mardi 26 mai 2015

La tentation des officiers de santé LEM 912

Lettre d'Expression médicale du site Exmed
LEM n° 912 http://www.exmed.org/archives15/circu912.html
    
25 mai 2015

              

                                                            

                             



                             La tentation des officiers de santé              


                                                Docteur Jean-François Huet




 L'attitude actuelle des pouvoirs publics , vis à vis des médecins perpétue une « tradition » d'agression mutuelle systématique vieille de plusieurs siècles.
A cet égard la récente loi, dite de modernisation du système de santé, n'est qu'une reprise des vieilles lunes étatiques, dont les origines remontent au moins à 200 ans.

À huit reprises un médecin a été à la tête du ministère de la santé depuis 1984 sans qu'il y ait eu la moindre pose dans cet antagonisme entre Etat et médecins, qui plonge ses origines dans la psychologie voire dans la psychanalyse. 

Comme le précise Didier Tabuteau, dans un article datant de plus de 15 ans,  et qu'on pourrait ré écrire aujourd'hui comme on aurait pu le faire il y a 200 ans :
« Le système de santé français a été prisonnier d’une histoire qui s’est construite pendant deux siècles sur une succession de malentendus et de rendez-vous manqués. Il s’est organisé à partir de « citadelles assiégées », multipliant tranchées, champs de mines et glacis autour d’elles. Professions de santé contre pouvoirs publics, municipalités contre pouvoir central, État contre assurance maladie, hôpital contre médecine de ville, secteur public contre secteur privé, professions médicales contre professions paramédicales, les oppositions n’ont cessé de se multiplier, d’absorber les énergies et d’embourber le système. »

   Le financement public des dépenses de santé, absurde, obsolète et inopérant ,submergé depuis plusieurs décennies par l'augmentation de l'offre et de la demande médicales, aggrave les tensions et motive toutes les dérives autoritaires, au point que le problème de l'organisation sereine d'un système de santé efficient « solvabilisé » de façon durable apparaît impossible dans une situation qui semble définitivement bloquée par des concepts sociaux-économiques d'un autre âge. 

   Il convient d'observer que l'objectif initial de la Sécurité Sociale de 1945 était d'organiser la mise en place de revenus de substitution permettant le financement des soins et non la mission d’organiser le système de santé.
En cette matière le système de sécurité sociale n'a fait qu'exploiter et renforcer des antagonismes existant de longue date entre les pouvoirs publics et les médecins. Au nom d'une solidarité qui n'est que l' alibi de plus en plus évident d'une prétention de domination administrative de plus en plus rejetée par le corps médical.
   On ne sortira d'aucun problème particulier sans une mise à plat de l'assurance maladie,la fin de la notion d'assujettissement social et la mise en place d'un système concurrentiel et constamment solvable.

   Il est grand temps que les médecins définissent eux-mêmes, et avec force, l'origine des problèmes liés à leur assujettissement et à celui de leurs patients.
Il est possible, voire probable, qu'ils doivent trouver d'autres formes d'organisation de leur activité. Mais , pour pouvoir le faire, ils doivent exprimer clairement leur rejet de l'étatisation de la santé et de la loi dite de modernisation du système de santé. Celle-ci est, en fait, d'une obsolescence navrante au regard de l'histoire.

   Il est grand temps pour les pouvoirs publics de sortir de la problématique des dirigeants « thaumaturges » et de laisser la médecine aux médecins.
Comme il est grand temps pour l'État de cesser de prétendre au rôle d'assureur maladie unique, en dehors des indispensables mécanismes strictement solidaires pour les plus démunis .

   Même si cela apparaît à nos technocrates du jour, comme à ceux d'hier, comme la pire des solutions, c'est la seule qui soit réellement raisonnable.
Sinon? la « guerre des officiers de santé », vieille de plusieurs siècles, continuera et elle ne fera à terme que des perdants.





  
Os Court :

« Je peux résister à tout, sauf à la tentation. » 
 
Oscar Wilde

vendredi 8 mai 2015

Médecins et pouvoir politique

Lettre d'Expression médicale
LEM n° 911   9 mai 2015

              
 
                                                           

                       Médecins et pouvoir politique                           


                                 Docteur François-Marie Michaut



Les médecins en France râlent fort. Est-ce pour préserver leur situation sociale et financière supposées très supérieures à l’ensemble de la société ? Une étiquette de nanti vous colle à la peau, et décrédibilise facilement ce que vous exprimez auprès de n’importe quel interlocuteur en réduisant vos intentions à une simple question de pognon.

Les médecins sont fatigués. Ils sont usés par une masse de plus en plus contraignante d’obligations administratives et réglementaires. Ils sont dégoutés de n’être considérés que comme des techniciens de santé devant répondre à toutes les fantaisies de leurs différents partenaires, malades en tête. Ils travaillent bien au delà de leurs capacités physiologiques, bien au delà de ce qui serait indispensable pour la sécurité optimale de ceux qu’ils ont la lourde tâche de soigner le mieux possible. Et nos praticiens, poussés par leurs obligations financières toujours croissantes, ne disposent d’aucun moyen pour adapter leur rythme de travail à une vie saine. 

Alors, quand le pouvoir politique, à cours de toute idée pour améliorer le fonctionnement cahotique de notre société, saute sur le domaine de la santé pour en faire son image valorisante, tout est à craindre. Les vieux se souviennent du temps où les journalistes vantaient les mérites exceptionnels de la médecins soviétique. Jusqu’au jour des années 1970, où, patatras pour nos penseurs, la psychiatrie de l’URSS s’est révélée au service du pouvoir pour museler à coups de neuroleptiques et d’internement psychiatique ses dissidents.
Il ne suffisait pas de savoir les atrocités innommables de la médecine nazie, où celles moins connues de l’Empire nippon, pour être vaccinés contre les dérives inévitables de toute médecine asservie à un pouvoir politique. Une incursion discrète dans tous les pays du monde munis de régimes totalitaires montrerait la même chose 70 ans après la capitulation du 3ème Reich.

Aussi gratuite, riche de toutes les promesses électorales et égalitaire qu’elle puisse sembler, toute médecine placée dans les seules mains dirigeantes de l’État est une bombe pour la liberté et l’individualité de chaque personne. Tout médecin qui se trouve contraint par le système de prendre prioritairement en compte les intérêts de la puissance publique devient incapable de respecter les besoins uniques de chaque citoyen.

Alors, avant d’applaudir ou de huer qui que ce soit, que chacun réfléchisse bien à ce que représente pour lui, et pour ses proches, la personne du médecin auquel il demande de l’aider. Ce type ( ou cette nana) va-t-il rouler pour moi ou se contenter d’obéir les yeux fermés aux ordres des pouvoirs en place ? Entre santé publique et santé du public, il existe un abime dont personne ne se risque trop à parler. Et pourtant, plus que jamais, ce n’est ni une histoire de choix idéologique ou de considération financière, il concerne chacun d’entre nous. Définitivement, le domaine de la façon dont les gens se soignent - dit, faussement, de la santé, n’est pas, et doit pas, être du seul ressort des hommes politiques. Il est indigne de notre histoire que ce soit leur joujou à seule visée électorale.

                        

  
Os Court :

«  Tout n’est pas politique, mais la politique s’intéresse à tout. » 
 
Machiavel


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