Placebo, faille béante
 LEM 964

Lettre d'Expression médicale
LEM n° 964

23 mai 2016

                             Placebo, faille béante
                     

                                           Docteur François-Marie Michaut
  

  
    On en parle souvent de cet effet placebo. Sans toujours savoir de quoi il s’agit. Le mot placebo est emprunté au latin. Il veut dire : je plairai. Voilà qui flaire un univers de séduction, pour ne pas parler de manipulation. Les premiers usages connus dans le traitement des maladies semblent dater de 1935 (1). Un certain Elsha Perkins, médecin américain, bénéficie d’une certaine notoriété, et pas mal de moqueries, avec ses « tracteurs de Perkins». Baguettes d’un alliage  métallique breveté présentées comme thérapeutiques quand on les promène sur la peau. Comment ne pas penser au baquet magnétique de Messmer ? Nous voici donc dans un univers qui, dans notre optique médicale classique, manque de clarté et de rigueur. En un mot, les frontières du rationnel sont franchies. Les tenants du cartésianisme à tout crin marquent le stop.

    Pour compliquer encore un peu les choses, l’usage est fort répandu en milieu hospitalier de nommer les faux médicaments pour une affection donnée comme des placebos. Par exemple un comprimé d’antidouleur pour induire le sommeil. Quelle que soit l’efficacité de la prescription et le bénéfice (fréquent) qu’en tirent les patients, il s’agit alors d’une tromperie de la part du soignant. Suggestion, abus de confiance, façon de se débarrasser discrètement de malades supposés «imaginaires» ? Quant à l’illusion de transparence que donnerait le fait d’avertir le sujet qu’on lui délivre un placebo, elle est franchement humiliante pour le « soigné » .

L’effet placebo est une notion des plus sérieuses de la pharmacologie moderne. Des substances dénuées d’effet thérapeutique connu dans des symptômes diagnostiqués avec rigueur se montrent, dans un certain nombre de cas, aussi efficaces que les remèdes reconnus pharmacologiquement actifs. Il en est de même de l’utilisation de toutes les techniques médicales et chirurgicale. On a longtemps pratiqué la  ligature des artères mammaires internes pour soigner les coronarites.
De telles observations, purement cliniques, sont bien loin d’être marginales. Dans des affections liées à des atteintes d’organe ou de système ( hypertensions artérielle, angine de poitrine, diabète, cancers ) comme dans des troubles plus subjectifs ( douleurs, anxiété, gènes fonctionnelles, dépression...) l’effet placebo existe. Il est même si important que bien des molécules actives ont le plus grand mal, dans les expérimentations, à prouver que leur effet est supérieur au produit neutre. D’où la règle, bien connue des médecins, des expérimentations en double aveugle : ni le malade ni le médecin ne savent ce qu’ils prennent ou ce qu’ils prescrivent. Pour mémoire, la méthode du simple aveugle indique que soit le patient, soit le médecin n’est pas informé qu’il s’agit ou non d’un placebo.

    Il est facile de comprendre combien l’effet placebo, par son existence même, contrarie les intérêts dominateurs de la puissante et mondiale industrie pharmaceutique, et chimique  toute entière. Comme ce sont ces énormes puissances financières qui ont la main mise de fait sur la recherche médicale, et à travers elle, sur la presse scientifique, l’effet placebo demeure un sujet peu et mal étudié.

Sans vouloir désobliger quiconque, l’indigence des mécanismes, genre suggestion ou conditionnement, expliquant comment et pourquoi ce phénomène contraire aux lois fondant notre connaissance brave nos capacités de compréhension. Le constat doit être fait sans complaisance : avec les outils intellectuels dont nous disposons, en 2016, nous ne comprenons strictement rien à l’effet placebo. Le placebo est un effet bien observé, nous ne savons rien de sa cause. Là se situe cette faille béante annoncée en titre. De quelle nature est l’énergie qui actionne ce processus, d’où vient-elle, les facteurs qui l’augmentent, la diminue ou la transforme en son contraire : l’effet nocebo. Un simple exemple : l’effet blouse blanche. La pression artérielle augmente régulièrement quand elle est mesurée par le médecin par rapport à son niveau dans les auto mesures devenues d’usage courant.



   Pouvons-nous nous arrêter sur ce qui, pour le dire sans prendre de gants, ressemble à un constat d’échec cuisant de la pensée médicale ? 
Bien entendu, non.
La médecine n’a progressé, au fil des temps, que parce qu’elle s’est heurtée à des murs qui semblaient infranchissables. Des générations entières se sont consacrées à les franchir.
Je ne peux pas envisager une seconde que nous soyons devenus moins curieux et audacieux qu’eux.

  

Cette lettre, écrite par quelqu’un que les années ont dépouillé de toute ambition professionnelle, n’est qu’un message d’appel. Appel à ceux que la question intéresserait, à ceux qui auraient, ou ont déjà, des clefs pour que cette béance se transforme en voie royale afin que naisse une pensée médicale enfin délivrée de l’esclavage de fait de l’industrie chimique et de ses acolytes. Si vous le voulez bien, cela dépend de votre seul choix, nous  pouvons avoir l’occasion d’en reparler ici. Le fait de n’avoir aucun lien de dépendance par rapport à un pouvoir quelconque rend cela possible.



                  



   Notes de l'auteur :                             
(1) Wiki , article Placebo

(2) J.L. Vanherweghem,  De l’usage du placebo dans l’art de guérir

 

 Os Court :
 « Cause et effet sont des termes relatifs. »

      

Condillac ( Étienne Bonnot de, 1714-1780)

            



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