La tentation des officiers de santé LEM 912

Lettre d'Expression médicale du site Exmed
LEM n° 912 http://www.exmed.org/archives15/circu912.html
    
25 mai 2015

              

                                                            

                             



                             La tentation des officiers de santé              


                                                Docteur Jean-François Huet




 L'attitude actuelle des pouvoirs publics , vis à vis des médecins perpétue une « tradition » d'agression mutuelle systématique vieille de plusieurs siècles.
A cet égard la récente loi, dite de modernisation du système de santé, n'est qu'une reprise des vieilles lunes étatiques, dont les origines remontent au moins à 200 ans.

À huit reprises un médecin a été à la tête du ministère de la santé depuis 1984 sans qu'il y ait eu la moindre pose dans cet antagonisme entre Etat et médecins, qui plonge ses origines dans la psychologie voire dans la psychanalyse. 

Comme le précise Didier Tabuteau, dans un article datant de plus de 15 ans,  et qu'on pourrait ré écrire aujourd'hui comme on aurait pu le faire il y a 200 ans :
« Le système de santé français a été prisonnier d’une histoire qui s’est construite pendant deux siècles sur une succession de malentendus et de rendez-vous manqués. Il s’est organisé à partir de « citadelles assiégées », multipliant tranchées, champs de mines et glacis autour d’elles. Professions de santé contre pouvoirs publics, municipalités contre pouvoir central, État contre assurance maladie, hôpital contre médecine de ville, secteur public contre secteur privé, professions médicales contre professions paramédicales, les oppositions n’ont cessé de se multiplier, d’absorber les énergies et d’embourber le système. »

   Le financement public des dépenses de santé, absurde, obsolète et inopérant ,submergé depuis plusieurs décennies par l'augmentation de l'offre et de la demande médicales, aggrave les tensions et motive toutes les dérives autoritaires, au point que le problème de l'organisation sereine d'un système de santé efficient « solvabilisé » de façon durable apparaît impossible dans une situation qui semble définitivement bloquée par des concepts sociaux-économiques d'un autre âge. 

   Il convient d'observer que l'objectif initial de la Sécurité Sociale de 1945 était d'organiser la mise en place de revenus de substitution permettant le financement des soins et non la mission d’organiser le système de santé.
En cette matière le système de sécurité sociale n'a fait qu'exploiter et renforcer des antagonismes existant de longue date entre les pouvoirs publics et les médecins. Au nom d'une solidarité qui n'est que l' alibi de plus en plus évident d'une prétention de domination administrative de plus en plus rejetée par le corps médical.
   On ne sortira d'aucun problème particulier sans une mise à plat de l'assurance maladie,la fin de la notion d'assujettissement social et la mise en place d'un système concurrentiel et constamment solvable.

   Il est grand temps que les médecins définissent eux-mêmes, et avec force, l'origine des problèmes liés à leur assujettissement et à celui de leurs patients.
Il est possible, voire probable, qu'ils doivent trouver d'autres formes d'organisation de leur activité. Mais , pour pouvoir le faire, ils doivent exprimer clairement leur rejet de l'étatisation de la santé et de la loi dite de modernisation du système de santé. Celle-ci est, en fait, d'une obsolescence navrante au regard de l'histoire.

   Il est grand temps pour les pouvoirs publics de sortir de la problématique des dirigeants « thaumaturges » et de laisser la médecine aux médecins.
Comme il est grand temps pour l'État de cesser de prétendre au rôle d'assureur maladie unique, en dehors des indispensables mécanismes strictement solidaires pour les plus démunis .

   Même si cela apparaît à nos technocrates du jour, comme à ceux d'hier, comme la pire des solutions, c'est la seule qui soit réellement raisonnable.
Sinon? la « guerre des officiers de santé », vieille de plusieurs siècles, continuera et elle ne fera à terme que des perdants.





  
Os Court :

« Je peux résister à tout, sauf à la tentation. » 
 
Oscar Wilde

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