De l'eau plein la tête LEM 976

Lettre d'Expression médicale
LEM n° 976
  http://www.exmed.org/archives16/circu976.html
16 août 2016

                            

                      De l’eau plein la tête
                     
                             Docteur François-Marie Michaut


 Depuis bien longtemps, l’une des missions majeures de la médecine a été de répertorier et de faire connaitre les histoires cliniques les moins banales qu’elle peut observer (1). C’est même, bien humainement, un moyen d’assurer la gloire de son patronyme. Alloys Alzeimer, célébré par Jacques Grieu, personne n’oublie ton nom sans savoir quelle personne tu étais. En 2007, le mondialement révéré journal médical Lancet, a publié un cas, qui aurait dû, en toute logique, faire l’effet d’une bombe dans toutes les sciences de la vie.
De quoi s’agit-il ?
Un homme de 44 ans, nous dit Lise Loumé, dans Sciences et Avenir, vit avec une masse de matière cérébrale inférieure de 90% à la moyenne.
Ce Français est atteint d’une affection (l’hydrocéphalie) qui se caractérise par un excès de liquide céphalorachidien comprimant mécaniquement les tissus cérébraux contre la boite cranienne osseuse inextensible. Toutes les parties «nobles» de l’encéphale, comme en témoigne sans discussion possible l’imagerie médicale, sont donc sévèrement touchées.
En toute logique neurologique, il est impossible de vivre avec une atteinte aussi sévère. Or, notre homme a une vie parfaitement autonome, a une famille avec des enfants et mène presque normalement une activité de fonctionnaire. Certes, il y a des troubles fonctionnels, mais incompréhensiblement mineurs pour son état anatomique.
Ce cas a fait l’objet d’une communication du psychologue Axel  Cleermans ( Bruxelles) au congrès de l’Association for the Scientific Study for Consciousness en Argentine ( juin 2016). La conclusion est qu’il s’agirait d’une simple cas d’adaptation progressive. Voilà qui n’est guère convainquant. Cette adaptation, par quel miracle pourrait-elle se faire dans un organe où, c’est admis par le plus grand nombre depuis longtemps, c’est l’anatomie qui détermine la physiologie? On parle, pour les étudiants, de neuro-anatomie fonctionnelle. Plus d’anatomie, plus de physiologie. C’est l’impasse absolue.
À moins de mettre en question ce qui n’est qu’un dogme des neurosciences : la conscience est un produit de sécrétion de l’encéphale. Je dis dogme, car, comme dans une religion, il est demandé à tous de croire à cette vision de la réalité sans pouvoir la prouver. Personne ne peut dire quelle est la localisation -présumée intracranienne- de cette curieuse conscience, ni comment elle fonctionne normalement.
Des esprits scientifiques sérieux comme le physicien quantique David Bohm ou le biochimiste de formation britannique Rupert Scheldrake  nous suggèrent une piste à explorer sans a priori. Celle de comprendre la conscience qui nous permet d’agir comme une dimension immatérielle ( donc extérieure à notre corps) du monde qui nous entoure. Bohm parle d’ordre impliqué, Sheldrake de champs morphiques. L’école francophone actuelle de physique va plus loin encore. Alors que les notions de matière et d’espace-temps deviennent de plus en plus illusoires, la physique fondamentale nous dit qu’il existe d’autres énergies dont nous n’avons pas encore pris la mesure dans la réalité. Ils les nomment d’une part l’information, et d’autre part la conscience.
Volte-face de la pensée pour le moins surprenante, tant elle semble peu s’accorder avec ce que nous croyons percevoir. Il me semble, moi qui n’ai aucune prétention d’expertise dans un sujet aussi pointu, qu’une image peut permettre de se faire une idée de ce que pourrait être cette conscience qui n’est pas un produit de notre cerveau, ni une idée religieuse, ni un concept philosophique invérifiable. C’est celle de ces fameux clouds (nuages pour nous) purement virtuels sur lesquels nos petits ordinateurs personnels peuvent venir sans encombrer leur mémoire interne entreposer, puis venir rechercher toutes les informations, images ou musiques que nous leur confions.

Tout ceci ne doit être considéré que comme une ébauche sur ce que peut être la conscience. Si elle ne peut présenter aucun intérêt pour quiconque, jettez-la sans ménagement ! Si elle doit être amendée, contredite ou affinée, comme n’importe quelle production de l’esprit - j’allais écrire de la conscience- que personne ne s’en prive. La connaissance humaine, dans quelque domaine que ce soit, n’a jamais cheminé autrement. Et, Dieu merci, personne n’a encore été assez fou, jusqu’à ce jour, pour en décréter la propriété exclusive, marchande et insaisissable. Profitons-en sans vergogne, chers lecteurs.

Note :


NDA : Avec parfois de bien étranges trouvailles. Comme celle de la combustion spontanée. Des vieux imbibés d’alcool qui s’enflammeraient sans cause extérieure patente, comme a pu le décrire Zola ( Le docteur Pascal) ou Jules Verne ( Un capitaine de quinze ans) en 1878.




 Os Court :

 «   Rien ne dompte la conscience de l’homme, car la conscience de l’homme c’est la pensée de Dieu. »

        Victor Hugo

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