pardonne cette redite insistante, c’est que la physique de l’information la plus actuelle, malmenant  pour de solides raisons théoriques notre classique vision de l’espace-temps et de la matière, est contrainte à faire de la conscience une énergie incontournable (1).
    Alors, que l’on nous explique par quel miracle technoscientifique une machine numérique, juste avec ses petits zéro et ses modestes un, peut à un moment donné se trouver dotée de conscience ?


    Et là, coup de massue de l’auteur - lui-même, par ailleurs spécialiste international des robots visuels -  sur nos confortables systèmes de penser la réalité :

«... en fabriquant des systèmes hyperintelligents nous allons comprendre que la vraie intelligence de l’homme n’est pas dans son cerveau matériel». Précision supplémentaire précieuse pour les soignants :
« Les neuroscientifiques( ...) pensent actuellement que l’intelligence de l’homme est dans son cerveau, car celui-ci renferme des myriades d’interconnections. Or ces interconnexions ne nous servent pas à penser mais à capter toutes les données de notre environnement, à identifier des objets pertinents et à construire une représentation qu’il ne faut pas confondre  avec la conscience, ce qui reviendrait à confondre l’image et l’observateur, le contenant et le contenu, etc.»  (fin de citation)(2)

    On le voit, les arrogants chantres du transhumanisme n’ont pas en main, loin s’en faut, tous les atouts pour déterminer l’avenir de notre humanité bouillonnante.
C’est au public des non spécialistes d’ouvrir les yeux pour que nous ne subissions pas passivement leur course folle vers on ne sait quoi. Lourde responsabilité collective, certes, mais à laquelle il est devenu impossible de se soustraire individuellement sans devenir complice.

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Notes :
(1) Guillemant Philippe, Morisson Jocelin, La physique de la conscience,  Trédaniel, 2016, 326 p. ISBN : 978-2-9132-0841-5

(2) opus cité p.232

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Os Court : 
  « Il n’est d’intelligence que créatrice. »

 Amélie Nothomb


 LEM n° 1065, sur le site Exmed à 
http://www.exmed.org/archives18/circu1065.html

        2 mai 2018


PRÉCIPITATION (LEM 1098)

                                           La vitesse est un don des nouvelles techniques ; Chaque jour, en extase, on en fait des cantiq...