Vive la médecine narrative LEM 902

    Lettre d'Expression médicale
LEM n° 902 http://www.exmed.org/archives15/circu902.html
       2 mars 2015

              
 
                                                           

                     Vive la médecine narrative                           

                                  Docteur François-Marie Michaut


      
L’image d’Épinal du médecin, formé par ses longues années d’études scientifiques à  devenir, pour pouvoir les soigner dans les règles de l’art, un observateur idéalement neutre et objectif de ses patients, a encore la vie dure.
Et pourtant, il y a longtemps déjà que les physiciens quantiques ont démontré que l’observation - donc la personne de l’observateur- influe sur le système observé. La physique quantique, au passage, n’est pas étrangère à la médecine de tous les jours. C’est grâce à elle que nous disposons, entre autres, du microscope électronique ou de l’IRM nucléaire en imagerie médicale.
 La neutralité supposée du médecin a été mise en pièces par de brillantes observations cliniques britanniques, au milieu du siècle dernier, par Michael Balint. Ce confrère anglais, d’origine hongroise, de son nom de naissance Mihàly Bergsmann, psychiatre et psychanalyste, était le fils d’un médecin généraliste de la communauté juive de Budapest. Son travail, qui a conduit à la remarquable création internationale des Groupes Balint, demeure, à ce jour, le seul éclairage profond sur l’importance considérable  dans tout exercice médical de la relation humaine entre le malade et son médecin. Cette mise en question de la personne même de chaque médecin a probablement été trop novatrice en son temps, donc trop dérangeante. La pensée de Balint est demeurée marginale dans la formation initiale comme dans le perfectionnement professionnel des praticiens en exercice. Avoir raison trop tôt, en médecine comme ailleurs, ne veut certainement pas dire qu’on a tort !
Sandrine Cabut, médecin dermatologue à Paris et journaliste reconnue, a publié, dans Le Monde du 18 février 2015, un article remarquable : « Plus d’écoute pour mieux soigner». http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/02/16/plus-d-ecoute-pour-mieux-soigner_4577628_1650684.html

Elle nous raconte comment le concept de médecine narrative, importé des États-Unis, fait l’objet d’une expérience de formation d’un nouveau type auprès de jeunes étudiants en médecine de Paris-Descartes. Citons les noms des courageux enseignants porteurs de cette innovation prometteuse . François Goupy, professeur de santé publique, inspiré par les travaux de Rita Charon, interniste de l’Université de Colombia (New-York), et Luce Condamine, pédiatre et chargée de travaux dirigés de médecine narrative.

La médecine narrative ( Narrative Based Medicine ou NBM) est exactement le contrepoids de la déjà célèbre en France BEM ou médecine fondée sur des preuves. Toute médecine, à quelque titre qu’on y soit impliqué, est bien entendu une réalité. Pour en prendre conscience chacun est conduit à en faire son propre récit. Celui-ci peut rester intérieur, avec tous les dégâts possibles de cette rencontre jamais neutre.
Ce récit subjectif peut aussi être donné à partager avec un ou des autres. C’est le principe des groupes Balint de médecins évoqués plus haut.
La subjectivité du soignant - tout comme celle du soigné- au lieu d’être considérée comme un obstacle à éliminer devient le ciment indispensable de toute rencontre thérapeutique. Elle mérite donc d’être considérée, dès le début de la formation médicale, avec le plus grand respect et la plus extrême attention. Elle doit être cultivée soigneusement par tous.
Comment ne pas approuver sans réserve cette innovation pédagogique quand on tente de faire vivre un espace virtuel portant le titre assez parallèle d’Expression médicale ? Car, c’est une initiation à leur propre expression médicale que vivent ainsi, et semble-t-il avec un franc succès, les étudiants de cette faculté parisienne.
   Le danger, à mes yeux, serait que cette médecine narrative demeure une expérience limitée à la période des premiers contacts avec des malades et des soignants. Une teinture initiale n’est pas suffisante. Elle n’est qu’un début. Ce que j’ai cru percevoir, d’abord dans mon ancienne pratique professionnelle multiforme, puis dans mes travaux pour ce site depuis 1997, c’est que toute médecine, de la naissance à la mort de chaque être, pour ne pas perdre toute humanité doit demeurer narrative. 

   À ce moment là, mais seulement à celui là, toutes les merveilles techniques et scientifiques, dont nous sommes justement si fiers, prennent tout leur sens. Car, dans cette optique, on ne perd jamais de vue qu’on est là, avant tout, pour prendre soin des autres. Pour les soigner avec toutes nos capacités, celles liées au langage, n’en déplaise aux cyniques de service, n’étant pas les plus négligeables.
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Note : Tous mes remerciements vont à la personne inconnue qui a repéré l’importance du sujet traité par l’article du Monde, et à celle qui m’a fait parvenir l’information en pensant qu’elle pouvait m’intéresser.   
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Os Court :
«En médecine, la mode change aussi souvent qu’en haute couture. Le médicament miracle d’aujourd’hui sera le poison mortel de demain.  » 

      Groucho Marx 
 
















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